Alexandre Carrier n’a pas haussé le ton. Il n’a pas attaqué. Mais son message est clair : lui, il y croit.
Pendant que Jean‑Charles Lajoie explique que le projet d’une Équipe Québec arrive « trop tard et trop tôt », que le hockey québécois est en déclin et que la province n’aurait aucune chance contre les grandes puissances internationales, Alexandre Carrier envoie promener l'animateur de TVA Sports avec quelque chose de beaucoup plus simple... et beaucoup plus fort : le rêve.
Alexandre Carrier refuse cette lecture pessimiste du hockey québécois. Là où Lajoie parle d’un projet « arrivé trop tard », d’un bassin appauvri et d’une incapacité de rivaliser avec les grandes nations, Carrier parle plutôt de profondeur, de cohésion et d’identité.
À ses yeux, une Équipe Québe serait fabuleue et absolument compétitive. Il insiste sur le fait que presque tous les joueurs pressentis évoluent déjà dans la meilleure ligue au monde, et qu'ils pourraient battre n'importe qui.
Pour lui, comparer le Québec aux puissances traditionnelles uniquement à travers les superstars, c’est passer à côté de l’essentiel : le hockey international se gagne aussi avec des joueurs de rôle, de l’engagement collectif et une structure défensive solide.
Carrier est même allé plus loin dans sa réflexion, expliquant que représenter le Québec créerait automatiquement un lien particulier entre les joueurs, un sentiment d’appartenance qu’on ne peut pas quantifier sur une feuille de stats... ou une feuille d'érable.
Il rappelle que chaque fois qu’il se retrouve dans un vestiaire avec d’autres Québécois, la chimie est immédiate : on se parle plus, on se protège plus, on bloque plus de tirs pour le gars à côté.
Pendant que Lajoie ferme la porte au rêve, Carrier l’entrouvre, et rappelle que dans le sport, ce sont souvent ceux qu’on sous-estime qui finissent par faire le plus de bruit.
Carrier l’a dit sans détour. Voir la Slovaquie se battre pour une médaille avec une poignée de joueurs de la LNH, ça fait réfléchir. Ça donne envie. Ça ouvre l’imaginaire.
Et quand on lui parle d’une formation québécoise fictive, il ne balaie pas ça du revers de la main. Au contraire. Il avoue que ça lui ferait quelque chose. Que ce serait un honneur. Que ça le ferait vibrer.
Et surtout : il croit que cette équipe serait compétitive.
Pas dominante. Pas favorite. Mais compétitive.
C’est là que le clash est intéressant.
Lajoie regarde le portrait et devient cinglant envers sa nation : la chute du nombre de Québécois dans la LNH, l’absence de superstars générationnelles, le retard structurel dans le développement.
Carrier, lui, regarde la glace.
Il regarde la profondeur.
Il regarde l’engagement.
Il regarde l’identité.
Parce que oui, le Québec n’a plus de Lemieux, de Bourque ou de Roy. Mais il a encore une chose que plusieurs nations envient : une banque complète de joueurs NHL capables de remplir des rôles précis.
Et c’est exactement ça que Carrier met de l’avant.
Il parle de cette chimie naturelle entre Québécois dans un vestiaire. De ce réflexe quasi automatique de se regrouper. De bloquer des tirs pour l’autre. De jouer un peu plus sale, un peu plus dur, un peu plus engagé quand tu représentes « les tiens ».
Ce n’est pas romantique.
C’est réel.
Et quand on prend deux minutes pour bâtir cette fameuse Équipe Québec, on réalise rapidement que ce n’est pas une fantaisie folklorique.
En attaque, un premier trio avec Pierre-Luc Dubois entre Jonathan Huberdeau et Alexis Lafrenière serait plus que respectable. Derrière, une rotation de centres composée de Phillip Danault, Yanni Gourde et Nicolas Roy donnerait une colonne vertébrale défensive solide.
Sur les ailes : Anthony Mantha, Jonathan Marchessault, David Perron, Zachary Bolduc.
Pour fermer les matchs : Mathieu Olivier, A.J. Greer, Frédérick Gaudreau.
Extras possibles : Anthony Duclair, Jonathan Drouin, Joe Veleno, Mavrik Bourque.
Ce n’est pas une équipe glamour.
C’est une équipe de séries.
À la ligne bleue, Mike Matheson mènerait le groupe, épaulé par Kris Letang, Thomas Chabot, Alexandre Carrier lui-même et Samuel Girard. On complète avec Jérémie Lauzon, Vincent Desharnais ou Louis Crevier selon le style recherché.
Devant le filet, aucun débat : Samuel Montembeault numéro un. Derrière lui, soit l’expérience (Marc-André Fleury, Louis Domingue), soit la relève (Devon Levi, Rémi Poirier).
Est-ce que cette équipe gagnerait l’or olympique?
Non.
Mais est-ce qu’elle serait ridicule?
Absolument pas.
Sur papier, elle rivaliserait facilement avec la moitié du tournoi. Et dans un format court, avec un sentiment national fort et un vestiaire soudé, tout devient possible. La Slovaquie vient de le prouver.
C’est là que la réponse de Carrier prend tout son sens.
Lajoie parle d’un projet trop tardif, trop précoce, presque inutile.
Carrier parle de fierté.
De cohésion.
De combat.
Et surtout, il rappelle une vérité dérangeante : même si le Québec avait sa propre équipe, ça n’affaiblirait même pas le Canada.
Aucun de ces joueurs ne serait un pilier d’Équipe Canada aujourd’hui. Ce n’est plus comme à l’époque où enlever le Québec voulait dire enlever Lemieux, Roy, Bourque et compagnie.
Aujourd’hui, ce serait une équipe autonome. Complète. Sans superstar, mais avec de la profondeur à tous les étages.
Alors non, Équipe Québec ne serait pas une puissance mondiale.
Mais dire qu’elle n’aurait aucune chance, c’est méconnaître ce que représente une formation remplie de joueurs de rôle NHL, portée par une identité commune.
Carrier ne vend pas un mirage.
Il vend une possibilité.
Et parfois, dans le sport comme dans la vie, c’est exactement comme ça que tout commence.
