Déconfiture en France: Alexandre Texier dans l’eau chaude

Déconfiture en France: Alexandre Texier dans l’eau chaude

Par David Garel le 2026-02-14

À la veille de l’affrontement annoncé comme un quasi-sacrifice contre le Canada, Alexandre Texier se retrouve au centre d’un paradoxe brutal : il est à la fois le meilleur joueur de l’équipe de France… et, selon les mots mêmes de son capitaine, toujours inférieur au « pire joueur » de l’alignement canadien.

Oui, c’est aussi cru que ça.

Depuis deux matchs, Texier est blanchi. Zéro point. Une défaite de 4-0 contre la Suisse, un revers de 6-3 face à la République tchèque, et une avalanche de critiques venues de France.

On lui reproche son manque d’impact offensif, son incapacité à prendre l’équipe sur ses épaules, sa présence trop périphérique, cette fameuse séquence où il reste en retrait pendant que ses coéquipiers se battent devant le filet.

Les médias français attendaient un leader. Ils ont vu un joueur frustré, discret, parfois frileux. On voulait un patron. On a eu un complémentaire.

Et pourtant.

À Milan, juste avant ce duel contre la machine canadienne, c’est Pierre-Édouard Bellemare qui est monté au front pour le défendre. Sans filtre. Sans illusion. En entrevue avec la LNH, le capitaine français a livré une phrase qui résume toute la réalité du tournoi :

« Leur pire joueur sera meilleur que notre meilleur joueur. Et c’est la vérité. »

Le « meilleur joueur », dans ce contexte, c’est Texier.

La France n’a qu’un seul joueur de la LNH dans sa formation. Un seul. Pendant que le Canada en aligne 25, tous des vedettes, dont Connor McDavid, Nathan MacKinnon et Macklin Celebrini réunis sur un même trio.

Trois des meilleurs pointeurs de la ligue mondiale. Une obscénité de talent. Une réalité à laquelle la France n’a tout simplement pas accès.

Bellemare ne cherche pas d’excuses. Il expose les faits.

Il rappelle que la France ne serait même pas aux Jeux si la Russie n’était pas bannie. Il explique que son équipe n’est même pas proche du top-12 mondial. Que ce tournoi n’a jamais été une histoire de médailles, mais une quête de respect.

Que les médias français comparent leur parcours au handball ou au rugby sans comprendre le gouffre réel qui existe entre les nations en hockey.

Et dans ce contexte, il remet Texier à sa juste place.

Pas comme un sauveur.

Comme un symbole.

Bellemare reconnaît que Texier n’a pas encore produit offensivement. Mais il souligne autre chose : six mises en échec contre la Suisse. De l’engagement. Du cœur. De la sueur.

« Je m’en fous de le voir marquer trois buts. Ce qu’il a fait est encore mieux pour notre équipe. C’est un meilleur exemple pour notre jeunesse. S’il avait marqué trois buts, les jeunes n’auraient pas essayé de l’imiter. Ils savent qu’ils en sont incapables. Mais s’il est le joueur qui se force le plus, tout le monde peut l’imiter. »

Voilà le message.

Texier ne peut pas battre le Canada à lui seul. Il ne peut pas créer du talent là où il n’y en a pas. Il ne peut pas transformer une petite nation en puissance mondiale par la magie d’un shift. Ce qu’il peut faire, c’est montrer l’exemple dans l’effort, dans l’intensité, dans l’acceptation d’un rôle ingrat.

Et c’est précisément là que Bellemare le protège.

Parce que oui, les critiques françaises sont parfois justifiées. Oui, Texier devait être plus visible. Oui, on attendait qu’il force davantage les jeux.

Mais le pointer du doigt comme responsable de l’effondrement collectif, c’est ignorer le contexte le plus fondamental : la France joue contre des nations remplies de joueurs de la LNH pendant qu’elle aligne une formation semi-professionnelle.

Bellemare le dit clairement : même quand la France est revenue de 2-0 à 3-2 contre la Tchéquie, même quand le pointage était de 4-3 en deuxième période, c’était déjà un petit miracle.

Les erreurs coûtent cher à ce niveau. Très cher. Et la France apprend à la dure.

Alors dimanche, contre le Canada, personne ne se fait d’illusions. Ça sent le massacre. Tout le monde le sait. Texier le sait. Bellemare le sait. Les joueurs le savent.

Mais pour la France, l’objectif n’est pas de gagner.

C’est de ne pas se faire humilier.

C’est de rendre chaque présence pénible.

C’est d’obliger les McDavid et MacKinnon à travailler.

C’est de sortir de la glace en sachant qu’ils ont laissé leurs tripes.

Et dans cette mission-là, Alexandre Texier reste central. Non pas parce qu’il est une superstar. Mais parce qu’il est le seul pont entre deux mondes.

Le monde réel du hockey mondial.

Et celui, beaucoup plus cruel, des Olympiques.