Arber Xhekaj n’a toujours pas de contrat avec le Canadien de Montréal et, cette fois, ce ne sont plus seulement les partisans qui commencent à perdre patience.
Serge Savard est lui aussi incapable de comprendre ce qui se passe.
Il va même plus loin en affirmant que Martin St-Louis devrait avoir honte de la manière qu'il traite le joueur le plus populaire à Montréal.
Pour Savard, le traitement de St-Louis envers Xhekaj est pratiquement inhumain.
Ouch. Le plus cinglant, c’est que ses propos n’auraient probablement jamais dû sortir publiquement. C’est Jean Perron, l’ancien entraîneur du Canadien champion de la Coupe Stanley en 1986, qui a vendu la mèche après un souper réunissant une vingtaine d’anciens champions de la Coupe Stanley.
Au milieu des anecdotes, des souvenirs et des discussions sur le Canadien actuel, le nom d’Arber Xhekaj est revenu. Et Savard, qui était au cœur de cette conversation, aurait posé une question qui résume parfaitement l’incompréhension de plusieurs anciens du Tricolore :
« Pourquoi l’équipe ne fait pas jouer Xhekaj davantage? »
Perron a raconté la scène sans détour :
« Serge demandait pourquoi l’équipe ne faisait pas jouer Xhekaj davantage. Ils ont une équipe extraordinaire, mais deux des meilleurs joueurs mesurent cinq pieds six ou sept. Il va falloir les entourer sinon ils vont se faire maganer. »
Ce n’est donc pas une opinion lancée au hasard par un partisan frustré devant sa télévision. C’est Serge Savard, ancien directeur général du Canadien, ancien capitaine, membre du Temple de la renommée et surtout homme qui a passé sa vie à comprendre ce qui permet à une équipe de survivre à quatre rondes de séries éliminatoires.
Et Savard n’a pas simplement parlé de robustesse par nostalgie. Il a reconnu que le hockey avait changé, mais son argument demeure extrêmement moderne : une équipe qui possède des joueurs aussi précieux que Lane Hutson, Cole Caufield et Ivan Demidov doit être capable de les protéger.
Les anciens Canadiens de 1986 ont regardé l’édition actuelle et ont identifié exactement le même problème. Tu peux avoir du talent partout dans ton alignement. Tu peux avoir Hutson, Caufield, Demidov, Suzuki et Slafkovský. Mais lorsque les séries deviennent une guerre de territoire, quelqu’un doit faire comprendre à l’adversaire qu’il y aura un prix à payer s’il décide de s’en prendre à tes meilleurs joueurs.
Savard l’a répété publiquement le lendemain, lorsqu’on lui a demandé de comparer l’équipe actuelle aux formations championnes de 1986 et de 1993.
« L’équipe possède plusieurs atouts qu’on avait. Peut-être que notre équipe était beaucoup plus robuste. Ton meilleur joueur, personne n’a le droit d’essayer de le démolir. Le CH a un jeune qui s’appelle Hutson. En séries, il était la cible, le pauvre se faisait maltraiter. Une bonne équipe doit faire savoir que les autres n’ont pas le droit de lui toucher. »
Voilà exactement où le dossier Xhekaj devient de plus en plus troublant.
Savard clame que Xhekaj est un joueur capable de changer la façon dont l’adversaire pense lorsqu’il s’approche de tes vedettes. Et Arber Xhekaj possède quelque chose que très peu de joueurs de la formation actuelle peuvent offrir : cette capacité physique et cette volonté d’intervenir immédiatement lorsqu’une limite est franchie.
C’est justement ce qui rend la situation aussi étrange. Alors que les anciens champions parlent publiquement de la nécessité de protéger Hutson et les autres petits joueurs offensifs, Xhekaj n’a toujours pas de contrat. Et pendant ce temps, son avenir à Montréal demeure l’un des plus grands points d’interrogation de l’organisation.
Jean Perron, lui, n’a jamais été particulièrement tendre envers la direction actuelle lorsqu’il estime qu’un joueur n’est pas traité correctement.
Et dans le dossier Xhekaj, il a déjà été beaucoup plus loin que Savard. Perron a publiquement critiqué Kent Hughes pour la manière dont le Canadien aurait traité le défenseur, allant jusqu’à dénoncer ce qu’il percevait comme une volonté de lui compliquer constamment la vie.
Pour Perron, Xhekaj n’a jamais reçu la confiance qu’il méritait et l’organisation aurait dû davantage miser sur ses qualités plutôt que de constamment lui faire comprendre qu’il devait changer son identité.
Ce qui rend les propos de Savard encore plus difficiles à balayer, c’est précisément son parcours. Cet homme-là a bâti des équipes gagnantes. Il sait qu’on ne remporte pas une Coupe Stanley uniquement avec des joueurs talentueux et des systèmes sophistiqués.
Il faut également des joueurs capables de rendre la vie misérable aux adversaires. Son Canadien de 1986 comptait Larry Robinson, Chris Nilan, Bobby Smith, Mike McPhee, Craig Ludwig, Bob Gainey, Sergio Momesso et Rick Green. Ce n’était pas exactement une équipe composée de joueurs qu’on pouvait intimider facilement.
Et même Larry Robinson, pourtant l’un des défenseurs les plus dominants de l’histoire, a exprimé une inquiétude lorsqu’il a parlé de Hutson.
« J’adore regarder Hutson jouer, il est si intelligent. Il voit très bien le jeu. J’espère seulement qu’il ne se placera pas dans une situation dans laquelle il pourrait se faire blesser. » Robinson ajoutait qu’Hutson devait utiliser sa tête et éviter de se faire « assommer par les colosses de la LNH ».
Robinson voit le problème comme tout le monde.
Hutson est exceptionnel. Il est intelligent, rapide, créatif et capable de contrôler une rencontre. Mais il n’a pas le gabarit pour répondre lui-même à toutes les situations physiques auxquelles il est victime en séries.
Et que dire de Cole Caufield qui a peur de son ombre au printemps et qui ne veut pas se casser un ongle.
Demidov aussi est soft. Et lorsqu’une équipe adverse décide de rendre un match extrêmement physique, Montréal doit pouvoir répondre.
Xhekaj est un shérif méprisé par Martin St-Louis et les légendes du CH vont finir par sauter une coche.
« Ton meilleur joueur, personne n’a le droit d’essayer de le démolir. »
Savard attaque St-Louis directement.
Le message ne pourrait pas être plus clair.
Si Montréal veut réellement aller chercher cette Coupe que tout le monde attend depuis 1993, la question n’est peut-être pas seulement de savoir si Arber Xhekaj est suffisamment bon pour jouer.
La question de Serge Savard est beaucoup plus embarrassante :
« Pourquoi le Canadien ne le fait-il pas jouer davantage? »
