Guy A. Lepage et Tout le monde en parle traversent présentement une zone de fortes turbulences.
Le ciel médiatique est tombé sur la tête de l'animateur woke par excellence.
Depuis la diffusion de l’entrevue avec Juraj Slafkovsky, Nick Suzuki, Alexandre Texier et Oliver Kapanen, les critiques pleuvent de partout.
Réseaux sociaux en ébullition, commentaires accablants, malaise largement partagé : pour une rare fois, la machine bien huilée de Radio-Canada est sur la défensive.
L’émission-phare du diffuseur public, financée par les fonds publics, est accusée d’avoir complètement raté son rendez-vous, d’avoir mal préparé ses invités et d’avoir transformé une discussion légitime en moment de télévision gênant, voire accusateur.
Ce n’est pas une simple grogne de partisans frustrés. La contestation a dépassé le cercle habituel des réseaux sociaux.
Guy A. Lepage a dû répondre publiquement. Le producteur Guillaume Lespérance aussi. Et surtout, des voix lourdes, respectées et indépendantes du milieu médiatique québécois sont intervenues pour confirmer ce que plusieurs ressentaient confusément devant leur écran.
C’est Réjean Tremblay qui le formule le plus brutalement.
« Quand La Presse et Hockey30.com ont la même lecture d’un moment malaisant, ça veut dire que même les fefans doivent se garder une petite gêne. »
Le verdict est sans appel :
« L’entrevue avec les quatre joueurs du Canadien était nulle à brailler. »
Tremblay ne s’arrête pas là. Il démonte le rythme, la forme, l’ambiance générale, au point de comparer certaines réponses à une caricature télévisuelle :
« Même Texier répondait avec des bouts de phrase saccadés que les acteurs de Lance et compte avaient tendance à imiter dans les scènes d’entrevues. »
this had me ctfu im in actual tears… but on a serious note its so heartwarming hearing their responses ❤️ i love my team pic.twitter.com/GfTN5oW2FL
— marie (@laneshutson) January 26, 2026
Puis il attaque directement l’angle moral imposé sur le plateau, notamment lors de la discussion sur la série Heated Rivalry :
« Ces gars-là ont 25 ans. Pensez-vous sincèrement que l’homosexualité est un sujet tabou pour eux ? Est-ce qu’ils s’en contrefichent ! Ça fait partie de la société nouvelle dont ils sont issus. »
Ce commentaire frappe juste, parce qu’il expose le décalage fondamental de l’entrevue. MC Gilles a insisté lourdement sur la notion de « tabou », presque comme si elle devait absolument exister, quitte à placer les joueurs dans une posture défensive.
Le ton, la relance, l’insistance donnaient l’impression que, malgré leurs réponses claires et respectueuses, ils devaient encore prouver qu’ils n’étaient pas fermés, pas rétrogrades, pas homophobes. Le malaise n’était pas dans leurs mots. Il était dans la mise en scène.
Du côté de La Presse, Hugo Dumas a lui aussi livré un texte très dur, très précis. Il décrit quatre joueurs figés, nerveux, perdus dans une entrevue de 17 minutes remplie de silences:
them lookin at each other when asked about heated rivalry... pic.twitter.com/rCPs1RZ3pd
— habs.mp4 (@habs_mp4) January 26, 2026
Comme s’ils répondaient à des questions sur la révolution en Iran plutôt que sur une série télé populaire.
Il détruit la réponse de Nick Suzuki sur Heated Rivalry, en soulignant son caractère mécanique, formaté, typiquement relations publiques, et surtout en contrastant cette réponse avec un langage corporel qui criait l’inconfort.
Dumas rapporte également que l’entrevue était préenregistrée, sans montage significatif, ce qui enlève toute excuse liée à un mauvais découpage.
Parfait. Voici les deux paragraphes, avec les citations déjà intégrées, le ton malaise assumé, le non-verbal décrit, sans analyse autour. Tu pourras retailler comme tu veux.
Guy A. Lepage, visiblement ébranlé par l’ampleur de la controverse, a tenté de reprendre le contrôle après coup, mais ses explications donnaient surtout l’impression d’un animateur pris à contre-pied, hésitant, presque sur la défensive.
Il a expliqué que les joueurs « étaient sortis de leur zone de confort », qu’« ils entendaient la traduction simultanée dans leur oreillette, ce qui n’est pas évident », et qu’« ils ne connaissaient peut-être pas bien le show ».
Une justification livrée la queue entre les jambes avec ce ton qui ressemble à quelqu’un qui recule pas à pas, la tête basse, comme s’il cherchait surtout à éteindre l’incendie.
Sur les réponses ultra-formatées des joueurs à propos de Heated Rivalry, Lepage a ajouté : « Ils se protègent et protègent leurs coéquipiers. Je ne pense pas qu’ils ont une mentalité arriérée. Ils font attention et ils ne veulent pas faire de gaffe. »
La vérité est que personne n’était prêt, ni sur le plateau, ni en coulisses.
Le producteur Guillaume Lespérance est allé dans la même direction, en tentant lui aussi de minimiser l’échec par une série d’excuses empilées les unes sur les autres.
« Ils ont performé comme des joueurs de hockey dans un talk-show », a-t-il résumé, avant d’insister sur le fait qu’« ils ne sont pas habitués à rebondir à des questions dans un talk-show ».
Il a rappelé que pour certains, « l’anglais est une deuxième langue », que « c’est donc plus difficile d’être spontané », et a conclu en les décrivant comme « de bons petits gars », « super sweet », « charmants », peut-être simplement « nerveux de faire l’émission ».
Il a même évoqué leurs horaires chargés et le fait qu’« ils sont restés après pour signer des autographes ».
Des autographes... en anglais svp...
Réjean Tremblay, fidèle à lui-même, a élargi le malaise à un autre symbole lourd : la question du français de Nick Suzuki.
« Quand t’es colonisé chez-toi, tu trouves des excuses pour le pauvre petit anglo… Suzuki ne parle pas français parce qu’il n’a pas à le faire. Il n’a pas à le faire parce qu’on se laisse dominer. »
Au bout du compte, cette séquence n’a pas révélé un vestiaire fermé ou mal à l’aise avec la diversité. Elle a révélé une émission dépassée par son propre cadre, privée de véritable expertise sportive après les coupes à Radio-Canada, et tentant de compenser par une posture morale mal maîtrisée.
Le malaise n’était pas chez les joueurs. Il était sur le plateau. Et cette fois, même les grandes plumes du Québec l’ont écrit noir sur blanc.
La honte pour Radio-Canada... est marquée à vie...
