Le départ d’Alain Crête, confirmé officiellement avec un dernier match le 14 avril face aux Flyers, aurait dû être célébré comme celui d’un pionnier, d’une voix familière qui a accompagné des générations entières de partisans du Canadien de Montréal.
L’équipe de BPM Sports aimerait souhaiter une bonne retraite à Alain Crête! 🤝 pic.twitter.com/hyZY3yGVdH
— BPM Sports (@BPMSportsRadio) April 9, 2026
Plus de 30 ans à RDS, une carrière marquée par les Nordiques, par le CH, par une présence constante dans les avant-matchs et les entractes… et pourtant, au lieu d’un simple hommage, une question dérangeante s’impose dans le milieu : est-ce vraiment une retraite volontaire… ou une sortie déguisée dans un contexte qui devient intenable?
Alain Crête prendra sa retraite au terme d’une carrière remarquable de plus de 30 ans au sein du Réseau des sports!✨
— RDS (@RDSca) April 9, 2026
Un pionnier à l'animation des matchs de la LNH, Alain animera une dernière partie des Canadiens le mardi 14 avril! De la part de tes collègues et amis à RDS,… pic.twitter.com/iFqUH99wQw
Parce que le timing n’est pas anodin, il est même troublant. Crête lui-même l’avait admis :
« Je vais continuer encore deux ans avec RDS, car notre contrat avec le Canadien et la LNH prend fin dans deux ans. Ce sera ma vraie retraite et je vais laisser la place aux autres. »
Tout est là. Tout est dit. Il ne parle pas seulement de son âge, il parle du cycle économique de la chaîne, du contrat, du moment précis où tout pourrait basculer.
Et aujourd’hui, ce moment est arrivé. RDS passe de 60 à 45 matchs du Canadien, perd potentiellement des millions, on parle d’environ 500 000 $ de pertes par match, voit ses revenus chuter, ses abonnés fuir, et son propriétaire Bell Media envisager sérieusement de se retirer du sport.
Dans ce contexte, les départs s’accumulent et ne peuvent plus être vus comme de simples coïncidences. Michel Y. Lacroix, après 36 ans, a lui aussi quitté en évoquant que « c’était le temps de laisser la place », un discours classique, propre, sans vague.
Mais quand plusieurs piliers quittent en même temps, dans une industrie en crise, ce n’est plus seulement une question de timing personnel… c’est un signal.
Et à l’interne, plusieurs commencent à se poser la vraie question : RDS est-elle en train de faire le ménage avant la tempête?
Parce que derrière ces départs, il y a une réalité brutale : moins de matchs, c’est moins d’émissions, moins de contenu, moins de besoins… donc moins de place.
Et pendant ce temps, les jeunes poussent, attendent, espèrent, coincés derrière une génération de vétérans qu’on n’a jamais vraiment voulu remplacer… jusqu’à maintenant.
Ironiquement, ce départ d’Alain Crête, qui ouvre enfin une porte, arrive au pire moment possible : celui où il risque tout simplement de ne plus y avoir de place pour personne.
Parce que si les Canadiens de Montréal quittent l’écosystème traditionnel pour des plateformes comme Amazon, si Bell accepte de perdre 500 000 boulettes par match juste pour continuer à diffuser le CH, si les droits éclatent… ce ne sont pas seulement des carrières qui se terminent, c’est tout un modèle qui s’effondre.
Alors oui, officiellement, Alain Crête prend sa retraite. Mais dans les corridors, dans les salles de rédaction, dans les discussions à voix basse, une autre lecture circule : et s’il avait simplement choisi de partir avant que le rideau ne tombe pour tout le monde?
C’est là que tout devient encore plus troublant. Parce que pendant qu’on souligne la carrière d’Alain Crête, le vrai drame se joue ailleurs, dans les négociations complètement éclatées des droits de diffusion en français.
On parle d’un scénario où 39 matchs du Canadien n’ont toujours pas de diffuseur francophone clair, d’un contrat qui explose à 11 milliards de dollars, d’un modèle devenu tout simplement impossible à rentabiliser pour des réseaux québécois.
RDS recule à 45 matchs, TVA Sports hésite à replonger après avoir perdu près de 200 millions, et au milieu de tout ça, des joueurs comme Amazon commencent à tourner autour du produit.
Résultat? On s’en va vers un système fragmenté où le partisan devra peut-être s’abonner à deux, trois plateformes différentes pour suivre son équipe… si tant est que le contenu soit encore offert en français de manière cohérente.
C’est ça, la réalité. Ce n’est plus une question de qui va remplacer Alain Crête. C’est une question de savoir où et comment le hockey en français va survivre.
Et dans ce contexte-là, son départ ne ressemble plus seulement à la fin d’une carrière. Ça ressemble à quelqu’un qui quitte une pièce… juste avant que les lumières s’éteignent.
