Bill Guérin n’en revient pas : Lane Hutson marque l’histoire

Bill Guérin n’en revient pas : Lane Hutson marque l’histoire

Par André Soueidan le 2026-02-04

Winnipeg a servi de théâtre à quelque chose qui dépasse le simple résumé d’un match de saison régulière.

Une séquence rare, presque irréelle, a figé l’aréna et déclenché ce silence particulier qui accompagne les gestes qu’on ne voit pas deux fois dans une carrière.

Le troisième but du Canadien contre les Jets n’était pas seulement un but de plus au tableau : c’était une déclaration.

Sur la glace, Lane Hutson s’avance dans un espace où, normalement, un joueur freine, tente de bloquer la rondelle avec le patin, ou choisit l’option la plus sécuritaire.

N’importe quel défenseur moyen joue la prudence. N’importe quel très bon défenseur simplifie le jeu. Hutson, lui, fait exactement l’inverse.

Réception en mouvement, pas d’arrêt, pas de panique. Un simple coup de hanche, une rotation fluide, le corps qui pivote comme s’il connaissait déjà l’issue de la séquence.

La rondelle se retrouve sur son forehand, sans angle, dans un espace inexistant. Derrière le dos du gardien. Fin de la discussion.

Face à lui, ce n’était pas un figurant.

Connor Hellebuyck, l’un des gardiens les plus dominants de la Ligue nationale, se retourne lentement, incrédule. Le genre de regard qu’on voit quand même les meilleurs savent qu’ils viennent d’être battus par quelque chose de spécial.

Ce but-là va faire le tour de la ligue. Pas demain. Pas après le montage vidéo. Maintenant.

Dans les gradins et devant les écrans, la réaction est unanime : incompréhension totale suivie d’un respect immédiat.

À ce niveau-ci, la créativité se paie cher… sauf quand elle est exécutée avec une précision chirurgicale. Hutson n’a pas forcé le jeu. Il l’a lu, puis redessiné.

Même à la description, l’incrédulité était palpable. Bruno Gervais, pourtant habitué à décortiquer les jeux les plus complexes à vitesse réelle, cherchait ses mots.

La séquence était si contre-nature qu’elle défiait la logique habituelle du hockey : réception sans patin, rotation instantanée, revers sorti de nulle part, aucun angle apparent.

À l’antenne, on sentait que même un ancien défenseur de la LNH tentait encore de comprendre comment Hutson avait pu transformer une situation perdue en but net, derrière le dos d’un gardien élite.

Ce moment à Winnipeg pose aussi une question qui dérange, surtout du côté américain.

Pourquoi limiter ce type de talent? Pourquoi croire qu’un seul joueur du moule Quinn Hughes suffit quand on voit, match après match, que ce profil peut à lui seul faire basculer l’allure d’une rencontre?

Deux présences distinctes, deux duos séparés, deux moteurs offensifs à la ligne bleue : la peur de la robustesse ne tient plus quand le hockey moderne se gagne par la possession et l’intelligence.

Le pari avec Hutson est clair et assumé : chaque présence augmente les chances de garder la rondelle.

Chaque touche transforme une situation neutre en avantage. Le résultat ne se mesure pas seulement en buts, mais en contrôle du rythme, en déséquilibre constant imposé à l’adversaire.

Les chiffres commencent d’ailleurs à appuyer l’évidence.

Différentiel positif impressionnant, impact visible à forces égales, confiance absolue avec la rondelle dans les moments chauds.

Ce n’est pas un hasard si le nom de Bill Guerin circule dans les discussions après un but de ce genre.

Quand un ancien joueur de caractère, aujourd’hui dirigeant respecté, se retrouve sans réponse devant une séquence, ça en dit long sur la portée du geste. Ce n’est plus une surprise locale. C’est un avertissement à l’échelle de la ligue.

La question du trophée Norris, autrefois jugée prématurée, commence tranquillement à sortir de l’ombre. Pas comme une prédiction hâtive, mais comme une conséquence logique si ce rythme se maintient. Ce genre de saison, ce genre d’impact, ce genre de buts… la conversation devient inévitable.

Encore contre Winnipeg Jets, Hutson a rappelé une vérité simple : le hockey n’appartient pas toujours aux plus gros, ni aux plus prudents. Il appartient parfois à ceux qui osent voir une ligne que personne d’autre n’imagine franchir.

Ce troisième but restera. Dans les montages. Dans les discussions. Dans la mémoire collective. Un autre témoignage, une autre preuve irréfutable que le Canadien de Montréal possède l’un des véritables bijoux de la Ligue nationale.

Et à Winnipeg, ce soir-là, l’histoire a pris un léger accent bleu-blanc-rouge.

AMEN