Sortir du placard à Tout le monde en parle: malaise pour Nick Suzuki

Sortir du placard à Tout le monde en parle: malaise pour Nick Suzuki

Par David Garel le 2026-01-25

Guy A Lepage et MC Gilles devraient avoir honte.

Radio-Canada et ses dirigeants devraient être gênés.

L’entrevue de Juraj Slafkovsky, Nick Suzuki, Alexandre Texier et Oliver Kapanen à Tout le monde en parle est un malaise étiré sur plusieurs minutes, mal préparé, mal cadré, mal exécuté, où quatre jeunes joueurs de hockey se sont retrouvés à improviser dans un scénario digne de la télé communautaire.

On pouvait voir dans leurs faces qu'ils n'avaient qu'une envie: s'enfuir du plateau.

Les quatre joueurs étaient invités pour parler de leur sélection par leur pays respectif en vue des Jeux olympiques. Sujet clair. Angle clair. Occasion parfaite de faire découvrir au grand public des personnalités différentes, des parcours nationaux différents et une génération de joueurs qui vit le hockey dans un marché unique.

Mais très rapidement, l’entrevue a glissé vers quelque chose d’autre : un flou constant, des questions lancées dans le vide, personne n’étant réellement interpellé, ce qui forçait les joueurs à se regarder entre eux, à se passer la parole comme une rondelle en fond de zone, sans jamais savoir qui devait prendre le tir.

La question sur la série Heated Rivalry a rendu les joueurs du CH inconfortables. Une série canadienne qui connaît un succès international spectaculaire, qui dépasse largement le public traditionnel du hockey, qui a trouvé écho jusque dans des pays où l’on ne connaît presque rien de la LNH.

Une fiction centrée sur une relation amoureuse secrète entre deux joueurs rivaux, utilisée ici comme prétexte pour ouvrir une discussion sur l’homosexualité dans le hockey professionnel. Le sujet, en soi, est légitime. Le problème n’est pas le thème. Le problème, c’est la manière.

La question était tellement malaisante que Nick Suzuki et Alexandre Texier se sont regardés et voulaient disparaître:

Nick Suzuki a répondu en expliquant que la série avait attiré un nouveau public vers le hockey, que c’était une bonne chose, et que le vestiaire du Canadien est un environnement ouvert, accueillant, où un joueur qui ferait son coming out serait accepté sans que cela ne change quoi que ce soit.

« On en a beaucoup entendu parler. Ça a attiré des gens vers le hockey qui ne s’y intéressaient pas avant, et c’est positif. Dans notre équipe, on est un groupe ouvert, respectueux. Si quelqu’un vivait ça et faisait son coming out, il serait accueilli comme n’importe quel autre joueur. »

Alexandre Texier a ensuite ajouté que, selon lui, ce n’était pas un tabou, rappelant que la LNH organise des soirées de soutien, que le monde du hockey évolue comme le reste de la société, et que l’acceptation fait partie de la réalité actuelle du vestiaire. Des réponses nuancées, cohérentes, sans dérapage.

C’est là que le malaise s’est installé pour de bon. Guy A. Lepage, puis MC Gilles, ont tenté de pousser la discussion plus loin sans jamais vraiment cibler un joueur, sans préciser à qui la question s’adressait, laissant planer l’idée que si peu de joueurs ont fait leur coming out, c’est forcément parce qu’il existe encore une forme d’homophobie dans les vestiaires.

Le ton, volontairement ou non, devenait accusateur. On sentait MC Gilles chercher la faille, tenter de coincer Alexandre Texier, de lui faire dire que le sujet demeurait tabou, que le milieu n’était pas aussi ouvert qu’il le prétendait.

Cette façon de questionner, presque moralisatrice, donnait l’impression que les joueurs devaient se justifier, se défendre, prouver qu’ils n’étaient pas ce qu’on semblait insinuer.

Juraj Slafkovsky, pendant ce temps, paraissait ailleurs. Peu loquace, visiblement inconfortable, il donnait l’impression d’attendre que le segment se termine.

Et honnêtement, on peut difficilement lui reprocher. Être assis sur un plateau de télévision, dans une langue qui n’est pas la sienne, avec des oreillettes pour comprendre des questions parfois floues, sans savoir quand intervenir, tout en sentant que le ton glisse vers un terrain piégeux, ce n’est pas une situation agréable.

Le symbole du malaise ultime est peut-être venu plus tard, lorsque Nick Suzuki a été interrogé sur son français. La réponse, un simple « Bonjour, je m’appelle Nick Suzuki. Comment ça va ? », a fait sourire, mais elle illustrait aussi un manque de préparation évident.

La question était prévisible. Inévitable, même. Suzuki aurait pu préparer une réponse un peu plus étoffée, surtout qu’il se débrouille mieux qu’il ne l’a laissé paraître ce soir-là. Mais encore une fois, dans un contexte aussi décousu, difficile de blâmer uniquement le joueur.

il faut quand même souligner le segment le plus intéressant de la discussion : la question du choix entre une médaille d’or olympique et la Coupe Stanley.

Alexandre Texier a répondu sans hésiter qu’il choisirait la Coupe Stanley, rappelant implicitement que pour un joueur français, gagner l’or olympique relève presque de la fiction. Juraj Slafkovsky, Slovaque, a tenu un discours semblable.

Oliver Kapanen et Nick Suzuki ont davantage hésité, eux qui ont de réelles chances de monter sur la plus haute marche du podium avec leur pays, mais ont finalement opté eux aussi pour la Coupe Stanley.

Ce fut le seul segment potable.

Ce qui frappe, au final, c’est l’impression d’improvisation totale du côté de l’équipe de Tout le monde en parle. Une émission financée par des fonds publics, portée par une équipe de recherchistes, animée par des figures grassement rémunérées, qui aurait dû arriver avec des questions claires, ciblées, adaptées à chacun des invités.

On n’a rien senti de cette préparation. Pas de profondeur. Pas de structure. Pas de stratégie d’entrevue. Seulement des questions lancées en rafale, sans filet, en espérant que quelqu’un attrape la balle.

Parler de Heated Rivalry, de son impact culturel, de ce qu’elle révèle sur l’évolution du regard porté sur le hockey, aurait pu être passionnant.

Mettre les joueurs à l’aise, leur permettre d’exprimer leur point de vue sans sous-entendus ni procès d’intention, aurait enrichi la discussion.

Au lieu de ça, on a assisté à une succession de malaises, à une tentative maladroite de créer du moment télé en jouant avec un sujet sensible, sans le respect ni la finesse que ce genre de thème exige.

Au bout du compte, ce ne sont pas les joueurs qui sont sortis affaiblis de cette entrevue. Ce sont eux qui ont fait preuve de retenue, de respect, de cohérence.

Le malaise, la confusion, l’arrogance parfois, venaient clairement du plateau. Et quand une émission aussi importante donne l’impression de ne pas avoir fait ses devoirs, la question mérite d’être posée : pourquoi nos taxes payent les salaires de Guy A Lepage et MC Gilles?

Misère...