Congédiement de Martin St-Louis: Derek Lalonde dévoile ses cartes

Congédiement de Martin St-Louis: Derek Lalonde dévoile ses cartes

David Garel
Le 2026-08-09

Martin St-Louis perd déjà de l’autorité. Et il doit avoir envie de tout casser.

Le coach du CH vient de recevoir le plus gros avertissement de son mandat derrière le banc du Canadien de Montréal.

L’arrivée de Derek Lalonde n’est pas simplement l’embauche d’un entraîneur expérimenté pour compléter un personnel qui avait besoin d’aide.

Lalonde n’arrive pas comme un adjoint parmi les autres, mais comme entraîneur associé, donc comme le véritable numéro deux derrière St-Louis.

Et lorsqu’on connaît son expérience, son passage derrière le banc des Red Wings de Detroit et ses deux conquêtes de la Coupe Stanley comme adjoint de Jon Cooper à Tampa Bay, il devient difficile de croire qu’il sera à Montréal uniquement pour exécuter les décisions de Martin St-Louis.

Lalonde arrive avec une voix, une philosophie et suffisamment de crédibilité pour remettre certaines choses en question. Pour un entraîneur qui a toujours voulu fonctionner à sa façon, qui a toujours démontré une certaine résistance lorsqu’on tentait de modifier son approche, cette nouvelle réalité représente un changement majeur.

Le dossier du système défensif illustre parfaitement cette nouvelle dynamique. Le fameux « man-to-man » de St-Louis a été critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières saisons.

Le principe n’est pas mauvais en soi, mais son exécution peut devenir tellement compliquée lorsque les attaquants adverses changent constamment de position et cherchent précisément à provoquer des débalancements.

Dans le hockey moderne, suivre aveuglément son homme partout sur la patinoire peut ouvrir des espaces dangereux. Selon les informations discutées par l'ancien recruteur Grant McCagg, Lalonde ne débarquerait pas à Montréal avec l’intention de simplement jeter le système de St-Louis aux poubelles pour ne pas froisser l'ego de Marty alias Napoléon.

Lalonde chercherait plutôt à instaurer une approche hybride, combinant les responsabilités individuelles du « man-to-man » avec davantage de couverture de zone.

Enfin quelqu’un capable de dire à St-Louis que son système est nuisible.

Martin St-Louis possède énormément de qualités, mais son expérience derrière un banc de la LNH demeure relativement limitée comparativement à celle de son nouvel entraîneur associé. Lalonde a déjà vécu les longues saisons, les crises dans un vestiaire, les ajustements de séries éliminatoires et les moments où un système qui fonctionne en octobre devient complètement inefficace en avril.

Il connaît aussi parfaitement les situations spéciales et devrait avoir une influence importante sur le désavantage numérique. Le Canadien ne lui a donc pas donné ce titre pour qu’il distribue simplement les cônes à l’entraînement. Il est là pour apporter de la structure. Et surtout, il est là pour challenger St-Louis.

On sent déjà la tension derrière le banc. Martin St-Louis demeure évidemment l’entraîneur-chef et possède le dernier mot, mais son autorité ne sera plus la même.

Pendant plusieurs années, il était pratiquement impossible pour l’organisation de placer quelqu’un au-dessus de ses adjoints capables de le contredire sur les aspects tactiques.

Stéphane Robidas est un coach du Midget AAA soumis à St-Louis.

Avec Lalonde, la hiérarchie change. Quand une décision défensive sera discutée, lorsque le Canadien connaîtra une séquence difficile ou lorsqu’un désavantage ou avantage numérique ne fonctionnera pas, il y aura maintenant dans la pièce un entraîneur qui pourra dire : « Non, je ne suis pas d’accord. » Et cette voix-là aura du poids.

Ce ne sera plus "Fefane" qui va se coucher devant son dieu Martin.

Le plus intéressant, c’est que Lalonde arrive dans un environnement où plusieurs joueurs devraient particulièrement apprécier son approche.

Oliver Kapanen est probablement l’exemple parfait. Le Finlandais possède les qualités qu’un entraîneur défensif recherche : intelligence, responsabilité, engagement et volonté d’apprendre. Lalonde pourra lui donner des outils supplémentaires pour progresser au centre et éventuellement devenir une véritable option dans le top-6.

St-Louis devra accepter de lâcher un peu de contrôle et surtout accepter de marcher sur son orgueil mal placé.

Le CH ne peut plus se permettre de considérer chaque modification tactique comme une remise en question de son entraîneur-chef.

Si Lalonde arrive avec une idée différente sur le désavantage numérique, sur les sorties de zone ou sur la façon de défendre certaines situations, St-Louis devra être capable de l’écouter et non avoir un complexe d'infériorité face à un coach d'expérience.

Voilà la raison principale pour laquelle Kent Hughes et Jeff Gorton ont voulu un entraîneur de cette stature. Ils ne cherchaient pas simplement quelqu’un pour remplacer Trevor Letowski. Ils cherchaient quelqu’un capable de remettre St-Louis et son ego à sa place.

Et pendant ce temps, une autre question plane au-dessus du dossier : pourquoi Martin St-Louis n’est-il toujours pas prolongé?

Le Canadien semble vouloir investir massivement dans son personnel derrière le banc. Lalonde devrait toucher une rémunération importante compte tenu de son expérience et de son nouveau statut d’entraîneur associé.

Les montants exacts ne sont pas publics, mais une rémunération de l’ordre de plus d’un million de dollars américains est lié au CV d’un entraîneur de cette réputation. Certains parlent même de 1,5 M$ par année.

St-Louis, lui, touche actuellement environ 5 millions de dollars par saison jusqu'en 2027 et son prochain contrat pourrait être encore plus lucratif. Si les projections d’un contrat autour de 6 à 7 millions se concrétisent, Montréal pourrait consacrer près de 8 à 9 M$ à ses deux principaux entraîneurs. Geoff Molson ne fait donc pas une petite expérience. Il investit sérieusement derrière le banc.

Et lorsqu’une organisation investit autant d’argent dans ses entraîneurs, elle finit par demander des résultats.

La situation devient inquiétante pour St-Louis. Pendant la reconstruction, il bénéficiait d’une immense marge de manœuvre. Les jeunes apprenaient. Les vétérans partaient. Les défaites étaient souvent considérées comme une étape nécessaire.

Les attentes ont changé. La prochaine saison ne sera plus simplement une autre année de développement, mais bien une année pour la Coupe Stanley.

L’élimination contre la Caroline a également laissé une cicatrice. Le Canadien a été confronté à une équipe bien mieux structurée et a dû constater que son système avait encore des failles importantes.

L’embauche de Lalonde quelques semaines plus tard ressemble donc à une réponse directe à cette réalité. Montréal veut devenir plus difficile à affronter. Et si cela signifie rejeter certaines idées de St-Louis, l’organisation semble maintenant prête à le faire.

C’est pourquoi le titre « entraîneur associé » est tellement important.

Martin St-Louis n’est plus seul maître à bord derrière le banc.

Pour un entraîneur qui a longtemps travaillé avec des adjoints qui connaissaient beaucoup moins la LNH que lui, le changement est majeur.

Martin St-Louis ne perd pas son emploi. Mais il vient de perdre quelque chose de beaucoup plus subtil : l’exclusivité de l’autorité tactique derrière le banc du Canadien.

Et si son prochain contrat doit réellement lui rapporter 6 ou 7 millions de dollars par saison, il devra maintenant démontrer qu’il peut travailler avec cette nouvelle réalité.

Derek Lalonde n’est pas arrivé à Montréal pour regarder St-Louis travailler.

Il est arrivé pour l’aider. Ou... pour lui voler son emploi.

Car au final, tout objectif d'un coach associé... est le congédiement de son supérieur...