Ce n’est pas une défaite.
C’est une cicatrice.
Jack Hughes a marqué. En trois contre trois. En prolongation. Dans un format qui ressemble davantage à un concours d’habiletés glorifié qu’à une finale olympique. Et pendant que les Américains sautaient par-dessus la bande, le Canada, lui, regardait le vide.
On était loin. Très loin.
Loin de 2010.
Loin du cinq contre cinq.
Loin du but en or de Sidney Crosby qui a gelé les États-Unis et fait exploser Vancouver.
Dimanche matin à Milan, ce n’était pas l’histoire qui s’écrivait. C’était un raccourci.
Et Jon Cooper va devoir vivre avec ça.
Parce que oui, le talent était là.
Oui, le Canada a dominé la troisième période.
Oui, Connor Hellebuyck a volé le match.
Mais les détails tuent. Et les décisions aussi.
Revenons au début.
Matt Boldy ouvre la marque. Devin Toews laisse filer son homme. Jordan Binnington est battu. 1-0 États-Unis.
Le Canada revient. Le match devient une guerre. 3-3.
On sent la tension. On sent le poids. On sent l’histoire qui veut basculer.
Puis vient le moment charnière.
Cinq contre trois.
Plus d’une minute.
La meilleure formation de la planète. McDavid. MacKinnon. Makar. Celebrini. Reinhart.
Et qu’est-ce qu’on fait?
On enlève la première vague.
On insiste.
On ajoute Brad Marchand.
Brad Marchand, qui connaissait un début de match pénible. Lent. En retard. Déconnecté. Le maillon faible d’une constellation de supernovas.
Ce n’était pas le moment de jouer au coach loyal.
Ce n’était pas le moment de faire plaisir aux vétérans.
C’était le moment de tuer.
Le Canada ne marque pas.
Et dans un match comme celui-là, une occasion gaspillée devient un boomerang.
Troisième période.
Le Canada écrase la glace.
Hellebuyck vole Toews sur un filet désert.
MacKinnon rate une cage ouverte.
Celebrini échappe une occasion en or.
McDavid se fait accrocher en échappée. Pas d’appel.
Six joueurs américains sur la glace à un moment clé. Rien.
Les arbitres ont décidé de ne siffler que l’évidence. Les dents cassées. Le sang. Le spectacle.
Sam Bennett fracasse le bâton au visage de Jack Hughes. Quatre minutes.
On pense que c’est fini.
Puis le karma.
Jack Hughes, le même, donne un bâton élevé à Bo Horvat.
Avantage Canada.
Encore des chances.
Encore Hellebuyck.
Et ensuite?
Trois contre trois.
Vingt minutes.
Une finale olympique. Décidée comme une soirée de février à Columbus.
Le hockey olympique mérite mieux.
Les joueurs méritent mieux.
L’histoire mérite mieux.
Jack Hughes part. Une transition. Une erreur de couverture. Une seconde de flottement.
Et bang.
But gagnant.
L’or américain.
Le Canada figé.
On ne parle plus de petits détails. On parle de symbole.
Parce que le Canada n’a pas perdu à cinq contre cinq, dans un marathon épique où deux nations se déchirent jusqu’à l’épuisement.
Non.
Le Canada a perdu dans un format qui favorise l’espace, l’improvisation, le chaos.
Trois contre trois, c’est spectaculaire.
Mais ce n’est pas représentatif.
Une finale olympique, ça doit ressembler à 2010.
Ça doit être interminable.
Ça doit faire mal.
Ça doit être cruel.
Pas ça.
Et là, la question devient inévitable.
Pourquoi ne pas avoir forcé la structure?
Pourquoi ne pas avoir gardé les meilleures armes sur la glace?
Pourquoi avoir insisté avec Marchand au moment clé?
Pourquoi accepter ce rythme débridé contre une équipe américaine construite pour le jeu ouvert?
Jon Cooper est un grand entraîneur.
Mais dimanche matin, il a voulu gérer au lieu de frapper.
Il a voulu équilibrer au lieu d’exécuter.
Et dans un match « or ou rien », ça ne pardonne pas.
Les Américains parlaient de haine.
Ils parlaient de revanche.
Ils parlaient de 46 ans d’attente.
Ils repartent avec l’or.
Le Canada, lui, repart avec une question qui va hanter longtemps :
Et si on avait simplement joué une vraie finale?
Parce que 2010, c’était une légende.
2026, c’est un règlement.
Et ça, pour un pays comme le Canada, c’est presque pire qu’une défaite.
Misère...
