Un rideau noir. Quelques mètres de tissu installés au Complexe CN de Brossard… et soudainement, une vieille guerre montréalaise vient de trouver un nouveau champ de bataille.
Maxime Truman a soulevé le dossier ce matin dans un texte publié sur DansLesCoulisses.
Selon ce qu’il rapporte, le Canadien a récemment décidé que les partisans présents aux entraînements estivaux informels ne pourraient plus filmer après 10 h 20.
Les joueurs sautent généralement sur la glace autour de 10 h ou 10 h 05. Quelques minutes d’images, puis le rideau tombe.
Truman ne cache pas son mécontentement.
L’explication qui circulerait officieusement est que plusieurs joueurs seraient tannés d’être autant épiés par les partisans.
Son argument est simple : ces mêmes amateurs dépensent une fortune pour voir le Canadien au Centre Bell et contribuent directement à l’ambiance unique entourant l’équipe.
Les repousser lorsqu’ils se déplacent à Brossard pour regarder du hockey gratuitement lui apparaît difficile à défendre.
Sur ce point, difficile de lui donner tort.
Mais chez Hockey30, une autre question nous chicote.
Est-ce réellement une histoire de joueurs tannés des caméras?

Le hockey de 2026 ne ressemble plus à celui d’il y a quinze ans.
Les joueurs vivent sur Instagram. Ils apparaissent dans des vidéos TikTok.
Ils participent à des balados et acceptent de tourner du contenu avec des créateurs qui n’auraient jamais obtenu cinq minutes dans un vestiaire de la LNH auparavant. Zachary Bolduc lui-même a démontré à quel point cette nouvelle génération est à l’aise dans cet univers.
Alors pourquoi une caméra de téléphone installée derrière une baie vitrée à Brossard deviendrait-elle soudainement un problème assez important pour justifier l’installation de rideaux noirs?
La question mérite d’être posée.
Durant la saison, l’écosystème médiatique du Canadien fonctionne comme une énorme machine.
RDS, TVA Sports, Sportsnet, TSN, les radios et les grands quotidiens investissent des sommes importantes pour couvrir l’équipe.
Des journalistes sont payés pour se déplacer. Des caméramans travaillent. Des équipes de production montent les images.
Les droits de diffusion et les règles d’accès entourant le club créent un environnement très structuré.
Puis arrive juillet.
La saison est terminée. Le bilan de fin d’année a eu lieu.
Les conférences de presse quotidiennes ont disparu et une bonne partie de la machine médiatique prend ses vacances.
Mais le Canadien continue de générer des clics.
Beaucoup de clics.
Des partisans se présentent à Brossard avec leur téléphone.
Ils filment quelques séquences. Les images apparaissent sur les réseaux sociaux et, quelques minutes plus tard, elles alimentent tout un univers de sites indépendants et de créateurs de contenu.
DansLesCoulisses en profite. Hockey30 en profite. D’autres en profitent également.
Soyons transparents.
Un partisan se déplace par amour du Canadien, filme gratuitement une séquence de quelques secondes et la publie sur son compte.
Cette vidéo peut ensuite devenir le point de départ d’un texte lu par des dizaines de milliers de personnes.
Pendant ce temps, les grands réseaux qui consacrent des budgets considérables à la couverture du Canadien durant huit ou neuf mois ne sont pas nécessairement présents à Brossard pour ces entraînements informels.
Voilà pourquoi le rideau noir nous intrigue.
Rien ne permet d’affirmer qu’un dirigeant de RDS, de TVA Sports, de Bell Média ou de Québecor a téléphoné au Canadien pour se plaindre.
Prétendre le contraire sans preuve serait inventer une histoire.
Mais croire que personne, dans l’immense industrie médiatique entourant le CH, ne regarde ce phénomène avec intérêt serait tout aussi naïf.
La valeur n’est plus seulement dans l’entrevue officielle de cinq minutes devant un mur rempli de commanditaires.
Elle se trouve maintenant dans une vidéo verticale tournée par un partisan montrant Ivan Demidov, Lane Hutson ou un autre joueur sur la glace au milieu du mois de juillet.
Une séquence de quinze secondes peut faire le tour du Québec avant qu’un réseau traditionnel ait publié son premier sujet de la journée.
Voilà la véritable guerre de l’image.
Les médias traditionnels ont les journalistes, les caméras, les studios et des ententes commerciales majeures.
Les blogs et les créateurs ont autre chose : une vitesse folle, des coûts minuscules et des milliers de téléphones prêts à filmer.
Le rideau noir règle soudainement une partie du problème.
Plus d’images après 10 h 20.
Plus de séquences qui circulent librement.
Plus de matière première gratuite offerte à tout un écosystème numérique qui vit du Canadien sans supporter les mêmes coûts de couverture que les grands réseaux.
Officiellement, aucune guerre médiatique n’a été déclarée.
Aucune preuve ne permet de dire que les rideaux ont été installés pour protéger la valeur des images ou satisfaire les partenaires médiatiques du Canadien.
Mais une question demeure.
Si les joueurs sont réellement le problème… pourquoi choisir de contrôler les images plutôt que l’accès au complexe?
Surtout qu’on parle d’une génération de joueurs qui n’a jamais été aussi à l’aise devant une caméra.
Ces mêmes gars acceptent des invitations sur des balados, apparaissent dans des vidéos de créateurs de contenu et débarquent dans des directs sur les réseaux sociaux sans avoir besoin d’un attaché de presse assis à côté d’eux.
Zachary Bolduc l’a encore démontré récemment en acceptant l'invitation de Lewis le fou.
Pour plusieurs jeunes joueurs de la LNH, la caméra d’un téléphone n’est plus un intrus. Elle fait partie de leur quotidien et, soyons francs, plusieurs aiment cette proximité avec les partisans.
Voilà pourquoi l’explication des joueurs « tannés d’être filmés » mérite au minimum d’être questionnée.
On voudrait croire que quelques téléphones derrière une baie vitrée dérangent soudainement des athlètes qui passent volontairement leurs étés sur Instagram, TikTok et les plateformes de créateurs? Peut-être.
Mais le problème pourrait aussi être ailleurs. La vraie question n’est peut-être pas de savoir qui filme les joueurs… mais plutôt qui profite ensuite de ces images.
À Montréal, tout le monde veut une partie du Canadien.
Les partisans veulent voir. Les créateurs veulent publier. Les médias veulent couvrir. Les réseaux veulent rentabiliser leurs investissements.
Maintenant, quelqu’un vient de tirer le rideau.
La guerre de l’image ne fait peut-être que commencer.
Misère...
