Gardien tabassé: expulsion au village olympique

Gardien tabassé: expulsion au village olympique

Par David Garel le 2026-02-16

Si vous avez raté le match Canada–France, il faut retenir deux choses. D’abord, sportivement, les Français n’étaient tout simplement pas de taille : un revers de 10-2 qui parle de lui-même.

Ensuite, et surtout, Pierre Crinon a complètement perdu le nord en fin de rencontre, frappant dangereusement Nathan MacKinnon à la tête avant de provoquer une bagarre avec Tom Wilson, un geste rarissime aux Jeux olympiques, où jeter les gants est interdit.

Le voir narguer les partisans canadiens en sortant de la glace était tout simplement honteux:

Ce moment-là n’était pas seulement spectaculaire : il a servi de révélateur. Le passé du défenseur français est revenu le rattraper, en plein sous les projecteurs du monde entier.

Car ce qui s’est produit à Milan n’est pas un accident isolé.

La Fédération française de hockey sur glace (FFHG) a rencontré Crinon dans les heures suivant le match. Beaucoup s’attendaient à des conséquences, mais surtout pour lui, pas pour Wilson. Et c’est exactement ce qui est arrivé. Crinon a été suspendu pour le reste du tournoi olympique par sa propre fédération. Une décision lourde, rarissime, qui en dit long sur la gravité perçue de son comportement.

Il doit quitter le village olympique sur-le-champ.

Dans son communiqué officiel, la FFHG ne mâche pas ses mots :

« Le comportement provocant de Pierre Crinon à sa sortie de la glace, alors même qu’il venait de se faire exclure de la rencontre pour une bagarre, constitue une violation manifeste de l’esprit Olympique et porte également atteinte aux valeurs de notre sport. »

Tout est là.

Pas seulement la bagarre. Pas seulement le coup dangereux sur MacKinnon. Mais aussi cette sortie arrogante, Crinon qui nargue la foule canadienne en quittant la patinoire, comme fier de son coup, comme si provoquer valait mieux que jouer au hockey.

C’est précisément ce geste-là qui n’est pas passé.

Se faire suspendre par la fédération internationale arrive parfois. Se faire suspendre par sa propre fédération, en plein Jeux olympiques, devant ses coéquipiers et son pays, c’est autre chose. C’est un désaveu public. C’est un message clair envoyé au vestiaire : ce genre d’attitude ne sera pas toléré, peu importe le contexte.

Pour Crinon, c’est une fin de parcours brutale. Première participation olympique de sa carrière. Trois matchs joués. Et rideau.

Déjà, avant même le tournoi, plusieurs voix s’élevaient en France pour questionner sa sélection, justement à cause de sa réputation sur la glace. Aujourd’hui, ces doutes prennent une dimension tragiquement concrète.

Parce que l’historique est lourd.

Sous les couleurs des Brûleurs de Loups de Grenoble, Pierre Crinon s’était déjà retrouvé au centre d’un scandale majeur en Ligue Magnus.

Lors d’un match contre les Ducs d’Angers, il avait participé à une bagarre générale d’une violence rare, s’en prenant à plusieurs joueurs sans défense, avant d’asséner un coup de poing au visage du gardien Matt O’Connor.

O’Connor avait subi un traumatisme facial, évalué à trois jours d’incapacité temporaire par l’institut médico-légal. La justice a finalement classé la plainte sans suite, estimant que les sanctions sportives suffisaient. Mais sportivement, Crinon avait écopé de sept matchs de suspension. Sept. Ce n’est pas banal.

À l’époque, le joueur avait publié un long message d’excuses, affirmant avoir « franchi une limite qu’aucun joueur ne devrait franchir », reconnu avoir mis des adversaires en danger, parlé d’atteinte à l’image du hockey, et expliqué avoir été fermement recadré par son club et par la fédération française.

Il disait avoir compris. Il disait accepter pleinement la sanction. Il disait avoir intégré la portée de ses gestes.

Quelques semaines plus tard, aux Olympiques, le même scénario se rejoue.

Coup de coude à la tête de MacKinnon, sans la rondelle. Bagarre interdite avec Wilson. Sortie provocatrice. Nargage de la foule.

Ce n’est plus une coïncidence. C’est un pattern.

Et c’est exactement pour ça que la FFHG a tranché.

Dans un second communiqué, la fédération précise que Pierre-Yves Gerbeau, président de la FFHG et chef de mission adjoint, a rencontré Crinon en présence du staff complet de l’équipe de France, rappelant au joueur les engagements personnels pris lors de sa sélection.

La fédération internationale n’a pas imposé de sanction supplémentaire pour la pénalité de match, mais la France, elle, a décidé d’agir : Crinon ne serait pas autorisé à participer aux prochaines rencontres du tournoi olympique.

Autrement dit : ce n’est pas l’arbitrage qui l’a sorti. C’est sa propre maison.

Et pendant ce temps, certains réclament que Tom Wilson soit puni lui aussi.

Il faut remettre les choses en perspective.

Wilson est intervenu pour défendre MacKinnon après un coup dangereux à la tête. Il n’a pas nargué la foule. Il n’a pas multiplié les gestes gratuits.

Il n’a pas d’historique récent d’agressions sauvages contre des joueurs sans défense. Il n’a envoyé personne à l’hôpital. Il a fait ce que font encore, parfois, les coéquipiers dans le hockey : protéger une vedette ciblée.

Oui, il a jeté les gants dans un contexte international où ce n’est pas permis. Oui, il a été expulsé. Mais comparer son geste à celui de Crinon, c’est mélanger deux réalités totalement différentes.

Wilson a réagi à un coup salaud.

Crinon a provoqué le chaos.

La nuance est fondamentale.

Ce dossier est devenu emblématique d’un contraste brutal : d’un côté, un joueur canadien qui agit comme protecteur après un coup dangereux; de l’autre, un défenseur français déjà marqué par un lourd passé disciplinaire, qui replonge exactement dans les mêmes travers sur la plus grande scène possible.

Et c’est ça, la vraie honte.

Pas seulement la défaite 10-2.

Pas seulement la bagarre.

Mais le fait qu’un joueur ayant déjà promis publiquement d’avoir compris, ayant déjà purgé une suspension majeure, ayant déjà terni l’image de son sport au niveau national… recommence aux Jeux olympiques, devant la planète hockey.

Pierre Crinon avait une chance unique. Une vitrine mondiale. Une occasion de réécrire son histoire.

Il a choisi l’inverse.

Aujourd’hui, son tournoi est terminé. Son image est encore plus abîmée. Et son nom restera associé à cette séquence, bien plus qu’à n’importe quel jeu défensif ou mise en échec légale.

Peut-être qu’il apprendra, cette fois.

Mais entre Grenoble, Angers et Milan, une chose est désormais claire : ce n’est plus un simple dérapage. C’est un problème de contrôle. Et aux Olympiques, ça ne pardonne pas.