Le voilà, le revirement que personne n’avait vu venir.
Pendant des semaines, l’image de Patrick Roy était celle d’un homme blessé. Un homme atteint en plein cœur par un congédiement qu’il n’avait jamais vu venir.
On parlait d’un Roy affecté, isolé en Floride, loin des projecteurs. On racontait qu’il avait perdu du poids. On disait qu’il avait de la difficulté à digérer la façon dont son aventure avec les Islanders de New York s’était terminée.
Après tout, il avait maintenu une équipe ordinaire dans la course aux séries pendant presque toute la saison avant d’être sacrifié à quatre matchs de la fin.
Puis une question revenait constamment.
Pourquoi Patrick Roy avait-il refusé certaines apparitions publiques au Québec? Pourquoi n’était-il pas revenu davantage dans l’environnement médiatique québécois? Pourquoi n’a-t-il pas participé à certains événements entourant les séries des Canadiens de Montréal?
Roy a bel et bien été invité pour porter la flamme lors du match de séries à Montréal, mais il avait refusé.
Aujourd’hui, on a la réponse.
Selon Darren Dreger, Patrick Roy fait bel et bien partie du processus d’embauche des Maple Leafs de Toronto. Son nom circule officiellement aux côtés de celui de Peter Laviolette pour l’un des postes les plus prestigieux, les plus exigeants et les plus médiatisés de toute la Ligue nationale.
Soudainement, plusieurs pièces du casse-tête s’assemblent.
Un homme qui participe à un processus d’embauche avec les Maple Leafs ne peut se permettre de multiplier les apparitions publiques associées aux Canadiens de Montréal, le grand ennemi de Toronto.
La rivalité entre les deux organisations demeure l’une des plus importantes dans le sport professionnel nord-américain. Même si Roy est une légende du Tricolore, même si son histoire est intimement liée à Montréal, il comprend mieux que quiconque les perceptions qui entourent ce genre de situation.
Les Maple Leafs ne cherchent pas simplement un entraîneur.
Ils cherchent une figure capable de supporter une pression gigantesque.
Ils cherchent quelqu’un capable de gérer un marché où chaque défaite devient une crise provinciale.
Ils cherchent quelqu’un qui possède une crédibilité instantanée devant un vestiaire rempli de vedettes.
Sur ce plan, peu de candidats possèdent le curriculum vitae de Patrick Roy.
Quatre Coupes Stanley comme joueur. Un Temple de la renommée. Une Coupe Memorial. Des succès dans le junior. Une expérience comme entraîneur-chef dans la LNH avec l’Avalanche du Colorado et les Islanders de New York. Un trophée Jack-Adams.
Pendant que plusieurs observateurs considéraient sa carrière terminée après son congédiement à Long Island, voilà que l’une des organisations les plus riches et les plus influentes du hockey lui ouvre sa porte.
C’est aussi une forme de réhabilitation.
Depuis son congédiement, plusieurs ont tenté de faire de Roy le principal responsable de l’effondrement des Islanders. Pourtant, Peter DeBoer n’a pas réussi le miracle attendu. Le changement d’entraîneur n’a pas sauvé la saison. Les Islanders ont raté les séries quand même.
Ce détail change énormément la perception du travail accompli par Roy.
Mathieu Darche avait présenté le changement derrière le banc comme une décision nécessaire pour donner une nouvelle direction au club et faire les séries. Il s'est cassé les dents.
Pendant ce temps, Roy reçoit l'appel pour une parmi les emplois les plus convoités du circuit Bettman.
Le karma fait bien les choses.
Ce qui surprend, cest que John Chayka est le DG des Leafs et est reconnu pour son approche moderne, analytique, basée sur les statistiques avancées. Longtemps, plusieurs ont présenté Roy comme l’opposé de cette philosophie.
Est-ce le président des Leafs, Keith Pelley, qui veut que Roy ait une chance? Est-ce le conseiller de John Chayka, Mats Sundin, qui a bien connu Roy en tant que joueur?
Le simple fait que son nom soit encore dans la course démontre qu’à l’interne, certaines personnes voient davantage qu’un entraîneur de la vieille école.
Elles voient un compétiteur, un leader et quelqu’un capable d’imposer une culture de responsabilité dans un vestiaire qui cherche désespérément à devenir non-toxique.
La semaine dernière encore, plusieurs se demandaient si Patrick Roy était en train de manquer sa fenêtre de retour dans la LNH.
Aujourd’hui, son nom est associé à l'équipe la plus riche de la LNH.
Le même homme qu’on disait fini pourrait se retrouver derrière le banc de l’équipe la plus observée du hockey.
Une revanche spectaculaire pour un entraîneur qui, pendant plusieurs semaines, a eu l’impression que le monde du hockey l’avait abandonné.
