On traite souvent Martin St-Louis de coach trop « soft ». Trop calme. Trop posé. Pas assez intimidant. Pas assez dur. Comme si crier, humilier et écraser faisait automatiquement de toi un grand entraîneur. Comme si la peur était une stratégie. Comme si Montréal devait absolument replonger dans ce qu’elle a déjà connu… et regretté.
Parce qu’avant St-Louis, il y a eu Michel Therrien. Et il faut parfois se rappeler ce que ça voulait dire, concrètement.
Michou avait créé un climat de terreur dans le vestiaire:
not nathan beaulieu walking back once he saw michel therrien lmao 🤣 pic.twitter.com/ts4BAHNfMS
— tk °‧🫧⋆.ೃ࿔*:・ (@caufieldrry) January 31, 2026
Les anecdotes autour de Therrien ne relèvent pas du folklore sympathique. Elles dessinent un portrait précis : celui d’un régime de domination mentale assumée, brutale, souvent grotesque.
PK Subban avait raconté qu'un jouer, Therrien l’a convoqué à une réunion, a allumé une cigarette, l’a fumée en silence, puis lui a simplement lancé de « fucking sortir de son bureau ».
Pas de message hockey. Pas d’enseignement. Juste un rapport de force. Juste l’humiliation comme outil de gestion.
Dan Carcillo, lui, décrit les trajets d’autobus interminables où Therrien demandait au chauffeur de baisser sa vitre… pour souffler volontairement sa fumée de cigarette au visage de celui-ci. Un geste inutile. Gratuit. Dominant. Le message était toujours le même : je fais ce que je veux, quand je veux, à qui je veux.
Le défunt animateur de radio, André Arthur, n’a jamais parlé de Michel Therrien avec des gants blanc. Au contraire. À plusieurs reprises, en ondes et dans ses chroniques, il a décrit un entraîneur au comportement déplacé, indigne de la fonction qu’il occupait, particulièrement lors des déplacements d’équipe.
Arthur a raconté à maintes reprises que Michel Therrien fumait constamment dans l’autobus de l’équipe, sans aucun respect pour les joueurs, le personnel ou les chauffeurs. Selon lui, Therrien imposait sa présence de manière volontairement dérangeante, utilisant la cigarette comme un outil de domination.
« Therrien, il fumait dans l’autobus. Il pétait dans l’autobus. Il se coupait les ongles dans l’autobus. C’était dégueulasse. »
Arthur insistait sur le fait que ces gestes n’étaient pas des accidents ou des anecdotes isolées, mais un mode de fonctionnement assumé, répété, presque revendiqué.
« C’était un gars qui se foutait complètement des autres. Il voulait montrer que c’était son autobus. Son équipe. Son territoire. »
Selon Arthur, Therrien ne cherchait pas seulement à coacher : il cherchait à imposer une domination psychologique constante, même en dehors de la patinoire.
« Il utilisait le dégoût, le malaise, l’inconfort. C’était une manière de dire : “je fais ce que je veux, vous allez endurer”. »
L’animateur est même allé jusqu’à dire que ce comportement dépassait largement le cadre du hockey et relevait d’un manque total de classe personnelle.
« Ce n’est pas de la dureté. Ce n’est pas du leadership. C’est juste un manque de classe. »
Arthur a aussi rapporté des témoignages d’anciens joueurs comme Terry Ryan ayant croisé Therrien dans le cadre professionnel, confirmant selon lui un pattern, pas un dérapage ponctuel.
« Quand tout le monde te raconte la même affaire sur un gars, ce n’est plus une rumeur. C’est un portrait. »
Pour André Arthur, Michel Therrien incarnait exactement ce qu’il détestait dans le hockey d’une autre époque : un pouvoir exercé sans élégance, sans retenue, sans respect humain.
« On confondait la peur avec l’autorité. On appelait ça un coach tough. Moi j’appelais ça un coach mal élevé. »
Et puis il y a cette histoire racontée au défunt André Arthur par un père de famille à Wilkes-Barre. Un enfant croise Therrien dans un ascenseur, émerveillé, lui demande innocemment s’ils vont gagner le match.
La réponse ? Therrien tend un doigt, demande à l’enfant de tirer dessus… et lâche un pet. Devant le gamin. Dans l’ascenseur. En éclatant de rire. Ce n’est pas de la dureté. Ce n’est pas de la culture de la gagne. C’est du mépris.
Arthur, lui, n’a jamais cessé de marteler la même image : le pouvoir sans retenue. L’autorité sans classe. Le contrôle par le malaise.
C’était ça, le « coach dur ». Et les joueurs avaient peur. Peur de parler. Peur d’exister. Peur de se tromper. Peur d’être la prochaine cible. On appelait ça du leadership, parce qu’on ne connaissait rien d’autre. On appelait ça du caractère, parce que le hockey vivait encore dans une autre époque.
Aujourd’hui, on regarde Martin St-Louis, et certains voudraient qu’il crie plus. Qu’il sacre. Qu’il kicke dans des poubelles. Qu’il humilie un jeune devant les caméras pour « envoyer un message ». Mais quel message, exactement ?
St-Louis ne gouverne pas par la peur. Il gouverne par l’exigence. Il ne cherche pas à briser mentalement ses joueurs, il cherche à les rendre responsables.
Quand il est tendu, ce n’est pas parce qu’il perd le contrôle : c’est parce que les attentes ont changé. La reconstruction est finie. La fenêtre est ouverte. La pression est réelle. Et oui, il la porte sur ses épaules.
Mais la différence fondamentale, c’est que St-Louis ne confond jamais intensité et dégradation. Il n’a pas besoin de ridiculiser un joueur pour se faire entendre. Il n’a pas besoin d’écraser pour diriger. Et surtout, il n’a pas besoin de créer un climat de peur pour obtenir de l’effort.
Comparer Michel Therrien et Martin St-Louis, ce n’est pas opposer deux styles. C’est opposer deux époques. Deux visions de l’autorité. Deux définitions du respect. L’une reposait sur la domination mentale, l’autre sur la crédibilité humaine.
Alors quand on s’impatiente devant le calme de St-Louis, quand on rêve d’un retour à la « poigne ferme », il faut se poser la vraie question : est-ce qu’on veut vraiment revenir à un temps où un coach pétait dans un ascenseur devant un enfant et appelait ça du leadership ?
Parce qu’à choisir entre la peur et la classe, Montréal a déjà fait l’erreur une fois. On choisit la classe de Martin St-Louis.
