Florian Xhekaj avait lancé son idée avec enthousiasme. Lui, son grand frère Arber et Josh Anderson ensemble sur le même trio : une ligne lourde, physique, intense, capable de faire payer chaque adversaire.
Sur papier, ça avait de la gueule. Dans la réalité, le Canadien lui a tapé sur les doigts pour envoyer un message très clair : concentre-toi sur ta place dans l’alignement avant de commencer à dessiner tes propres trios.
Kent Hughes et Jeff Gorton n'ont vraiment pas apprécié la sortie publique. Le pauvre Florian s'est fait remettre à sa place.
Parce que l’idée de la « Demolition Line » a pris énormément de place dans les médias. Florian en a parlé, les journalistes s’en sont emparés et le concept a rapidement circulé partout.
Or, selon ce qui circule autour de l’organisation, ce genre de scénario ne ferait pas particulièrement plaisir aux dirigeants du Canadien, qui préféreraient que le jeune attaquant laisse simplement son jeu parler pendant le camp plutôt que de créer lui-même une histoire autour de son avenir.
Surtout que le dossier Xhekaj est souvent toxique à Montréal quand il s'agit d'Arber.
L’organisation sait très bien que tout ce qui touche les deux frères attire énormément d’attention. Arber est déjà un joueur polarisant, son avenir à la défense est sombre, son utilisation à l’attaque est discutée et Florian tente justement de gagner une place dans une formation où la concurrence est féroce.
Alors imaginez le problème si Arber devient attaquant.
Ça ne crée pas une place pour Florian. Ça peut lui en enlever une.
Le Canadien compte déjà suffisamment d’attaquants pour remplir ses postes. Si Arber est utilisé régulièrement à l’avant, Florian devra se battre encore plus férocement pour obtenir une place.
Et pendant que son frère tente de sauver sa carrière à Montréal en changeant potentiellement de position, Florian est lui-même en train de dépasser Arber dans la hiérarchie des attentes entourant les deux frères.
C’est ça, le drôle de renversement.
Le petit frère est maintenant celui qui peut éventuellement sauver le grand frère.
Mais Florian ne peut pas se permettre de penser comme ça.
Il doit penser à lui.
Et surtout, il doit comprendre que son meilleur argument ne sera jamais une déclaration dans les médias.
Ce sera son jeu.
Il a pourtant donné aux journalistes exactement ce qu’ils voulaient entendre lorsqu’il a parlé de son frère.
« Quand on était plus jeunes, on parlait toujours de la possibilité de jouer ensemble un jour. Si ça arrive, lui, moi et Andy pourraient former un trio de démolition ! »
C’est sympathique.
C’est vendeur.
C’est même une excellente histoire.
Mais pour le Canadien, ce n’est pas nécessairement ce qu’on veut entendre pendant que le jeune homme tente de décrocher son premier poste régulier dans la LNH.
Surtout qu'en affirmant une telle chose, il rejette Phil Danault, avec qui il évolue en compagnie de Josh Anderson depuis le début du camp.
Xhekaj n'a pas nommé le nom de Danault une seule fois dans son entrevue. Écarter un coéquipier de la sorte ne se fait pas dans le hockey professionnel, surtout quand tu es un jeune qui tente de percer l'alignement.
Et Florian le sait maintenant.
Parce que la réalité est beaucoup plus simple : il doit faire l’équipe.
Il doit battre la concurrence.
Il doit montrer qu’il peut apporter de l’énergie, du physique, de la vitesse et de la présence devant le filet.
Il n’a pas besoin de convaincre Martin St-Louis qu’une ligne Florian-Arber-Anderson serait spectaculaire.
Il doit convaincre Martin St-Louis qu’il est impossible de le laisser à Laval.
Et le problème est que la signature de Chris Kreider rend justement cette mission encore plus difficile.
Le Canadien vient d’ajouter un gros attaquant capable de jouer avec intensité et de contribuer offensivement. Les postes disponibles sont donc encore plus rares.
Florian possède justement les qualités que l’organisation recherche.
Il l’a dit lui-même :
« Ils en veulent plus dans la formation et c’est ce que j’amène. Je vais essayer d’amener ça au camp. »
Voilà le discours qu’on veut entendre.
Pas celui sur la « Demolition Line ».
Pas celui où il imagine déjà son frère avec lui.
Pas celui où il dessine la formation idéale pour les "fefans".
Le message est beaucoup plus simple : apporte ce que tu sais faire et force-nous à te garder.
Et il y a une autre réalité qui doit être comprise : si Arber Xhekaj réussit réellement à convaincre St-Louis qu’il peut être utile comme attaquant, Florian pourrait perdre une voie d’accès à la LNH.
Ce serait complètement cruel : les deux frères rêvent depuis longtemps de jouer ensemble, mais une conversion d’Arber à l’attaque pourrait justement rendre leur rêve encore plus difficile à réaliser.
Florian a donc intérêt à arrêter de regarder le chandail de son frère et à commencer à regarder le sien.
Parce que le Canadien n’a pas besoin qu’il vende une idée.
Le Canadien veut qu’il gagne une place.
Et s’il veut réellement créer un jour sa fameuse « Demolition Line », il va d’abord devoir démontrer qu’il mérite d’être sur la glace.
Après ça, on pourra parler de tout le reste.
