Destruction de Samuel Montembeault: un journaliste va trop loin

Destruction de Samuel Montembeault: un journaliste va trop loin

Par David Garel le 2026-01-05

Parfois, la couverture médiatique peut être cruel au max. Ce qui vient de se produire autour de Samuel Montembeault en est l’exemple parfait.

Car si le gardien québécois pensait avoir soufflé un peu après deux victoires aussi nécessaires que méritées, la Gazette s’est chargée de lui rappeler que, pour une partie de Montréal, il restera éternellement « le problème ».

L'article sans pitié de Brendan Kelly n’est pas une critique : c’est une exécution publique. Une démonstration, presque caricaturale, du fossé qui se creuse dès qu’un joueur francophone n’entre pas dans le moule anglophone de ce marché.

Ce que Kelly écrit est brutal. Violent. Inutilement personnel. Il explique noir sur blanc qu’il ne « croit pas en Montembeault ».

Il répète que deux bonnes performances ne veulent rien dire. Il martèle que le Québécois n’est « pas un gardien numéro un », qu’il est « incohérent », qu’il laisse entrer des « buts faibles ».

Il rappelle que Montembeault « s’est écroulé en première moitié de saison ». Il ressort ses statistiques en les brandissant comme des preuves irréfutables d’un gardien fini.

81e dans la LNH pour le pourcentage d’arrêts (.865). 75e pour la moyenne de buts alloués (3.48). Trois bons matchs sur dix-sept départs. Deux défaites lors de son séjour de remise en forme avec le Rocket. Un but faible contre les Panthers. Un autre encore plus condamnable contre Dallas, où il accuse Montembeault d’avoir « littéralement donné » le wraparound de Mavrik Bourque après avoir mal joué la rondelle derrière son filet.

Chaque statistique devient une gifle, chaque but encaissé une preuve irréfutable que Montembeault, selon lui, n’est tout simplement plus un gardien fiable au niveau de la LNH.

À l’entendre, Montembeault n’a eu que trois bons matchs sur dix-sept. Point final, dossier clos.

Et surtout, Kelly insiste :

Le futur, c’est Fowler. Le présent aussi. Et Montembeault doit devenir son adjoint. Rien de plus.

Pour lui, c’est une évidence. Pour une partie du public anglophone aussi.

Ce que Kelly reproche à Montembeault, laisser entrer un mauvais but puis en sortir quatre miracles, c’est exactement ce que Montréal a traditionnellement pardonné aux gardiens locaux.

On valorise la résilience, l’effort, la progression. Mais dans la Gazette, ce talent-là devient un irritant. Une preuve d’incompétence, presque d’imposture.

Alors que Fowler, lui, bénéficie du ton inverse : calme, stable, mature, avenir assuré, prêt déjà pour le présent.

Pour Kelly, et pour toute une frange du marché anglais, la seule décision logique est de garder Fowler à Montréal et de renvoyer Montembeault dans l’ombre, comme numéro deux... alors que Jakub Dobes serait renvoyé à Laval

Pour Kelly, Montembeault est un gardien bricolé, le Québécois sympathique mais limité, celui qu’on tolère tant qu’il joue comme une étoile, mais qu’on rejette dès qu’il trébuche.

Et il pousse l’idée jusqu’à sa conclusion la plus humiliante : le Canadien devrait le soumettre au ballottage pour l’envoyer à Laval.

La Gazette ne veut pas attendre.

Un geste qui dit beaucoup plus sur le regard de certains médias anglophones envers les joueurs francophones que sur les performances de Montembeault.

Et c’est précisément pour cela que le Québec au complet, francophone et anglophone, n’acceptera jamais l’idée de renvoyer Fowler à Laval pendant que Montembeault garde son poste simplement parce qu’il est local.

Montembeault le sait.

Il sent cette tension autour de lui.

Et la Gazette, aujourd’hui, vient d’appuyer exactement là où ça fait mal.

Le message est clair :

« Tu ne seras jamais notre numéro un. Et dès que Fowler sera prêt à t’avaler, nous applaudirons. »

Et ça, pour un Québécois, pour un joueur qui a tout donné depuis qu’il est ici, pour un gardien qui s’est battu contre les préjugés, les moqueries, les doutes, c’est un coup qui fait mal.

Un peu plus et le journaliste de la Gazette le traitait de "frog".