Jonathan Toews à Montréal: TVA Sports annonce l'impensable

Jonathan Toews à Montréal: TVA Sports annonce l'impensable

Par David Garel le 2026-01-22

Pauvre Jean-Charles Lajoie. Cette fois, ce n’est pas une prédiction trop rapide sur le futur congédiement de Martin St-Louis qui lui explose au visage, mais une proposition qui arrive complètement à contretemps, comme si le calendrier lui avait glissé entre les doigts.

Depuis quelques jours, il se fait ramasser de partout sur la toile pour avoir avancé l’idée de Jonathan Toews à Montréal, au moment précis où le Canadien joue le meilleur hockey de sa saison et s’impose comme l’équipe de l’heure dans la Ligue nationale. Et ce malaise n’est pas qu’émotif ou anti-Lajoie : il est profondément logique.

Car dans sa sortie publique, l'animateur de TVA Sports dresse d’abord un portrait lucide, presque irréprochable, de la situation actuelle du Canadien.

Montréal est troisième de sa division, quatrième de sa conférence, septième dans toute la LNH. La plus jeune équipe du circuit a atteint, écrit-il, une forme de respectabilité et poursuit son apprentissage à vitesse grand V.

Le ton est posé, mesuré, presque admiratif. Il reconnaît la fougue, l’énergie, la capacité de cette équipe à arracher des matchs en fin de rencontre, à survivre à l’adversité et à grandir dans le chaos contrôlé.

Puis, sans véritable transition solide, il change de registre. Le problème, selon lui, demeure l’absence d’un véritable centre de troisième trio. Et c’est là que le raisonnement commence à craquer.

Jonathan Toews devient alors la solution proposée. Pas Crosby, le deuil est fait. Pas Kadri, non merci, Lajoie le méprise en ne veut rien savoir.

Pas un joueur sous contrat à long terme, inutile selon lui. Non, un joueur de location. Un vétéran. Du vécu. Du métier.

Et Toews, avec son CV mythique, devient soudainement l’option « intrigante ». Trois Coupes Stanley. Près de mille points en carrière. Une histoire de retour émouvante après deux saisons pratiquement perdues. Sur papier, l’image est séduisante. Mais le hockey ne se joue pas dans un film dramatique.

Parce qu’en réalité, Jonathan Toews en 2026 n’est plus ce qu’il a déjà été. Il faut revenir sur terre.

À 37 ans, Toews revient d’un long combat physique, avec un corps qui a accumulé les kilomètres et les alertes. Sa production est modeste. Son impact est invisible.

Cette saison à Winnipeg, Toews affiche 7 buts et 18 points, en jouant majoritairement dans un rôle de plombier, avec du temps de glace limité à cinq contre cinq et une utilisation très ciblée pour ne pas le brûler.

Oui, son taux d’efficacité au cercle des mises en jeu est excellent, autour de 62 %, mais c’est précisément là que le débat devient trompeur : le Canadien n’a pas un problème de mises en jeu ni de centres défensifs.

Phillip Danault est déjà utilisé contre les meilleurs trios adverses, en désavantage numérique et en fin de match, avec une constance qui fait partie de son ADN.

Jake Evans, lui, joue exactement le rôle qu’un troisième centre doit jouer dans une équipe gagnante : peu de points, mais des minutes propres, disciplinées, sans trous défensifs, sans paniques.

Son rythme ne correspond plus à celui d’une équipe qui gagne aujourd’hui par la vitesse, la pression constante et l’exécution en transition. Ce n’est pas qu’il ne peut plus jouer. C’est qu’il ne peut plus jouer ce hockey-là.

Surtout, l’idée de Toews à Montréal ne tient pas parce qu’elle ne répond pas à un vrai besoin structurel. Le Canadien n’est pas en manque de centres défensifs fiables. Il en a déjà.

Phillip Danault est une acquisition précieuse, excellent au cercle des mises en jeu, essentiel en désavantage numérique.

Jake Evans remplit exactement le rôle qu’on attend de lui : discipliné, intelligent, efficace défensivement. Même Joe Veleno, déplacé à l’aile par nécessité, demeure un joueur polyvalent, responsable, qui connaît sa fonction.

Et c’est ici que la proposition de Lajoie bascule franchement dans le ridicule. Il évoque Joe Veleno comme possible monnaie d’échange, accompagné d’un choix, vers les Winnipeg Jets, pour faire venir Toews.

Or Veleno devient agent libre. Winnipeg n’a aucun incitatif réel à échanger un vétéran vieillissant contre un joueur qu’ils pourraient théoriquement courtiser sans transaction.

Surtout, Veleno est plus rapide, plus jeune et plus efficacer que Toews au moment où l'on se parle.

L’échange ne tient pas économiquement, stratégiquement, ni sportivement.

Ce qui frappe surtout, c’est la contradiction interne du discours. En décembre, Lajoie reprochait à Martin St-Louis de fabriquer des gagnants de trophées individuels plutôt que des champions de la Coupe Stanley.

Il dénonçait le manque de structure adulte, comme si l'équipe de St-Louis était une formation de pee-wee. Et maintenant que le Canadien gagne, que le système de jeu est l'un des meilleurs de la LNH, que l’équipe impose son rythme et récolte des points, il propose une solution fondée presque exclusivement sur le symbole, le passé et la nostalgie.

Jonathan Toews, dans ce contexte précis, n’est pas un accélérateur. Il est un ralentisseur. Le CH n’a pas besoin d’un récit hollywoodien de plus. Il a besoin de continuer à faire exactement ce qu’il fait présentement : jouer vite, jouer ensemble, jouer jeune, jouer affamé.

C’est pour ça que la réaction est aussi vive sur les réseaux sociaux. On accuse Lajoie d'inventer des choses pour tenter de monter ses cotes d'écoute au fon du trou.

Plus ça change, plus c'est pareil...