Il fallait avoir le cuir épais. Très épais.
Parce qu’avant même qu’il ne mette un patin sur la glace à Winnipeg, Samuel Montembeault avait déjà encaissé une tempête. Moqueries sur son nouveau casque (ce modèle étrange avec des squelettes de dinosaures et une espèce de monstre stylisé), commentaires gratuits sur son physique, insinuations sur un « double menton », diagnostics sauvages sur sa carrière, appels au ballotage, certitudes qu’il était fini.
Sur les réseaux sociaux, ça tirait dans tous les sens.
Et pourtant.
Mercredi soir, contre les Winnipeg Jets, Montembeault n’a pas seulement répondu. Il a frappé un grand coup. Une victoire de 5-1, 36 arrêts, une présence calme devant le filet, des interventions majeures dans les moments critiques, et surtout cette impression constante qu’il tenait le match à bout de bras.
SNACKS #GoHabsGo pic.twitter.com/RYrrTzjXHh
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) February 5, 2026
C’était plus qu’une bonne performance.
C’était une revanche.
Une vraie.
Parce que ce départ-là, il ne tombait pas du ciel. Ça faisait quatre matchs qu’il regardait ses coéquipiers du bout du banc.
Quatre matchs à ruminer. À travailler dans l’ombre. À encaisser les critiques sans pouvoir répondre sur la glace. La dernière fois qu’on l’avait vu devant le filet, c’était à Boston, une soirée difficile qui avait ensuite été suivie du congédiement d’Éric Raymond. Dans l’opinion publique, le lien était vite fait. Trop vite fait.
Mercredi, il jouait avec un poids énorme sur les épaules.
Son poste.
Sa crédibilité.
Et pour certains, carrément sa carrière.
Dès les premières minutes, on a compris que ce ne serait pas un Montembeault hésitant. Il était compact, bien positionné, solide sur ses déplacements latéraux.
Il a fermé la porte sur plusieurs attaques franches en première période, notamment lors de séquences prolongées où Winnipeg faisait circuler la rondelle rapidement en zone offensive. Pas de panique. Pas de rebond juteux. Des arrêts propres, maîtrisés.
Exactement ce dont le Canadien avait besoin.
Et quand les Jets ont tenté d’augmenter la cadence, Montembeault a élevé son jeu d’un cran. Arrêts à bout portant. Contrôle du trafic devant lui. Lecture impeccable sur les déviations. Chaque fois que Winnipeg semblait prêt à faire basculer le momentum, il était là.
Weird bounce off the Glass, and Montembeault somehow gets himself in position to make a great save.
— Matt Drake (@DrakeMT) February 5, 2026
We've all been on him lately, but tonight he's been fantastic. pic.twitter.com/zOC29NSwNy
C’est ça, un gardien numéro un dans un match à l’étranger.
Pendant ce temps-là, sur les réseaux sociaux, le ton changeait. Lentement. Les mêmes qui riaient de son casque commençaient à écrire « ok, respect ». Ceux qui parlaient de le tasser du portrait réalisaient qu’il venait peut-être de sauver une soirée entière.
Parce qu’il faut le dire clairement : sans Montembeault, ce match-là ne se gagne pas.
Oui, l’attaque a fait sa part. Oui, la structure défensive était meilleure. Mais la fondation, c’était lui. Cette capacité à donner confiance au banc. À calmer le jeu quand ça brasse. À permettre à ses coéquipiers de respirer.
C’est exactement ce que Martin St-Louis voulait voir en lui.
Et il l’a eu.
Ce qui rend cette performance encore plus forte, c’est le contexte humain derrière. Montembeault sortait d’une séquence extrêmement lourde.
Il s’est fait remettre en question publiquement. On a parlé de sa forme. De son mental. De son avenir. On a même ridiculisé son nouveau masque, comme si un choix esthétique devenait soudainement un symptôme de faiblesse.
Mercredi, il a transformé tout ça en carburant.
Il n’a pas répondu avec des mots.
Il a répondu avec des arrêts.
Trente-six fois.
Et après le match, impossible de ne pas penser à tout ce qu’il vient d’endurer. À la pression. À la solitude du gardien. À cette réalité cruelle où, dans cette ligue, tu passes de héros à problème en deux départs.
Alors oui... chapeau.
Chapeau à Samuel Montembeault.
Chapeau pour être resté droit quand ça brassait de partout.
Chapeau pour avoir encaissé sans se plaindre.
Chapeau pour être revenu devant le filet avec cette détermination tranquille.
On peut débattre longtemps de son plafond. De son statut à long terme. Du tandem futur qui devrait être Fowler-Dobes. Mais mercredi soir, il a rappelé une chose essentielle : ce gars-là est capable de livrer quand il est dos au mur.
Et parfois, dans une saison, un match comme celui-là change tout.
Pas seulement au classement.
Dans une tête.
Dans un vestiaire.
Dans une carrière.
À Winnipeg, Samuel Montembeault n’a pas seulement gagné un match.
Il a regagné du respect.
