Alexander Zharovsky parle avec la peur au ventre.
Il y a, dans chacune de ses réponses à RG Media, une crainte évidente. Pas le genre de gêne d’un jeune joueur intimidé par les micros, mais cette prudence très russe, lourde, calculée, apprise à la dure. Alexander Zharovsky ne parle jamais trop fort du Canadien. Il ne ferme jamais complètement la porte. Il ne l’ouvre pas non plus. Il avance sur une corde raide.
Exclusive 🚨 Canadiens prospect Alexander Zharovsky speaks to RG about scoring expectations, playing center, and learning from Evgeny Kuznetsov. Full quotes and context ⬇️ https://t.co/hGSnNGBlzq
— RG (@TheRGMedia) February 11, 2026
Et ce malaise donne des sueurs froides dans le dos.
À 18 ans, dans sa première vraie saison professionnelle avec Salavat Yulaev Ufa, Zharovsky est déjà le meilleur pointeur de son équipe.
36 points en 44 matchs. Une adaptation fulgurante. Une créativité évidente. Mais quand vient le temps d’aborder Montréal, son avenir nord-américain, ou même simplement la possibilité de traverser l’Atlantique en 2027, le ton change. Les phrases deviennent courtes. Les réponses prudentes. Les silences plus longs.
« On n’en a pas encore parlé avec mes agents. Je ne sais pas ce qui va arriver. »
Voilà. Rien de plus. Pas d’enthousiasme. Pas de projection. Pas de rêve verbalement assumé.
Parce qu’en Russie, parler trop vite de la LNH, c’est risquer de frustrer la mauvaise personne.
Dans l’entourage du Canadien, personne n’a oublié le feuilleton Ivan Demidov. Avant d’arriver à Montréal, son passage final en Russie avait été un champ de mines psychologique : pression interne, discours publics contradictoires, malaise constant devant les médias, entraîneurs qui affirmaient qu’il resterait, pendant que le joueur évitait soigneusement toute confirmation.
Aujourd’hui, Demidov est à Montréal. Il est adoré. Il est protégé. Il est une vedette montante.
Mais avant ça, c’était l’enfer.
Ce que Ivan Demidov a vécu avant d’arriver à Montréal n’avait rien d’une simple transition sportive. À partir du moment où il a refusé de prolonger avec le SKA Saint Petersburg, la machine s’est mise en marche : utilisation incohérente, discours publics niant son départ, malaise évident en entrevue, silence forcé. Demidov n’était pas confus, il était muselé.
Dans le hockey russe, annoncer trop clairement son intention de partir pour la LNH, c’est s’exposer à des représailles administratives et psychologiques.
Tout le monde avait en tête le précédent d’Ivan Fedotov, arrêté puis envoyé de force remplir ses « obligations militaires » en Sibérie occidentale après avoir voulu rejoindre la LNH.
Demidov a compris le message. Voilà pourquoi il a passé l’été à Montréal : pas par confort, mais par instinct de survie. Revenir en Russie aurait pu signifier être retenu sous prétexte de service militaire. Il n’a pas pris de chance.
Et ce poids-là ne reposait pas seulement sur ses épaules. Sa conjointe Ekaterina et sa famille sont à Moscou, ce qui ajoute une couche de pression énorme : quand tu refuses le système, ce sont aussi tes proches qui deviennent vulnérables.
Pour un jeune Russe profondément attaché à sa patrie, l’idée même d’un exil permanent est déchirante. C’est ce qui explique son langage corporel fermé, ses réponses évasives et son inconfort devant les médias avant son arrivée au Canada.
Ce n’était pas de la nervosité de recrue, c’était la peur très réelle de dire un mot de trop. Aujourd’hui, installé à Montréal, Demidov respire enfin. Mais cette séquence éclaire tout : s’il est devenu soudainement lumineux une fois ici, c’est parce qu’il est sorti d’un bras de fer silencieux avec un système capable de briser des carrières.
Et c’est exactement pour ça que les jeunes Russes comme Zharovsky marchent désormais sur des œufs : ils ont vu ce que ça coûte de parler trop fort.
Les deux se connaissent depuis l’enfance. Ils sont restés en contact. Zharovsky a vu ce que ça coûte, en Russie, d’afficher trop clairement son intention de partir. Il a vu les jeux de pouvoir. Les sorties publiques calculées. Les zones grises contractuelles. Les pressions indirectes.
Alors il apprend.
Il répond. Mais il ne dit rien.
Son entraîneur-chef, Viktor Kozlov, parle ouvertement de son potentiel. Il souligne son contrôle de rondelle, son intelligence, sa créativité. Il lui permet de faire des erreurs. Il l’essaie même au centre, malgré son jeune âge.
Mais Kozlov reste un entraîneur de la KHL. Il est là pour gagner maintenant. Pas pour préparer un joyau pour Montréal.
Zharovsky est sous contrat jusqu’en 2027. Le DG du club a déjà laissé entendre qu’Ufa ne s’opposerait pas à un départ vers la LNH à ce moment-là. Mais entre les paroles publiques et la réalité politique du hockey russe, il y a un monde.
Zharovsky le comprend très bien..
C’est pour ça qu’il parle de « processus ». De « travail quotidien ». De « développement ». Jamais d’Amérique. Jamais du Canadien. Jamais de calendrier précis.
Zharovsky garde ses cartes collées sur sa poitrine. Et en attendant la LNH, il apprend à monétiser son image.
Un détail qui en dit long : Zharovsky vient de lancer son propre canal Telegram.
Evgeny Kuznetsov is hijacking Alexander Zharovsky's tg channel 😁 So funny and wholesome at the same time! pic.twitter.com/ujglevt3xn
— Uggg (@Uggg_uggg) February 2, 2026
En Russie, Telegram n’est pas un gadget. C’est plus gros qu’Instagram. Plus direct. Plus monétisable. En quelques jours, il a attiré 17 000 abonnés.
Ce projet ne vient pas de lui.
Il vient de ses agents.
Les mêmes qui ont conseillé Demidov.
Et ces agents-là sont réputés pour une chose : ils pensent cash avant tout.
Branding personnel. Contenu quotidien. Monétisation rapide. Positionnement médiatique. Ce n’est pas du développement humain, c’est de la gestion d’actif.
Zharovsky l’admet lui-même : il n’était pas emballé au départ. Mais il a suivi le plan.
Parce qu’en Russie, si tu es un jeune talent, tu deviens vite un produit.
La peur de trop parler
Ce qui frappe le plus dans son entrevue, ce n’est pas ce qu’il dit.
C’est ce qu’il évite.
Il ne confirme jamais son intention de venir à Montréal.
Il ne parle pas de ses discussions contractuelles.
Il ne se projette pas après 2027.
Il reste neutre, même quand on lui tend la perche.
Ce n’est pas de l’indécision.
C’est de l’autoprotection.
En Russie, un joueur qui parle trop librement de son avenir hors KHL devient rapidement « compliqué ». Et un joueur « compliqué », ça peut perdre du temps de jeu, des opportunités, ou pire : ça peut devenir un problème administratif.
Zharovsky a vu Demidov marcher dans ce champ de mines.
Il n’a aucune intention de refaire le même trajet les yeux ouverts.
Montréal observe… sans intervenir
Du côté du Canadiens de Montréal, on regarde ça avec calme. On sait qu’il est sous contrat jusqu’en 2027. On sait qu’il progresse vite. On sait aussi que la Russie n’est jamais un dossier simple.
Alors on patiente.
Mais une chose est claire : Zharovsky est déjà dans le radar comme le prochain Demidov.
Même profil offensif. Même flair créatif. Même intelligence avec la rondelle. Même prudence médiatique. Et possiblement, dans deux ans, le même combat silencieux pour sortir proprement du système.
Un prodige… déjà conditionné
Ce qui est troublant, c’est à quel point Zharovsky semble déjà conditionné.
Il joue comme un vétéran.
Il parle comme un diplomate.
Il gère son image comme un produit.
À 18 ans.
Son talent est évident. Son avenir en LNH est presque inévitable. Mais son parcours, lui, passera encore par des zones grises, des non-dits, et cette fameuse retenue russe qu’on confond souvent avec du calme.
En réalité, c’est de la peur contrôlée.
Peur de perdre sa place.
Peur de froisser un entraîneur.
Peur d’un dirigeant.
Peur d’un système qui n’aime pas qu’on lui échappe.
Alexander Zharovsky n’est pas simplement un espoir du Canadien.
Il est déjà un joueur qui apprend à survivre politiquement dans le hockey russe.
Et s’il parle doucement aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il manque de personnalité.
C’est parce qu’il a compris, très tôt, que dans ce monde-là, les mots peuvent coûter cher.
