Le retour au travail n’aura rien de doux pour Martin St-Louis.
Pendant que ses joueurs terminaient la pause olympique, lui était en famille, loin du bruit, loin des micros, loin de cette bombe à retardement qui l’attend à Brossard. Mais cet après-midi, à 15 h pile, la réalité va le rattraper. Premier entraînement officiel du Canadiens de Montréal depuis la pause. Et surtout : première disponibilité médiatique depuis que le dossier Patrik Laine est devenu incontrôlable.
Tout le monde est là pour ça.
Pas pour parler des trios.
Pas pour parler du calendrier.
Pas pour parler de la course aux séries.
Tout le monde attend Martin St-Louis au détour du vestiaire pour une seule chose : Laine.
Parce que cette fois, il ne pourra plus se cacher.
Depuis des semaines, St-Louis répète le même refrain : il attend le feu vert médical. Il attend le signal de Jim Ramsay, le responsable du conditionnement physique. C’était commode. Pratique. Une façon élégante de repousser les questions.
Sauf que là, ça ne tient plus.
Laine patine.
Laine s’entraîne avec le groupe.
Laine est visible, actif, impliqué.
Il ne se cache pas. Il ne soigne pas une rechute mystérieuse. Il est sur la glace avec « les boys ». Et il répète à ses proches qu’il est prêt à jouer. Le message est clair. Il est envoyé volontairement. Publiquement.
Le mensonge ne peut plus durer.
Martin St-Louis ne pourra plus dire : « j’attends le feu vert ».
Il ne pourra plus pointer Ramsay.
Il ne pourra plus se réfugier derrière le médical.
Cette fois, il va devoir assumer.
S’il ne fait pas jouer Patrik Laine, ce sera SON choix. Point final.
Et ça, c’est exactement ce que tout le monde soupçonne depuis le début.
Parce que la vérité, c’est que Laine n’est plus un enjeu de santé. C’est un enjeu humain. Un enjeu de vestiaire. Un enjeu de relation brisée entre un entraîneur et un joueur qu’il n’a jamais vraiment accepté.
On le voit. On le sent. On l’entend entre les lignes depuis des semaines.
St-Louis ne croit plus en Laine.
Laine ne croit plus en St-Louis.
Ils ne se parlent presque plus.
Ils ne se regardent plus.
Ils ne travaillent plus ensemble.
Et aujourd’hui, devant les caméras, Martin St-Louis va devoir affronter ça.
Il peut évidemment être « briefé » avant, comme toujours. On sait que Chantal Machabée fait son travail. Elle peut lui préparer des réponses. Lisser le message. Atténuer les angles.
Mais même avec le meilleur encadrement médiatique du monde, certaines situations sont impossibles à maquiller.
Quand un joueur est prêt et qu’il ne joue pas, ce n’est plus médical.
C’est politique.
Ajoute à ça le gel des transactions qui se termine le 22 février.
À partir de ce moment-là, tout peut exploser.
Le Canadien veut régler ce dossier. Rapidement. Avant que ça devienne encore plus toxique. Avant que ça dégénère publiquement. Avant que Laine soit obligé de continuer à regarder les matchs d’en haut pendant que son entraîneur évite les vraies réponses.
St-Louis le sait.
Il sait que ce premier point de presse post-pause est un piège.
Chaque journaliste va poser la même question, formulée différemment :
Est-il prêt?
Pourquoi il ne joue pas?
Est-ce médical?
Est-ce une décision hockey?
Est-ce que Patrik Laine fait encore partie de vos plans?
Et cette fois, il n’aura plus d’écran de fumée.
Soit il dit la vérité.
Soit il continue à danser.
Mais peu importe ce qu’il dira, le message est déjà envoyé.
Patrik Laine est devenu une patate chaude.
Le vestiaire le sait.
Les joueurs le savent.
La direction le sait.
Les médias le savent.
Les partisans le savent.
Et cet après-midi, Martin St-Louis va devoir affronter la musique.
Dur retour de vacances.
Très dur.
Parce que quand ton joueur est sur la glace, que le gel des transactions achève, et que tout le monde comprend que c’est toi qui ne veux plus l’habiller…
il ne reste plus beaucoup de place pour les demi-vérités.
