Honte à Guy A. Lepage: il saute une coche à Radio-Canada

Honte à Guy A. Lepage: il saute une coche à Radio-Canada

Par David Garel le 2026-03-13

La controverse autour de Radio-Canada ne cesse d’enfler, et pour une raison très simple : ce qui vient de se produire dépasse la simple polémique médiatique. On parle ici d’un véritable malaise public. Une fracture entre un diffuseur public financé par les contribuables et une population qui a soudainement l’impression qu’on se moque d’elle.

Et quand on ajoute à cela l’arrogance affichée dans certaines réactions publiques, la colère devient inévitable.

Car au cœur de cette tempête se trouvent deux épisodes qui ont explosé presque en même temps : la saga de l’entente entre Radio-Canada et Prime Video, et la réaction incendiaire de Guy A. Lepage face aux critiques entourant Tout le monde en parle. Deux dossiers différents, mais un même sentiment chez beaucoup de citoyens : celui d’un diffuseur public qui semble avoir oublié qui paie la facture.

Commençons par le point central : l’entente entre Radio-Canada et Prime Video.

Pour la première fois, la chaîne d’information ICI RDI est offerte sur la plateforme du géant américain Amazon pour 4,99 $ par mois. Sur papier, la direction de Radio-Canada explique vouloir rejoindre les jeunes publics qui n’ont plus le câble. L’argument peut sembler logique. Le câble est en chute libre, et les plateformes numériques dominent désormais le paysage.

Mais ce qui choque, c’est le symbole.

Parce que dans les faits, le contenu financé par les contribuables canadiens se retrouve distribué par l’une des entreprises privées les plus puissantes de la planète, Amazon, propriété du milliardaire Jeff Bezos.

Et surtout, il devient payant.

Autrement dit : les citoyens paient déjà Radio-Canada par leurs impôts… et doivent maintenant payer un abonnement supplémentaire pour accéder à ce contenu sur Prime Video.

C’est ce double paiement qui met le feu aux poudres.

La réaction politique a été immédiate. Au Québec, des critiques ont fusé de tous les partis. Le ministre de la Culture Mathieu Lacombe a été particulièrement clair : selon lui, offrir le contenu du diffuseur public sur une plateforme américaine avant même de l’offrir sur sa propre plateforme numérique envoie un signal extrêmement troublant.

Des anciens employés de Radio-Canada ont aussi dénoncé l’entente, estimant qu’elle accentue la dépendance du Canada envers les géants du web.

Même à Ottawa, le dossier a pris une tournure politique. Le Bloc québécois a demandé des comptes, et la présidente de CBC/Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, devra témoigner devant le comité du Patrimoine canadien.

Et pendant que cette tempête politique et médiatique gonflait, Guy A. Lepage est intervenu dans un tout autre dossier… mais avec une phrase qui a jeté de l’huile sur le feu.

Au micro de Patrick Lagacé, l’animateur de Tout le monde en parle a défendu la présence du groupe Angine de Poitrine à son émission, un passage qui avait déjà profondément divisé les téléspectateurs.

Mais c’est sa réaction aux critiques qui a provoqué une onde de choc.

« Quelqu’un qui dit que c’est facile faire ça, c’est un esti de cave. C’est zéro facile. Le guitariste-bassiste-multi-instrumentiste est vraiment quelqu’un de haut niveau de talent. »

« Tous les goûts (musicaux) sont dans la nature et les commentaires affluent concernant le passage de Angine de Poitrine à Tout le monde en parle. Certains détestent, la plupart aiment. »

« Déjà plus d’un million de personnes à travers le monde ont regardé le reel de la performance sur Instagram seulement, et c’est loin d’être terminé. »

« Les dénigreurs devront composer avec ce succès international qui ne fait que débuter. »

« Je lis les commentaires désobligeants et je suis crampé en deux. »

« Et je constate avec une certaine satisfaction que tout le monde en parle. »

La réaction est arrogante. Et surtout, elle arrive dans un moment où la population questionne déjà Radio-Canada.

Pour plusieurs, cette sortie résume un problème plus large : une élite culturelle financée par l’argent public qui semble mépriser ceux qui la critiquent.

Parce qu’il ne faut pas oublier un élément fondamental dans toute cette histoire.

Radio-Canada n’est pas une entreprise privée.

C’est un diffuseur public.

Ce qui signifie que chaque dollar qui circule dans cette organisation provient en grande partie des contribuables. Des citoyens. Des gens qui paient leurs impôts et qui ont parfaitement le droit de questionner les décisions prises avec cet argent.

Quand ces citoyens s’indignent de voir leur contenu national distribué par Amazon, ce n’est pas de l’ignorance.

C’est une réaction légitime.

Quand ils se demandent pourquoi ils doivent payer encore pour accéder à un contenu qu’ils financent déjà, ce n’est pas de la mauvaise foi.

C’est une question de principe.

Et lorsque ces critiques sont balayées d’un revers de main avec des insultes ou du sarcasme, la frustration ne peut qu’augmenter.

Car le problème n’est pas seulement l’entente avec Prime Video.

Le problème, c’est l’impression que Radio-Canada agit désormais comme une entreprise privée tout en continuant à se financer comme un organisme public.

On veut les revenus supplémentaires des plateformes numériques.

On veut les abonnements.

On veut les partenariats internationaux.

Mais on ne semble plus vouloir accepter la responsabilité qui vient avec l’argent public : rendre des comptes.

C’est là que le malaise devient profond.

Parce que personne ne conteste l’importance de Radio-Canada. Le diffuseur public joue un rôle essentiel dans la culture et l’information au Canada et au Québec. Mais cette importance vient avec un devoir de transparence et d’humilité.

Et ces deux qualités ont cruellement manqué dans cette saga.

L’impression générale qui se dégage aujourd’hui est celle d’une institution qui croit pouvoir prendre des décisions majeures sans consulter le public… puis se moquer de ceux qui osent poser des questions.

C’est exactement le genre d’attitude qui alimente la méfiance envers les institutions.

Et c’est pour cette raison que la colère ne retombe pas.

Parce que ce dossier touche quelque chose de beaucoup plus profond qu’un simple partenariat technologique ou qu’une controverse télévisuelle.

Il touche la relation de confiance entre un diffuseur public et les citoyens qui le financent.

Et cette confiance, une fois brisée, est extrêmement difficile à reconstruire.

Radio-Canada aurait pu calmer la situation avec de la transparence, des explications claires et un peu d’humilité.

Au lieu de cela, on a eu des réponses évasives sur les revenus de l’entente avec Amazon.

On a eu des déclarations méprisantes envers les critiques.

Et on a eu une impression générale d’arrogance.

Résultat : la grogne continue de monter.

Et tant que Radio-Canada ne comprendra pas que les citoyens ont le droit de poser des questions sur l’utilisation de leur argent… cette tempête ne disparaîtra pas.

Parce que pour beaucoup de Canadiens et de Québécois, ce qui s’est passé n’est pas seulement une mauvaise décision.

C’est une honte.