Score final : 6-3 États-Unis.
Tableau d’affichage rassurant.
Mais derrière le résultat, une fissure tactique saute aux yeux et elle risque de coûter cher dès que l’adversité va monter d’un cran.
Parce que oui, les Américains ont battu le Danemark.
Et oui, ils ont fini par rouler sur l’adversaire.
Mais ce match-là, lorsqu’on le regarde autrement que par le score, expose un problème structurel clair dans la construction de Team USA.
Un problème qui ne disparaîtra pas par magie contre le Canada.
Le problème?
Une attaque pratiquement unidirectionnelle.
Dans cette formation américaine montée par Bill Guerin, la quasi-totalité des ailiers tirent de la gauche.
Résultat : des attaques prévisibles, des entrées de zone répétitives et une circulation de rondelle qui penche toujours du même côté.
À haut niveau, ça se lit vite. Et ça se neutralise encore plus vite.
Oui, au centre, ça tient la route.
Brock Nelson est droitier.
Jack Eichel est droitier.
Aucun débat là-dessus.
Mais sur les ailes? Le désert.
Le seul véritable droitier utilisé comme ailier offensif est Tage Thompson… qui est un centre déplacé sur un flanc par défaut, pas par design. Ça en dit long. Très long.
Dans le match contre le Danemark, les États-Unis ont multiplié les séquences de possession périphérique.
Beaucoup de finesse. Beaucoup de maniement de rondelle.
Tout converge vers les mêmes corridors.
Et c’est là que la comparaison avec le Canada devient brutale.
Le Canada, lui, n’essaie pas d’être joli.
Il ramène la rondelle à la ligne bleue.
Il tire.
Il fait dévier.
Il attaque le filet.
Travail, intensité, efficacité.
Les Américains, eux, cherchent la solution parfaite. Trop parfaite.
Et quand tu n’as pas de droitier naturel sur l’aile pour forcer les défenses à respecter le tir sur réception côté gauche, tu simplifies la tâche de l’adversaire.
Les défenseurs ferment les lignes. Les gardiens lisent le jeu plus tôt. Les unités spéciales deviennent lisibles.
C’est une faiblesse que le Danemark, malgré ses limites, a réussi à exposer par moments.
Contre une puissance structurée, cette lacune va devenir un aimant à problèmes.
Et c’est là qu’un nom revient, qu’on le veuille ou non.
Cole Caufield.
Absent.
Mais terriblement pertinent.
En 57 matchs cette saison : 32 buts, 25 passes, 57 points.
Un droitier pur. Un sniper naturel. Un joueur bâti exactement pour créer cette fameuse variante qui manque cruellement à Team USA.
Un ailier capable de s’installer côté gauche offensif et de punir sur réception.
De forcer les défenses à s’étirer. D’ouvrir l’axe pour les centres.
De transformer un avantage numérique correct en arme létale.
Son absence n’est pas qu’un débat de sélection.
C’est une question d’équilibre.
Bill Guerin a choisi des profils polyvalents, responsables, interchangeables.
Il a empilé les gauchers.
Il a misé sur la profondeur plutôt que sur la complémentarité.
Et contre le Danemark, malgré la victoire, on a vu les limites de cette approche.
Les six buts américains sont venus de séquences où l’exécution individuelle a pris le dessus.
Deux buts rapides après des mises au jeu gagnées.
Une poussée offensive éclair en milieu de deuxième période. Une avalanche qui a masqué les fissures.
Mais ça ne durera pas éternellement.
À mesure que le tournoi avance, les marges se resserrent.
Les systèmes prennent le dessus.
Les équipes adverses dissèquent les tendances.
Et une attaque qui penche toujours du même côté devient une attaque qu’on peut guider… puis étouffer.
Le Canada, lui, n’a pas ce problème.
La Suède non plus.
Même la Finlande, malgré son faux départ, possède plus de variété dans ses options de tir.
Team USA a du talent. Énormément.
Mais le talent mal agencé reste du talent incomplet.
Le 6-3 contre le Danemark rassure les partisans.
Il ne devrait pas rassurer le staff.
Parce que cette victoire cache une vérité simple : les Américains gagnent mal, et surtout, ils gagnent sans corriger leur principal angle mort.
À Milan, ce genre de détail fait la différence entre une médaille… et une désillusion.
Et cette faille-là, elle porte une signature.
Celle de Bill Guerin qui a ignoré le meilleur buteur américain.
Son nom: Cole Caufield
Ouch...
