Boum.
En plaçant Samuel Blais au ballottage, le Canadien de Montréal a cessé de jouer au théâtre. Plus de faux-semblants. Plus de demi-vérités. Plus de gymnastique verbale autour d’un joueur soi-disant « pas prêt ».
Ce geste-là, posé à 24 heures du gel des transactions, dit tout haut ce que tout le monde savait déjà : Patrik Laine est prêt à revenir au jeu.
Et surtout, il confirme une chose essentielle : le mensonge organisationnel a atteint sa date d’expiration.
Depuis des semaines, Laine s’entraîne sans restriction. Il patine. Il tire. Il participe aux séances optionnelles. Il est visible, impliqué, disponible.
Le seul obstacle à son retour n’était ni médical ni sportif. Il était administratif. La limite des 23 joueurs, point final. Tant que le Canadien refusait d’envoyer quelqu’un à Laval ou d’exposer un joueur au ballottage, Laine devait rester “blessé”. Non pas parce qu’il l’était encore, mais parce que ça arrangeait tout le monde au sommet.
Jusqu’à maintenant.
En sacrifiant Blais, un joueur utile, honnête, qui a fait le travail dans un rôle limité , le Canadien s’ouvre enfin une porte claire : retirer Laine de la liste des blessés et le remettre dans l’équation.
Pas parce qu’on a trouvé une transaction. Pas parce qu’un miracle est arrivé sur le marché. Mais parce qu’il n’y avait plus d’autre choix.
La logique est implacable. Il reste 24 heures avant le gel olympique. Kent Hughes et Jeff Gorton n’ont pas réussi à échanger Laine.
Le marché n’a pas bougé comme espéré. Les équipes intéressées attendent, négocient, magasinent mieux. Alors la seule option restante, c’est la plus simple, la plus risquée… mais aussi la plus honnête : le mettre en vitrine.
Quelques matchs. Quelques présences. Du temps en avantage numérique. Une chance réelle de montrer qu’il peut encore aider une équipe de la LNH. Laine n’a jamais demandé autre chose que ça.
Depuis l’été dernier, il est resté à Montréal. Il s’est entraîné à Brossard tous les jours. Il parlait de la meilleure version de lui-même, enfin en santé, enfin aligné.
Même avant sa blessure, il était déjà perçu comme un joueur “en trop”. Aujourd’hui, il joue peut-être ses derniers matchs avec le Canadien… mais aussi peut-être ses derniers matchs tout court pour sauver sa carrière.
Parce que la question est là, brutale : est-ce la fin de Patrik Laine dans la LNH s’il n’a pas cette vitrine?
Le parallèle avec Artemi Panarin et évident.. Panarin est le plan A de plusieurs équipes. Laine est devenu le plan B, celui qu’on regarde quand le gros poisson coûte trop cher. Mais pour être ce plan B crédible, encore faut-il jouer. Exister. Produire. Sinon, il reste un nom sur une feuille Excel avec un contrat problématique.
Et maintenant, le Canadien n’a plus d’excuse.
Les chiffres de plafond salarial sont débattus entre PuckPedia et CapWages, les bonis compliquent la lecture, Newhook revient bientôt, un autre casse-tête s’en vient… mais une chose est certaine : le problème Laine ne pouvait plus être repoussé.
Pas avec la pression médiatique. Pas avec la grogne interne. Pas avec l’Association des joueurs qui observe, attentive, même si aucune plainte n’a encore été déposée.
Martin St-Louis, lui, était visiblement à bout. Chaque question sur Laine le forçait à défendre un mensonge qui n’était pas le sien. Cette tension-là n’était pas du caractère. C’était le poids d’une version officielle qui ne tenait plus.
En plaçant Blais au ballottage, le Canadien a choisi. Tardivement. Mais clairement.
Maintenant, il reste une dernière étape : assumer jusqu’au bout. Soit Laine joue. Soit il est échangé après les Jeux. Mais on ne peut plus faire semblant.
La patate chaude est sur la glace. Et cette fois, il faudra la jouer.
