C’est confirmé : Jakub Dobeš va obtenir un troisième départ consécutif à Buffalo. Et non, ce n’est pas un simple ajustement de calendrier, ni une décision prise « match par match ». C’est un aveu. Clair. Brut. Inconfortable.
Un aveu signé Martin St-Louis.
Parce qu’à ce stade-ci, il faut arrêter de tourner autour du pot. En redonnant le filet à Dobeš pour une troisième fois de suite, St-Louis fait exactement ce qu’il avait refusé de faire plus tôt cette saison : il "ride" son gardien en feu. Et ce simple fait expose tout le reste.
Revenons au point de départ. Quand Dobeš est arrivé en début de saison, il était en feu. Il était prêt. Calme, structuré, habité par une confiance tranquille qui ne criait pas, mais qui transparaissait dans chaque déplacement, chaque lecture, chaque arrêt clé.
Il gagnait. Pas toujours de façon orthodoxe, pas toujours avec un taux d’efficacité parfait, mais il gagnait. Et dans la LNH, surtout à Montréal, gagner doit toujours primer.
Sauf que Martin St-Louis n’a pas voulu y aller. Il a freiné. Il a partagé. Il a temporisé. Il a préféré la gestion humaine à la gestion sportive. Il a voulu protéger tout le monde, surtout Samuel Montembeault. Et c’est là que l’erreur s’est installée.
Parce qu’en refusant de rider Dobeš au moment précis où il était en train de s’imposer naturellement, St-Louis a envoyé un message brouillé.
À Dobeš, d’abord : tu peux gagner, mais ça ne te garantit rien. À Montembeault ensuite : même si ça ne va pas, on va continuer d’essayer. Et au vestiaire, enfin : la performance individuelle ne dicte pas toujours les décisions.
Dobes a perdu confiance, il a pleuré devant les caméras et il s'est écroulé car le coach a brisé sa confiance.
Aujourd’hui, ce message-là est mort.
Trois départs de suite, ce n’est pas un hasard. C’est une ligne tracée. C’est St-Louis qui dit, sans le dire explicitement : j’aurais dû le faire avant. Parce que s’il croyait encore réellement au principe de l’alternance, s’il croyait encore que Montembeault pouvait être relancé à court terme, cette décision n’existerait pas.
Martin St-Louis ne l’avouera jamais au micro. Il va parler de rythme, de confiance, de momentum, de préparation. Mais les gestes parlent toujours plus fort que les discours. Et le geste, ici, est limpide. Il admet que la hiérarchie a changé. Il admet que le filet appartient à Dobeš maintenant, pas plus tard.
Et ce qui rend l’aveu encore plus frappant, c’est le contexte. On ne parle pas d’une équipe en reconstruction tranquille, sans enjeu.
On parle d’un Canadien qui se bat pour sa place, qui regarde le classement, qui sait que chaque point compte, qui sait que la marge d’erreur est mince. Dans ce contexte-là, tu ne fais pas un troisième départ consécutif à un jeune gardien par expérimentation. Tu le fais parce que tu n’as plus le choix.
Montembeault, dans tout ça, devient le symbole de l’erreur initiale. Parce que le coaching staff a trop longtemps voulu croire qu'il allait se sauver lui-même. Que le système allait le protéger. Que la patience allait suffire.
Or, la LNH ne fonctionne pas comme ça. Surtout pas à Montréal.
En choisissant Dobeš encore une fois, St-Louis reconnaît implicitement que la relance de Montembeault n’a pas fonctionné. Que le pari est perdu. Que le temps a été brûlé. Et que maintenant, il faut rattraper ce qui peut encore l’être.
C’est dur à dire, mais c’est ça la vérité : si Dobeš avait été "ridé" plus tôt, le Canadien serait peut-être déjà installé plus confortablement au classement. Et dans une saison aussi serrée, ces possibilités manquées font mal.
Ce troisième départ, c’est aussi un message au vestiaire. Un message tardif, mais nécessaire : la performance finit par gagner. Peu importe l’ancienneté. Peu importe le contrat. Peu importe le statut. Tu gagnes, tu joues. Tu donnes une chance à l’équipe, tu restes devant le filet.
Et c’est exactement pour ça que cette décision est lourde de sens. Parce qu’elle n’est pas seulement sportive. Elle est philosophique. Elle marque un moment où Martin St-Louis accepte que sa gestion de chouchou a ses limites. Que parfois, protéger tout le monde revient à pénaliser l’équipe.
Oui, c’est gossant. Oui, c’est frustrant de se dire que ça aurait pu être fait avant. Oui, c’est un aveu qui arrive tard. Mais c’est quand même un aveu. Et dans cette ligue, reconnaître une erreur par l’action vaut souvent plus que mille justifications verbales.
Jakub Dobeš n’est pas devenu le gardien numéro un parce qu’on l’a nommé ainsi. Il l’est devenu parce qu’il a pris le filet… et qu’on ne lui a plus enlevé. Trois départs de suite, c’est la confirmation officielle de ce que tout le monde voyait déjà.
Martin St-Louis n’a peut-être pas dit les mots.
Mais son geste est clair.
Il a reconnu son erreur.
Et maintenant, il vit avec les conséquences.
