À Milan, il y a deux façons de regarder le hockey.
Il y a celle des faits saillants, des buts, des séquences virales.
Et il y a celle des détails.
Cette semaine, Jean‑Nicolas Blanchet, envoyé du Journal de Montréal, a choisi la première. Dans sa sortie publique, il affirme que Nick Suzuki est « tout simplement invisible » depuis le début du tournoi olympique.
Et honnêtement… c’est une lecture extrêmement superficielle.
Parce que si Suzuki était réellement invisible, Jon Cooper ne prendrait pas le micro pour dire exactement l’inverse.
Le message du coach du Canada est pourtant clair : quand Suzuki n’est pas sur la glace, l’équipe a plus de difficulté à sortir la rondelle de son territoire.
Traduction hockey : Suzuki stabilise le jeu. Il aide aux sorties de zone. Il calme la pression adverse. Il permet aux défenseurs de respirer.
Ça, ce n’est pas spectaculaire.
Mais aux Olympiques, c’est vital.
Oui, Suzuki n’a pas joué des minutes de premier trio.
Oui, son rôle est réduit.
Oui, il est souvent utilisé dans des missions ingrates, loin des projecteurs offensifs.
Mais malgré ça :
Il a marqué un but au premier match.
Il aurait eu une passe sur le filet de Nathan MacKinnon si le but n’avait pas été refusé.
Il est utilisé dans les situations défensives.
Il est envoyé sur la glace pour les mises au jeu défensives.
Ça, ce n’est pas de l’invisibilité.
C’est exactement le rôle d’un joueur de confiance dans une équipe trop talentueuse.
Ce qu’il faut comprendre, et visiblement, ça échappe à certains, c’est que dans un tournoi olympique, on ne juge pas un joueur uniquement à ses points.
Ici, tu ne bâtis pas ton identité sur ton total offensif.
Tu la bâtis sur ta fiabilité.
Sur ta capacité à jouer sans rondelle.
Sur ta lecture du jeu quand ça va vite.
Sur ta discipline quand l’adversaire pousse.
Sur ta capacité à ne pas tricher offensivement.
Suzuki ne fait pas partie du powerplay étoile.
Suzuki n’est pas sur le trio vedette.
Suzuki ne touche pas à la rondelle à chaque présence.
Mais il est utilisé là où ça compte.
Et quand Cooper dit que l’équipe souffre davantage en sortie de zone sans lui, ça devrait allumer une lumière.
Parce que Cooper ne fait pas de compliments gratuits.
Il parle hockey.
Dire que Suzuki est invisible parce qu’il ne domine pas la feuille de pointage, c’est analyser les Olympiques comme un match du samedi soir à Montréal.
Ici, le Canada roule quatre trios élite.
Les minutes sont réparties.
Les rôles sont hyper spécialisés.
Un joueur peut être essentiel sans être flamboyant.
Un joueur peut faire gagner son équipe sans apparaître dans les highlights.
Et Suzuki est exactement ce type de joueur.
Il ne joue pas pour impressionner.
Il joue pour que la machine fonctionne.
Alors oui, c’est possible que dans une chronique individuelle de joueurs, Suzuki ait l’air discret à côté de McDavid, Crosby ou MacKinnon.
Mais dire qu’il est « invisible », c’est ignorer tout ce qui se passe entre les lignes.
C’est oublier les sorties de zone propres.
Les replis rapides.
Les petites passes sécuritaires.
Les présences défensives solides.
Les mises en jeu importantes.
Bref, tout ce qui fait gagner des matchs serrés.
Aux Olympiques, ce sont les détails qui décident des médailles.
Pas les coups d’éclat isolés.
Et si on veut vraiment analyser Nick Suzuki à Milan, il faut arrêter de le regarder comme un premier centre du Canadien.
Il faut le regarder comme ce qu’il est ici : un rouage silencieux dans une machine conçue pour gagner l’or.
Ce n’est pas spectaculaire.
Mais c’est fondamental.
Et ça, visiblement, certains journalistes ne regardent pas le même match.
