Pendant des semaines, Samuel Montembeault a vécu l’été avec un sentiment d’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête.
Il a vu son nom circuler dans les rumeurs. Il a entendu parler de son contrat sous-évalué, du manque de clause de non-échange, des offres potentielles de Philadelphie, de l’arrivée éventuelle de Carter Hart dans les discussions.
Il a dû regarder Jacob Fowler être propulsé comme le futur numéro un par les médias montréalais, l’organisation du Canadien, et même les partisans qui croyaient que l’heure du changement avait sonné. Mais aujourd’hui, enfin, il peut respirer.
Car le texte publié par Corey Pronman dans The Athletic est venu mettre un énorme frein à l’enthousiasme débordant autour du jeune Jacob Fowler.
Et même si Montembeault ne dira jamais publiquement qu’il a applaudi cette lecture, il serait difficile de croire qu’il n’a pas discrètement eu un sourire en coin.
Car aux yeux de ce réputé analyste américain, Fowler n’a pas les qualités d’un gardien numéro un dans la LNH. Et cette évaluation, aussi choquante qu’elle puisse paraître à certains, redonne soudainement un peu d’oxygène à Samuel Montembeault, qui semblait jusque-là destiné à être sacrifié dans les mois à venir.
Un coup de circuit... médiatique...
Dans son évaluation annuelle de la banque d’espoirs du Canadien, Pronman place Jacob Fowler dans le groupe de ceux qui “vont jouer dans la LNH”, mais en le classant seulement au 10e rang parmi les espoirs du CH, derrière des joueurs comme Oliver Kapanen et Owen Beck.
Voici ce qu’il écrit exactement sur Fowler :
« Fowler a dominé au niveau universitaire et a bien fait dans la LAH après avoir signé. Il est athlétique et possède une excellente technique et une bonne intelligence du jeu.
Il est capable d’effectuer des arrêts difficiles, grâce à sa lecture du jeu et sa capacité à bien se placer devant les tirs. Il peut faire les arrêts latéraux et son niveau de compétitivité est très élevé.
Mais il n’a pas une taille avantageuse et ne possède pas de qualités athlétiques de premier ordre pour la LNH. Il a été excellent chez les amateurs, mais il y a des doutes mineurs sur la façon dont son jeu se traduira au niveau professionnel. Il est projeté comme un gardien auxiliaire. »
Cette dernière phrase fait mal.
Jusqu’ici, personne n’avait osé publiquement freiner l’excitation pour Jacob Fowler. Il était vu comme la réincarnation technique de Carey Price, un espoir calme, mature, intelligent, méthodique.
Un vol de 3e ronde. Un gardien déjà dominant à 19 ans dans la NCAA. Celui qui allait mettre fin à des années d’incertitude devant le filet à Montréal.
Et là, boum : il serait “juste” un auxiliaire.
Pour Samuel Montembeault, cette évaluation tombe comme une bénédiction déguisée.
Il a tout entendu depuis le mois de mai. Son contrat à 3,15 M$ par saison jusqu'en 2027 est une aubaine pour le Canadien, mais une injustice tellement évidente pour lui.
Les experts de The Athletic eux-mêmes ont évalué sa vraie valeur à 9 M$/an. Et pourtant, il n’a aucune clause de non-échange pour éviter un départ quand Jacob Fowler et Jakub Dobes seront prêt à être le tandem du futur.
Montembeault a vu la confiance des fans glisser, tranquillement, même après avoir porté le CH jusqu’aux séries avec une saison de 62 matchs, 31 victoires et des performances héroïques en fin de campagne.
Mais cet été, Doug Armstrong, le DG d’Équipe Canada pour les Jeux olympiques, est venu appuyer là où ça fait mal.
Invité au camp d’orientation avec Jordan Binnington et Adin Hill, Montembeault pouvait se dire qu’il faisait partie du top 3 canadien.
Jusqu’à ce que Armstrong balance cette phrase cinglante :
« Il y a probablement huit ou neuf gardiens qui se battent pour trois postes. Ça n’avait juste pas de sens d’en inviter autant. »
Montembeault n’a rien d’assuré. Il sera évalué jusqu’au 1er janvier. Et s’il ne domine pas, il pourrait voir des gars comme Logan Thompson, Kuemper, Skinner ou même Mackenzie Blackwood lui passer devant. Une compétition ouverte, féroce, incertaine.
Bref, même son rêve olympique est "shaky" pas à peu près.
Jacob Fowler, de futur Price à futur… Charlie Lindgren?
Le choc vient de l’origine même de cette analyse : Corey Pronman est supposée être une référence. C’est un évaluateur froid et sans pitié.
Mais depuis plusieurs années, Pronman a la fâcheuse tendance à sous-estimer les espoirs du Canadien de Montréal, souvent à contresens du consensus.
Lane Hutson en est l’exemple parfait : longtemps classé trop bas par Pronman, il a pourtant explosé sur la scène universitaire, puis dans la LNH, remporté le trophée Calder et confirmé qu’il était une vedette en devenir.
Fowler semble maintenant la nouvelle. victime
Le réduire à un futur auxiliaire, malgré sa domination dans la NCAA, son calme olympien, son sens du positionnement exceptionnel et son gabarit qui n’a jamais été un obstacle jusqu’ici, frise le ridicule.
Le problème n’est pas que Pronman ait une opinion divergente, c’est que cette opinion devienne un élément structurant du débat médiatique à Montréal, faussant la perception d’un gardien qui, jusque-là, faisait l’unanimité dans les cercles de développement du CH.
Bref, l’effet de cette analyse est énorme… mais peut-être totalement erroné.
Il ne cherche pas à briser des carrières, mais à dire la vérité, à sa façon. Et dans ce cas, sa vérité est tranchante : Jacob Fowler n’est peut-être pas l’élu.
Il ne le voit pas comme un gardien à potentiel élite.
Il le décrit comme “athlétique, intelligent, compétitif, bon techniquement”, mais insuffisant pour le poste de #1.
Il lui manque deux choses : la taille et les attributs athlétiques de niveau LNH.
Et à ce niveau, c’est un coup dur pour l’organisation, mais une bouffée d’air pur pour Montembeault.
On avait même commencé à parler de Philadelphie comme destination possible.
Les Flyers adorent Montembeault. Ils possèdent des jeunes, des choix, de la flexibilité. Kent Hughes sait qu’il ne pourra pas garder Montembeault s’il ne prolonge pas son contrat d’ici février, et surtout s’il ne peut pas lui promettre d’être le numéro un à long terme.
Mais un échange à rabais aurait été perçu comme un aveu d’échec.
Et Kent Hughes n’acceptera jamais de perdre Samuel Montembeault pour rien.
Aujourd’hui, après des semaines de doute, d’incertitude, et de silence relatif, voilà que la lecture d’un simple texte du "hater" Corey Pronman, qui vient redistribuer les cartes.
Fowler n’est plus intouchable. Plus infaillible.
Montembeault est toujours là.
Et dans le vestiaire, il reste le numéro un.
Il a représenté le Canada. Il a mené le CH en séries. Il a tenu tête à des monstres de la LNH avec une équipe encore en reconstruction.
Et malgré tout, il a été traité comme déchet jetable.
Ce texte de Corey Pronman ne garantit rien. Il ne signifie pas que Montembeault obtiendra une prolongation. Il ne signifie pas qu’il jouera aux Jeux olympiques. Il ne signifie pas que Fowler ne sera jamais bon.
Mais il ouvre une porte.
Il permet à Kent Hughes de dire : « Nous avons encore besoin de lui. »
Et à Montréal, ce n’est pas rien.
Samuel Montembeault est peut-être le joueur le plus sous-estimé de la dernière décennie à Montréal. Sans lui, pas de séries. Sans lui, pas de stabilité devant le filet. Sans lui, pas de filet de sécurité si Fowler s’écroule dans le futur. (Jakub Dobes est encore un gros point d'interrogation).
Et pourtant, il est toujours celui qu’on veut sortir.
Mais aujourd’hui, grâce à une simple phrase de Corey Pronman, il peut croire que la lutte est relancée.
Et pendant que Jacob Fowler devra maintenant prouver qu’il peut faire mentir les experts, Montembeault, lui, a juste à continuer d’être lui-même.
Et pour une fois, c’est assez.