Nick Suzuki a perdu six de ses sept mises en jeu clés en finale olympique.
Six sur sept.
Et pas n’importe quand. Pas en ronde préliminaire. Pas dans un match sans enjeu. En finale contre les États-Unis. Avec le mandat colossal de remplacer Sidney Crosby au centre. Avec la responsabilité de stabiliser l’axe du Canada. Avec la pression d’affronter Auston Matthews dans les moments critiques.
Les chiffres sont froids. Brutaux.
Et sur les réseaux sociaux, ils sont devenus une arme.
« Si Crosby avait été là, on gagnait ce match. »
« Crosby ne perd pas ces mises en jeu-là. »
« Suzuki a failli à la tâche. »
« Il n’est pas bâti pour les grands moments. »
La narration s’est installée en quelques minutes.
Le Canada perd 2-1 en prolongation.
Jack Hughes marque.
Et immédiatement, un coupable est désigné.
Nick Suzuki.
Le procès populaire du capitaine du CH est hors contrôle sur les réseaux sociaux : quand perdre devient un crime...
Il y a des défaites qui font mal.
Et il y a celles qui laissent des traces.
Pour Nick Suzuki, cette finale olympique perdue 2-1 en prolongation contre les États-Unis n’a pas seulement coûté une médaille d’or. Elle a déclenché un véritable tribunal populaire. En quelques minutes à peine, les réseaux sociaux se sont transformés en salle d’audience. Verdict immédiat : Suzuki est un perdant.
Voilà le mot qui revient.
Perdant.
Parce qu’il n’était pas là à la Confrontation des Quatre Nations quand le Canada avait gagné.
Parce qu’il a perdu une finale de la Coupe Stanley.
Parce qu’il a perdu une Coupe Memorial.
Parce qu’il vient de perdre aux Jeux olympiques.
On empile les défaites comme on empile des pièces à conviction. On fabrique une narration. On colle une étiquette.
Et soudainement, Nick Suzuki devient le symbole d’un échec collectif.
C’est brutal. Et c’est profondément injuste.
Une finale où il a pourtant fait exactement ce qu’on attend d’un centre responsable
Dans ce match contre les Américains, Suzuki n’a pas été invisible. Il a été utilisé comme un joueur de mission.
Infériorités numériques.
Présences défensives clés.
Gestion du tempo quand le Canada tentait de reprendre le contrôle.
Il a passé une partie de l'après-midi à éteindre des incendies.
Et il a été instrumental sur le but égalisateur de Cale Makar:
Will Nick Suzuki get an assist for the pass to Devon Toews on the Cale Makar game-tying goal for Team Canada 🇨🇦? 🤔
— /r/Habs (@HabsOnReddit) February 22, 2026
pic.twitter.com/Sj5HvMrcAe
Oui, il a perdu plusieurs mises en jeu importantes face à Auston Matthews. C’est vrai. Et ça va lui coller à la peau.
Mais personne ne parle du reste.
Personne ne parle de son travail sans rondelle.
Personne ne parle de ses replis.
Personne ne parle de ses lectures défensives.
Personne ne parle du fait qu’il était encore sur la glace dans les moments critiques.
Dans une finale olympique, tu ne “brilles” pas toujours. Parfois, tu survis. Tu tentes de bloquer le centre. Tu tiens.
C’est exactement ce qu’il a fait.
Le hockey moderne a un problème : il confond impact et statistiques
Le Canada a dominé de longues séquences. Le gardien américain a été fumant. La prolongation s’est jouée sur une transition ratée, une récupération manquée, et un tir parfait de Jack Hughes.
Fin de l’histoire.
Mais pour Suzuki, ce n’est jamais aussi simple.
Parce que Suzuki est le genre de joueur qui fait les petits jeux. Celui qui ralentit une entrée de zone. Celui qui force un dump-in. Celui qui achète une seconde à ses défenseurs.
Ce genre de contribution ne devient jamais viral.
Alors on ne le voit pas.
Et quand l’équipe perd, c’est lui qu’on pointe.
On lui reproche de perdre… alors qu’il joue toujours dans les plus grands matchs
Il y a quelque chose d’absurde dans tout ça.
On reproche à Suzuki de perdre en finale.
Mais pour perdre une finale, il faut d’abord s’y rendre.
Coupe Stanley.
Coupe Memorial.
Jeux olympiques.
Ce sont les scènes les plus exigeantes du hockey mondial.
Nick Suzuki est constamment là.
Toujours.
Et plutôt que de reconnaître cette constance, on transforme ça en défaut.
Comme si atteindre les sommets devenait une preuve d’échec.
Le poids du “C” du Canadien… amplifié par une défaite nationale...
Soyons honnêtes : s’il n’était pas capitaine du Canadien de Montréal, la tempête serait moins violente.
Mais il porte ce “C”.
Et au Québec, ce “C” vient avec une loupe permanente.
Chaque défaite devient existentielle.
Chaque mise en jeu perdue devient un procès.
Chaque tournoi sans médaille devient une remise en question de carrière.
On projette sur lui toutes les frustrations d’un pays qui vient de voir filer l’or.
Pendant ce temps-là, Suzuki reste droit
Après le match, il n’a pas cherché d’excuses. Il a parlé d’un effort collectif, d’une performance solide, de la douleur du moment.
Pas de blâme.
Pas de drame.
Juste un joueur qui assume.
Et c’est peut-être ça, le plus ironique.
Pendant que l’espace public s’enflamme, lui encaisse.
Comme il l’a toujours fait.
Nick Suzuki n’a pas perdu le Canada.
Le Canada a perdu une finale serrée, cruelle, décidée sur un détail en prolongation.
Transformer ça en acte d’accusation personnel contre lui, c’est non seulement injuste — c’est révélateur d’une culture sportive qui cherche constamment un coupable, au lieu de comprendre le jeu.
Aujourd’hui, Suzuki prend tout en pleine figure.
Mais demain, quand viendra le prochain grand moment, devine qui sera encore là.
Nick Suzuki.
Toujours debout. Toujours utilisé dans les situations lourdes. Toujours au cœur des batailles qui comptent.
Ça, ce n’est pas un perdant.
C’est un joueur de finales.
Un jour, il ramènera la Coupe Stanley à Montréal.
