Milan venait à peine de célébrer l’or canadien que le feu prenait déjà ailleurs.
Pas sur la glace. Pas sur la surface de curling.
Sur les réseaux.
Dave Portnoy, fondateur de Barstool Sports, personnalité américaine aussi influente que provocatrice, a lancé une bombe : le Canada aurait triché pour aller chercher l’or.
Oui. Triché.
Dans un contexte déjà électrique entre les États-Unis et le Canada ... hockey, rivalité, haine assumée de Brady Tkachuk ... voilà que le curling devient soudainement un champ de bataille politique et sportif.
Et il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère.
« Dernière nouvelle @CurlingCanada : personne ne reconnaît votre médaille d’or. Vous êtes des tricheurs minables et des menteurs. Le monde entier en a été témoin. Demain, votre équipe de hockey paiera pour vos péchés à un niveau intergalactique. »
Intergalactique.
On est rendus là.
Ce n’est plus une critique. Ce n’est plus une accusation isolée. C’est une déclaration de guerre numérique, lancée au moment le plus inflammable possible : la veille d’un Canada–États-Unis pour l’or olympique.
Et évidemment, ça n’a rien d’innocent.
Portnoy sait exactement ce qu’il fait. Il alimente la rivalité. Il pousse le narratif. Il transforme une finale déjà gigantesque en affrontement quasi mythologique.
Selon lui, le hockey américain devra « faire payer » le Canada pour les « péchés » du curling.
Le lien est absurde.
Mais le timing est parfait.
Ce genre de sortie ne vise pas la vérité. Elle vise la réaction. Elle vise le bruit. Elle vise les partages. Et ça fonctionne.
Parce qu’au-delà du ton excessif, ce message touche à quelque chose de plus profond : la perception que le Canada, en sport international, dérange.
Newsflash @CurlingCanada nobody recognizes your gold medal. You are cheating lowlife liars. The entire world witnessed it. Tomorrow your hockey team will pay for your sins on an intergalactic level. #canadacurlingcheats https://t.co/gyiYTtAMNs
— Dave Portnoy (@stoolpresidente) February 21, 2026
Sans preuve.
Sans démonstration technique.
Juste une accusation.
Mais dans l’ère moderne, ça suffit.
Une victoire qui dérange
Soyons honnêtes : le Canada qui gagne au curling, ce n’est pas un choc. C’est presque une tradition.
C’est un sport où la culture canadienne est enracinée depuis des générations. Où les structures, la formation et la profondeur sont supérieures à la majorité des nations.
Quand le Canada gagne au hockey, on parle de talent.
Quand le Canada gagne au curling, certains parlent de système.
Quand le Canada gagne trop souvent… certains parlent de tricherie.
Le mot est violent.
Et surtout, il est stratégique.
Parce que Portnoy ne parle pas seulement de curling. Il parle à une audience américaine chauffée à blanc à la veille d’une finale olympique contre le Canada.
Le message sous-jacent est clair :
« Ils gagnent parce qu’ils contournent les règles. »
Ce n’est plus du sport. C’est de la narrative.
Timing explosif
Le plus fascinant dans cette histoire, ce n’est pas l’accusation.
C’est le timing.
Les États-Unis viennent de répéter « l’or ou rien ».
Brady Tkachuk a parlé de haine envers le Canada.
La tension monte avant la finale.
Et soudainement, une voix médiatique américaine accuse le Canada de tricherie internationale.
Coïncidence?
Peut-être.
Mais dans une rivalité, rien n’est neutre.
Ce genre de déclaration nourrit l’idée que le Canada serait l’empire à abattre. Le grand frère arrogant. Le système qui gagne trop.
Ça mobilise.
Ça attise.
Ça polarise.
Aucune preuve. Juste du bruit.
Important de le rappeler : aucune enquête. Aucune sanction. Aucun rapport officiel. Aucun doute exprimé par les instances olympiques.
Zéro.
On parle d’une opinion lancée sur une plateforme massive. Et dans l’ère des algorithmes, l’opinion devient presque un fait pour ceux qui veulent y croire.
C’est ça le danger.
Parce que le curling n’est pas un sport opaque. Les matchs sont analysés, filmés, scrutés. Les conditions de glace sont contrôlées. Les arbitres sont présents.
Accuser sans fondement, c’est facile.
Réparer l’image, c’est plus long.
Le Canada, cible permanente?
Ce qui est ironique, c’est que cette accusation renforce exactement ce que plusieurs joueurs canadiens disent depuis une semaine : le Canada est la cible.
On ne déteste pas une équipe faible.
On déteste une équipe dominante.
Le Canada en hockey.
Le Canada en curling.
Le Canada sur la scène olympique.
Quand tu gagnes souvent, tu deviens le méchant dans l’histoire des autres.
Portnoy joue exactement ce rôle : alimenter la frustration américaine face à une nation qui performe dans « leur » tournoi.
Stratégie ou simple provocation?
Dave Portnoy n’est pas naïf. Il sait comment fonctionne l’attention. Il sait comment déclencher une tempête numérique.
Dire « le Canada a gagné » ne crée rien.
Dire « le Canada a triché » crée une guerre.
Et une guerre numérique, ça génère des clics.
Est-ce qu’il croit réellement à la tricherie?
Ou est-ce une manière d’alimenter la rivalité à 24 heures d’une finale USA-Canada?
La question mérite d’être posée.
Effet boomerang?
Attention toutefois.
Ce genre d’accusation peut se retourner contre son auteur.
Parce que si le Canada l’emporte en hockey dimanche, avec une performance irréprochable, l’image deviendra encore plus forte.
Le pays qui gagne malgré la haine.
Le pays qui gagne malgré les accusations.
Le pays qui gagne pendant que d’autres parlent.
Et dans le monde du sport, la meilleure réponse reste toujours la même : le résultat.
Plus grand que le curling
Au final, cette controverse dépasse largement la pierre et le balai.
Elle s’inscrit dans un climat de rivalité nord-américaine intense.
Dans une narration de revanche américaine.
Dans un duel pour la suprématie olympique.
Et elle nous rappelle une chose simple :
Quand le Canada gagne, il dérange.
Et quand il dérange, certains crient à l’injustice.
Scandale?
Non.
Tempête médiatique?
Assurément.
La médaille, elle, est bien réelle.
Misère...
