Il y a des segments de télévision qui deviennent viraux pour les bonnes raisons, et d’autres qui explosent parce qu’ils incarnent exactement ce que le public ne tolère plus.
L’entrevue de Juraj Slafkovsky, Nick Suzuki, Alexandre Texier et Oliver Kapanen à Tout le monde en parle appartient clairement à la deuxième catégorie.
Depuis la diffusion, Guy A. Lepage et MC Gilles se font démolir sur les réseaux sociaux, et pour une fois, ce n’est ni exagéré ni injuste.
Le public n’a pas rejeté le sujet. Il a rejeté la manière, l’arrogance, l’impréparation et surtout le ton accusateur qui a transformé une discussion potentiellement intéressante en malaise télévisuel financé par les contribuables.
Le point de rupture, tout le monde l’a vu arriver. La question autour de la série Heated Rivalry n’a pas été mal reçue parce qu’elle abordait l’homosexualité dans le hockey.
Elle a choqué parce qu’elle a été posée comme un piège. Comme si les joueurs devaient prouver qu’ils étaient suffisamment ouverts. Comme si, par défaut, ils étaient soupçonnés d’être mal à l’aise, voire fermés, tant qu’ils ne déclaraient pas explicitement le contraire.
this had me ctfu im in actual tears… but on a serious note its so heartwarming hearing their responses ❤️ i love my team pic.twitter.com/GfTN5oW2FL
— marie (@laneshutson) January 26, 2026
MC Gilles, dans un mélange de suffisance et de posture morale, a insisté lourdement sur l’idée du « tabou », allant jusqu’à créer un e accusation franchement dérangeante : si peu de joueurs font leur coming out, c’est donc que le milieu reste problématique. Et tant pis si les principaux concernés expliquent calmement l’inverse.
Nick Suzuki a répondu avec une maturité irréprochable. Il a expliqué que la série avait attiré un nouveau public vers le hockey, que c’était positif, et que le vestiaire du Canadien est un environnement ouvert et respectueux.
Alexandre Texier a enchaîné en disant que ce n’était pas un tabou selon lui, que le hockey, comme la société, évolue.
Des réponses claires, posées, sans détour. Mais rien n’y a fait. MC Gilles a continué à pousser, à relancer, à chercher la faille, comme si l’objectif n’était plus de comprendre, mais de coincer les pauvres joueurs du CH dans une piège.
À ce moment-là, le malaise était total, et les réseaux sociaux l’ont ressenti en direct.
Ce qui choque encore davantage, c’est l’impression criante d’improvisation. Les questions n’étaient pas ciblées. Personne ne savait à qui répondre. Les joueurs se regardaient, hésitaient, se passaient la parole comme une patate chaude.
Juraj Slafkovsky, visiblement inconfortable, semblait compter les secondes pour partir. Trois des quatre joueurs portaient une oreillette pour suivre la conversation dans une langue qui n’est pas la leur, et malgré ça, l’animation persistait à lancer des questions générales, abstraites, sans structure.
On aurait dit un segment non répété, mal briefé, livré sans filet.
Et tout ça se passe sur les ondes de Radio-Canada. La même société d’État qui, il y a peu, a démantelé son département des sports, laissant sur le carreau des journalistes spécialisés, des analystes compétents, des gens qui comprenaient réellement le milieu.
On coupe l’expertise, on affaiblit la couverture sportive, puis on invite quatre joueurs du Canadien sur le plateau de la plus grande émission du diffuseur public pour leur poser des questions mal ficelées, superficielles, parfois accusatrices.
La réaction sur les réseaux sociaux est brutale. Le public le voit. Le public le ressent. Et le public ne pardonne plus.
La réaction sur Facebook et X sont d'ailleurs est révélatrice. Ce n’est pas une tempête artificielle. Ce sont des milliers de commentaires qui dénoncent le ton moralisateur, l’arrogance de MC Gilles, l’impression que Guy A. Lepage lisait des cartons sans réelle compréhension du sujet, sans capacité d’adaptation quand l’entrevue dérapait.
Beaucoup parlent d’une émission déconnectée, d’un plateau incapable de recevoir des invités sportifs autrement qu’en les forçant à entrer dans un moule qui n’est pas le leur.
Le plus ironique dans tout ça, c’est que Heated Rivalry est justement un phénomène culturel intéressant parce qu’il montre que le hockey peut être raconté autrement, qu’il peut toucher des publics différents, qu’il peut exister en dehors des clichés.
Cette discussion aurait pu être intelligente, nuancée, humaine. Elle aurait pu mettre en valeur l’ouverture réelle d’une génération de joueurs qui n’ont rien à voir avec les caricatures du passé. À la place, on a préféré le sous-entendu, la leçon morale, le malaise comme outil télévisuel.
Pauvre Nick Suzuki et Alexandre Texier qui voulaient dispaaraître du plateau tellement le malaise avait atteint un niveau aussi inconfortable:
them lookin at each other when asked about heated rivalry... pic.twitter.com/rCPs1RZ3pd
— habs.mp4 (@habs_mp4) January 26, 2026
Au final, ce segment n’a pas exposé un problème dans le vestiaire du Canadien. Il a exposé un problème sur le plateau de Tout le monde en parle.
Un problème de préparation. Un problème de ton. Un problème de compréhension du milieu sportif moderne. Et surtout, un problème de respect envers des invités qui n’étaient ni là pour se défendre, ni pour être mis au banc des accusés.
Quand une émission financée par l’argent public donne l’impression de rater aussi complètement son rendez-vous avec la réalité, il est normal que le public se fasse entendre.
Cette fois, ce ne sont pas les joueurs qui ont été jugés. Ce sont les animateurs. Et le verdict est sans appel.
