La discussion devait être banale, presque technique : depuis que Marco Marciano a été arraché au Rocket pour remplacer Éric Raymond derrière le banc du Canadien, qui prendra en charge Jacob Fowler à Laval ?
Or, ce qui aurait pu être une simple question de logistique s’est transformé, sur le plateau de La Poche Bleue, en un débat volcanique entre Tony Marinaro et Maxim Lapierre, un échange où les blessures anciennes sont remontées à la surface, où les loyautés ont été déterrées, et où le nom de Carey Price a soudainement été relancé au centre de la mêlée.
Tout est parti de Marinaro, qui a lancé avec aplomb :
« Moi, je vois une solution simple : Stéphane Waite. » Pour lui, l’ancien entraîneur des gardiens du Canadien, congédié abruptement par Marc Bergevin en 2021, serait le choix idéal pour accompagner Fowler.
Marinaro insiste, vante les titres (3 Coupes Stanley pour Corey Crawford, dont une sous les ordres de Waite), rappelle qu'il travaillé avec Price, qu’il connaît la mécanique d’un jeune gardien en développement. Bref, dans sa tête, c’est une évidence.
Mais sitôt le nom prononcé, Maxim Lapierre a figé, puis a levé la main, presque comme un arbitre qui demande l’arrêt du jeu :
« Non. On n’ira pas là. On n’ira pas du tout là. »
Son ton est tranchant, ferme, habité d’une mémoire que Marinaro, volontairement ou non, avait décidé d’ignorer.
Car Waite traîne un historique. Pas seulement celui d’un entraîneur congédié au beau milieu d’un match, un épisode encore cité comme l’un des congédiements les plus humiliants de l’ère Bergevin, mais celui d’un homme que plusieurs dans le milieu affirme que ses méthodes ont fini par briser la relation avec Carey Price au moment où le gardien vivait certaines de ses années les plus fragiles.
Waite avait été prévenu qu’il survivait au congédiement de Claude Julien et Kirk Muller. Une semaine plus tard, Bergevin montait dans la loge, lui disait « Il faut que je te parle », et cinq minutes plus tard, Waite ramassait ses effets personnels dans son bureau.
Ce congédiement n’était pas un simple geste de gestion. C’était un verdict. Et l’écart s’est agrandi quand Waite, dans les jours suivants, a multiplié les entrevues où il exposait publiquement les états d’âme de Price, ses doutes, sa vulnérabilité mentale, ses difficultés internes.
Pour le Québec, c’était impardonnable : Tu ne fais pas ça. Tu ne trahis pas ton gardien. Tu ne te sers pas de ta tribune pour raconter ce qui se passe derrière la porte fermée.
Alors, lorsque Tony Marinaro a proposé Waite pour s’occuper de Fowler, Lapierre a explosé. Et le Québec aussi.
On veut vraiment envoyer Jacob Fowler avec un coach qui a trahi Carey Price ? Avec un gars qui a réglé ses comptes dans les médias ? Oublie ça.
Marinaro a tenté de répondre en ramenant le dossier technique :
C’est là que le débat a basculé dans quelque chose de plus personnel, presque gênant.
Quand Marinaro insiste encore :
« Waite a de l’expérience, Waite a gagné, Waite pourrait stabiliser Fowler », Lapierre éclate littéralement de rire. Et il ne se prive plus.
Il lance, avec un ton qui frôle le mépris :
« Écoute… le gars qui a une école de hockey pis qui regarde des vidéos de gardiens, il connaît ça, lui ? »
Le sous-entendu est brutal : Waite, pour Lapierre, n’est même plus un coach de LNH. C’est un gars de garage. Un has been. Un gars qui vit sur des VHS.
L'extrait vidéo... est cinglant:
Avec Marco Marciano qui s'amène à Montréal à titre d'entraîneur des gardiens, une question demeure : qui devrait s'occuper du développement de Jacob Fowler à Laval? 🧐
— La Poche Bleue (@lapochebleue) January 29, 2026
Les boys jasent de quelques candidats possibles, dont un certain ancien numéro 31! 👀
L'épisode intégral est… pic.twitter.com/DIsJa1s1IZ
Derrière ce sarcasme se cache surtout une attaque directe envers Waite : selon Lapierre, tout le monde peut se prétendre expert ou mentor, mais eux, les vrais joueurs, ceux qui ont survécu à la LNH, savent très bien faire la différence entre un technicien brillant… et un coach dont l’aura repose sur de vieilles histoires.
À ce moment-là, ce n’est plus un débat technique.
C’est un règlement de comptes entre deux visions du hockey.
Pour Lapierre, remettre Fowler à Waite reviendrait à répéter les erreurs du passé, celles qui ont empoisonné la fin de relation avec Carey Price et laissé des cicatrices encore ouvertes à Montréal.
Et sa phrase, lâchée comme un jab, a tout résumé :
« Il y en a beaucoup des gars comme ça au Québec… mais ça ne veut pas dire que tu les mets avec le gardien du futur. »
Lapierre ne croit plus une seconde à Stéphane Waite.
Il ne veut pas qu’il approche Fowler.
Et il a décidé de le dire sans filtre.
Tu peux gagner la Coupe Stanley, tu peux avoir coaché Price… si tu as perdu la confiance d’un gardien, tu ne peux pas être celui qui forme le prochain.
C’est à ce moment que Lapierre a voulu surprendre tout le monde :
« Je vais te lancer une curveball : Carey Price lui-même, pour finir la saison, avec Jacob Fowler. »
Un silence. Puis Marinaro, sec : « Non. »
Selon Marinaro, Price n’a pas l’expérience, Price n’a jamais coaché, Price n’a pas l’état d’esprit pour encadrer un jeune, Price n’a pas envie de revenir au Québec, sa femme encore moins.
Lapierre défend Carey: « Le gars a joué quinze ans. Le gars connaît tout. Le gars peut être un mentor. »
Marinaro lui renvoie un contre-exemple immédiat :
« Wayne Gretzky était le meilleur joueur du monde. Est-ce que ça a fait de lui un bon coach ? »
La conversation se durcit. On sent les deux hommes tirés dans des directions opposées :
Lapierre qui rêve d’un mentor spirituel, d’un gourou technique, d’un nom qui apaise la ville.
Marinaro qui refuse de rejouer la tragédie Price, qui voit le piège de la légende qui va déconcentrer le prodige.
Et derrière tout cela, une réalité crue : le Rocket n’a plus personne. Marciano, l’homme le plus respecté de la pyramide de développement, est en haut avec Montembeault. Fowler, lui, doit continuer d’avancer, de progresser, de naviguer dans une AHL brutale où chaque erreur devient un test psychologique.
Alors le débat dérape dans la passion, dans la mémoire, dans la méfiance. On ne cherche plus seulement un entraîneur. On cherche un gardien du futur, un homme à protéger, un investissement à ne pas brûler comme tant d’autres l’ont été avant lui.
Marinaro veut un coach déchu.
Lapierre veut une légende.
Ce qui devait être une simple discussion logistique s’est transformé en un examen psychologique collectif de tout ce que Montréal transporte comme traumatismes autour de ses gardiens.
Marinaro défend les CV, les trophées, les références.
Lapierre défend l’instinct, l’humain, la mémoire de ce marché.
Et entre les deux, il y a Jacob Fowler, 20 ans, qui attend qu’on lui donne un guide fiable pendant que Laval navigue en eau trouble.
Montréal n’a plus le luxe de se tromper avec ses gardiens.
Qui osera prendre la responsabilité de ne pas briser Jacob Fowler ?
Parce que cette fois, Montréal n’a plus droit à l’erreur.
Pas encore. Pas avec lui.
