Juraj Slafkovsky n’a pas prononcé le nom de Matvei Michkov.
Il n’en avait pas besoin.
Dans sa récente entrevue accordée au Journal de Montréal, le premier choix au total du Canadien en 2022 a livré, presque malgré lui, la grille de lecture la plus claire et nette à ce jour pour comprendre pourquoi l’organisation montréalaise a consciemment choisi de passer son tour en 2023.
Pourquoi Kent Hughes et Jeff Gorton ont regardé ailleurs. Pourquoi, malgré le talent brut, malgré le potentiel offensif indéniable, Matvei Michkov ne correspondait pas au projet du Canadien.
« Les partisans aiment les buts, c’est normal. Mais les championnats se gagnent avec la défense, avec les détails, avec les bonnes décisions quand ça ne paraît pas sur la feuille de pointage. »
Ouch.
Ce que Slafkovsky décrit, ce qu’il valorise, ce qu’il vise comme joueur et comme professionnel, entre directement en collision avec ce que Michkov représente encore aujourd’hui dans la LNH.
« À la fin, ce n’est pas le nombre de points qui définit un joueur. C’est ce que tu apportes quand les matchs deviennent difficiles. »
Voilà pourquoi il veut devenir un ailier de puissance responsable défensivement, pas un artiste solitaire égoïste qui ne pense qu'à ses statistiques.
Slafkovsky parle comme un joueur déjà bien ancré dans la réalité de son poste.
Un ailier de puissance moderne, appelé à jouer : sur les deux premiers trios, sur le jeu de puissance mais surtout, dans les situations où il faut lutter pour chaque pouce sur la glace, en séries, quand l’espace disparaît.
Quand il revient sur la soirée du repêchage de 2022, sur les chandails de Shane Wright et sur le scepticisme initial, il ne parle ni de ressentiment ni de validation personnelle. Il parle de cheminement.
« Tout le monde peut aimer un joueur plutôt qu’un autre. Moi, je voulais simplement connaître du succès. Je recherche toujours la perfection. »
Et cette phrase est centrale :
« Si vous faites ça, les gens vont finir par être de votre côté. »
Ce n’est pas une déclaration de vedette. C’est une déclaration de travailleur de haut niveau, conscient que le hockey se gagne sur la constance, pas sur les éclairs.
Quand Slafkovsky évoque Marian Hossa, il ne parle pas de statistiques. Il parle de bagues.
« À mon avis, Marian Hossa est le meilleur joueur slovaque à avoir joué dans la LNH. Je ne pense pas qu’aucun autre joueur slovaque ait gagné trois Coupes Stanley. »
Le message est clair :
La valeur ultime d’un joueur ne se mesure pas à ses points, mais à sa capacité de faire gagner une équipe dans les moments lourds.
Hossa était un ailier complet : responsable défensivement, dominant le long des bandes, capable de neutraliser les meilleurs trios adverses tout en produisant offensivement.
C’est ce modèle-là que Slafkovsky poursuit. Et c’est exactement ce type de joueur que le Canadien cherchait à bâtir autour de lui.
Soyons justes. Matvei Michkov connaît un regain récent.
Hier, dans une victoire de 7 à 3, il a inscrit deux buts et une passe, terminant à +3.
Il totalise maintenant 12 buts, 15 passes, 27 points en 49 matchs.
Il va mieux. Indéniablement.
Mais le portrait global demeure celui d’un joueur : au poste d’ailier offensif pur, utilisé de façon irrégulière, exposé défensivement, et toujours dans la niche de son coach.
À Philadelphie, on tente toujours de définir quel rôle précis Michkov doit occuper :
Premier trio?
Spécialiste offensif?
Ailier protégé à forces égales?
Ce flou-là n’existe pas chez Slafkovsky.
À Montréal, le poste de travail est clair : contribuer à gagner des matchs, être fiable sans la rondelle, accepter les missions défensives, comprendre que les séries se gagnent dans les détails
Quand Slafkovsky affirme :
« Les fans aiment les joueurs qui marquent des buts, mais c’est la défense qui permet de remporter des championnats. »
Il parle exactement le langage de Jeff Gorton et de Kent Hughes.
Et c’est là que le lien avec le repêchage 2023 devient évident.
Le Canadien n’a pas fui Michkov. Il l’a évalué.
Le Canadien n’a pas ignoré le talent de Matvei Michkov. Il l’a pesé, analysé pour comprendre qu'il ne pouvait pas "fiter" dans la culture du CH.
Et il a conclu qu’un joueur aussi dépendant de la production offensive, aussi paresseux défensivement, aussi exigeant sur le plan de l’encadrement, aussi polarisant dans un vestiaire, ne cadrait pas avec une organisation qui voulait bâtir une culture durable, pas un projet fragile.
Slafkovsky, par son discours, par sa maturité, par sa vision du jeu et du succès, incarne exactement ce choix organisationnel.
Matvei Michkov progresse.
Il va mieux.
Il rappelle pourquoi les fans du CH sont toujours aussi en furie qu'il ne soit pas un membre du CH, surtout qu'on continue de chercher un ailier de premier trio pour Nick Suzuki et Cole Caufield.
Mais Juraj Slafkovsky explique parfaitement pourquoi le Canadien a fait un autre choix en David Reinbacher.
Parce qu’à Montréal, on ne cherche pas seulement des joueurs capables d’illuminer un match de saison régulière.
On cherche des joueurs capables de porter une équipe quand le jeu devient lourd, lent et impitoyable.
Et ça, Slafkovsky l’a compris très tôt. Disons qu'il ne faut pas l'inviter au même party que Matvei Michkov.
