Départ pour Détroit: ça sent la fin pour le CF Montréal

Départ pour Détroit: ça sent la fin pour le CF Montréal

Par Nicolas Pérusse le 2026-02-28

Quelle défaite. Quelle affront public.

Ce que vit le CF Montréal en ce début de saison dépasse la simple contre-performance. Ça ressemble à une désintégration en direct. Une lente agonie sportive qui, à force de se répéter, finit par nourrir quelque chose de beaucoup plus inquiétant : le sentiment que cette histoire tire à sa fin.

On se rappelle tous la banderole du Collectif Impact Montréal en 2024, au plus fort de la crise sous Laurent Courtois. Un seul mot : « Rien. » Rien à célébrer. Rien dans le jeu. Rien dans les gradins. Rien dans l’émotion.

Aujourd’hui, ce mot résonne encore plus fort.

5-0 à San Diego : la douche froide.

Premier match de la saison. Une claque monumentale. Une défaite de 5-0 à San Diego.

Oui, San Diego FC est puissant. Oui, la tâche était immense. Mais se faire marcher dessus à ce point dès l’ouverture de la saison, c’est un symbole terrible. Tomás Avilés expulsé à la 50e minute. Trois buts encaissés en infériorité numérique. Un capitaine Samuel Piette qui admet : « On se prend deux buts sur des erreurs évitables qu’on paie cash. »

Marco Donadel a parlé d’un « match en deux temps ». La réalité? Même à 11 contre 11, le CF Montréal était déjà dominé. Pression haute mal exécutée. Défense désorganisée. Inspiration absente.

On nous a dit que cette correction servirait d’électrochoc.

On attend encore.

3-0 à Chicago : même scénario, pire impression

Samedi à Chicago, nouvelle gifle. Défaite 3-0 contre le Fire.

Le plus troublant? Montréal a joué à 11 contre 10 pendant les 35 dernières minutes. Et pourtant, le premier tir cadré du CF Montréal est survenu à la 88e minute.

Imagine te faire marquer deux buts... à 11 contre 10...

Thomas Gillier a multiplié les arrêts, huit au total, pour éviter un carnage encore plus spectaculaire. Puis, ironie cruelle, il concède un penalty en fin de match. Hugo Cuypers fait 2-0.

Robin Lod ajoute le 3-0 à la 100e minute.

La honte.

Jeu décousu. Passes imprécises. Déconnexion flagrante entre Iván Jaime, Prince Owusu et Hennadii Synchuk. Quelques micro-éclairs en fin de première demie, vite éteints par l’imprécision technique et l’absence de structure.

Le chantier est entier pour Donadel. Mais sur quelles fondations peut-il bâtir?

11 entraîneurs en 13 ans : instabilité chronique

Faut-il s'étonner que Marco Donadel soit un coch de bas-étage? Le CF Montréal en est à son 11e entraîneur-chef en 13 saisons.

Ce n’est plus un cycle. C’est un tourbillon.

Jean-Charles Lajoie l’a rappelé crûment :

« Les résultats n’y étaient pas, c’est vrai, mais en même temps, on a dépecé encore plus cette équipe au cours de la saison morte. »

Et il a ajouté, avec un parallèle qui fait frissonner au Québec :

« J’ai vu de proche les Expos être dépecés avant d’être transférés. J’ai vu d’encore plus proche les Nordiques être dépecés avant d’être vendus, puis déménagés. Je n’aime pas pantoute ce que je constate d’une équipe que pourtant j’aime, et qui ne reviendra jamais à Montréal si elle devait quitter. »

Ce ne sont pas des paroles lancées en l'air. Ce sont des mots lourds d’histoire.

L’an dernier, Lajoie avait lancé une bombe : le CF Montréal serait destiné à déménager à Détroit. Rumeur démentie. Tempête médiatique. Rétractations partielles.

Mais les performances actuelles remettent tout sur la table.

Quand une équipe est la pire de la ligue.

Quand elle enchaîne les corrections.

Quand elle congédie encore un entraîneur.

Quand elle affiche l’une des plus faibles masses salariales de la MLS.

Quand son stade n’a pas de terrain chauffé.

Quand elle n’est même pas propriétaire du terrain où elle joue.

Les spéculations trouvent un terrain fertile.

Ajoutez à cela un calendrier MLS automne-hiver qui placerait 90 % des matchs en concurrence directe avec le Canadien de Montréal. Ajoutez une base partisane qui décroche. Ajoutez des gradins qui se vident.

Ça commence à sentir la fin.

Une déconnexion émotionnelle

Le plus inquiétant n’est même pas le score.

C’est l’absence d’émotion.

On ne sent plus la colère.

On ne sent plus la fierté.

On ne sent plus l’urgence.

À Chicago, même en supériorité numérique, Montréal n’a jamais mis le pied dans la porte. Aucune rage. Aucun élan. Aucune identité.

« Rien. »

Le mot revient.

Le scénario Expos?

Au Québec, on sait comment ça se passe.

On réduit les investissements.

On vend les meilleurs éléments.

On accumule les saisons misérables.

On perd les partisans.

On laisse pourrir l’atmosphère.

Puis on dit que le marché ne fonctionne pas.

Les Expos ont disparu ainsi. Les Nordiques aussi.

Et Lajoie a raison sur un point brutal : si le CF Montréal part, il ne reviendra pas. L’expansion MLS est pratiquement terminée. Montréal n’aura pas de deuxième chance.

Ce que le CF Montréal offre en ce moment est une honte sportive.

5-0 à San Diego.

3-0 à Chicago.

Aucun tir cadré pendant 87 minutes en supériorité numérique.

Un 11e entraîneur en 13 ans.

Une équipe sans âme.

Des partisans qui décrochent.

Et des rumeurs de déménagement qui reprennent vie.

On peut accuser les chroniqueurs d’en rajouter. On peut reprocher à Lajoie de souffler sur les braises. Mais le vrai carburant du feu, ce sont les performances catastrophiques sur le terrain.

Si ça continue comme ça, ce ne sera plus une rumeur.

Ce ne sera plus du buzz.

Ce sera un communiqué officiel.

Et ce jour-là, Montréal regardera encore une fois une équipe se désintégrer sous ses yeux.

Et on dira tous la même chose :

On l’a vu venir.