Moment historique pour la télévision québécoise.
Il y a des soirs qui marquent une carrière. Et il y a des soirs qui la brisent.
La victoire du Canada contre la Tchéquie en quart de finale, décrite magistralement par Pierre Houde, restera comme l’un des plus grands moments de narration sportive de l’histoire québécoise.
HOCKEY M –MITCH MARNER 🇨🇦 JOUE LES HÉROS ET ENVOIE LE CANADA EN DEMI-FINALES🤯🤩🥳🔥@LNH_FR#MilanoCortina2026 #rcsports #hockey #equipecanada #jeuxolympiques pic.twitter.com/Zw0VVRt8kS
— Radio-Canada Sports (@RC_Sports) February 18, 2026
Une performance parfaite. Une voix au sommet de son art. Une communion totale avec le public. Sur les réseaux sociaux, on parlait déjà du « plus grand match jamais décrit ».
Les clips circulent en boucle. Les gens écrivaient qu’ils avaient des frissons. Qu’ils pleuraient. Qu’ils vivaient quelque chose d’historique.
This entire shift by Nick Suzuki 🇨🇦 was unreal.
— /r/Habs (@HabsOnReddit) February 18, 2026
He was a one man forecheck who started the play and scored the game-tying goal.
Our Habs captain is as clutch as it gets 🔥
pic.twitter.com/aNTKtMsqmI
Pendant que le Québec vibrait à l’unisson, quelque part à Montréal, Félix Séguin encaissait probablement le coup le plus dur de sa carrière.
Parce que ce moment-là, c’était aussi son rêve.
Les Olympiques.
Le match qui arrête une nation.
La phrase qui traverse le temps.
Et ce rêve vient de lui passer sous le nez.
Pire encore : il revient à Pierre Houde, encore une fois. L’homme qu’il admire depuis toujours. L’homme qu’il a tenté maladroitement d'imiter.
L’homme dont la voix est devenue patrimoine culturel. Pendant que Houde grave un autre chapitre de légende, Séguin vit l’envers du décor : l’exclusion, le silence, l’effacement.
Depuis quelques semaines, tout s’effondre en même temps pour lui.
D’abord, ce malaise devenu viral, quand il a tenté de parler le langage de la génération Alpha avec son fameux « six seven » en ondes, en assumant vouloir « faire suer les parents » pour plaire aux jeunes.
Une scène gênante, figée dans le temps, avec autour de la table Maxime Lapierre, Éric Chouinard, Antoine Roussel, Elizabeth Rancourt… tous prisonniers d’un fou rire forcé, d’un regard fuyant, d’un malaise qu’on sent jusque dans le salon.
Ce moment-là a été un point de bascule.
À l’interne, on lui aurait clairement passé le message : arrête d’essayer d’être cool pour les jeunes.
Puis un autre avertissement, encore plus brutal : arrête de copier Pierre Houde.
Deux consignes qui résument tout son drame.
Ne sois pas quelqu’un d’autre.
Mais sois meilleur.
Sans modèle.
Sans filet.
Séguin est rendu exactement à ce point de carrière où il ne cherche plus seulement à bien faire son travail. Il cherche à être accepté. À être pardonné. À être aimé.
Sa cote de popularité est au plus bas.
TVA Sports est une marque repoussoir chez les jeunes.
La génération qu’il tente de séduire ne regarde même pas la télé.
Et la base traditionnelle ne lui a jamais vraiment donné sa chance.
Il est coincé entre deux mondes. Et il se fait broyer par les deux.
Au Québec, il y a une colère sourde qui monte à l’idée que les séries éliminatoires ne seront pas racontées par Pierre Houde, mais bien diffusées sur TVA Sports.
Pour une immense partie du public, Pierre Houde n’est pas juste un descripteur : il est la trame sonore des grands moments, la voix des buts importants, le narrateur naturel des émotions collectives.
Pierre Houde🐐🐐 pic.twitter.com/kJliE2JppN
— iamcliffburton (@IcynBeats) February 19, 2026
L’enlever des séries, c’est comme enlever la musique d’un film. Peu importe la qualité de la production ou des analystes autour, pour beaucoup de partisans, ça sonne déjà faux.
Et ça explique pourquoi les réseaux sociaux explosent : on ne parle pas d’un simple changement de chaîne, on parle d’un arrachement culturel.
Anglo in Ontario, always listen to Pierre Houde. Since he's been excluded from calling playoffs, it's so great to hear him call these big games.
— Benny Farmer (@BennyFarmer) February 19, 2026
Ce malaise est d’autant plus profond que les amateurs se rappellent très bien ce qui s’est passé avec Félix Séguin. À l’époque, Séguin avait tenté de recréer artificiellement « le moment Pierre Houde », en modifiant son ton, son rythme, sa façon d’annoncer les buts (il a copié "et le but" de Pierre Houde et a délaissé son "et compte") , comme s’il pouvait copier une signature vocale qui s’est construite sur des décennies.
Le public ne s’est pas laissé prendre. Très vite, ça a été perçu comme une imitation maladroite, presque une caricature. Les auditeurs l’ont pris la main dans le sac, et la réaction a été brutale.
Parce que dans ce marché-là, l’authenticité compte. Tu peux changer de diffuseur, tu peux changer de plateau, tu peux changer de graphiques à l’écran, mais tu ne peux pas remplacer une voix qui fait partie de la mémoire émotionnelle collective.
Séguin a appris ça à ses dépens : le Québec ne pardonne pas quand on essaie de forcer une connexion qui n’existe pas. Et aujourd’hui, avec l’absence annoncée de Pierre Houde en séries, ce vieux souvenir refait surface. Les gens ne veulent pas d’un copier. Ils veulent LA voix.
C’est pour ça que cette histoire dépasse largement le hockey. Ce n’est pas une chicane de réseaux. C’est un choc entre une logique de droits télé et une réalité affective.
Pour des centaines de milliers de partisans, les séries sans Pierre Houde, ce sera peut-être du hockey… mais ce ne sera plus tout à fait les séries.
Ce qui rend tout ça encore plus cruel, c’est qu’il s’est amélioré. Même Réjean Tremblay l’a reconnu : sa description est plus propre, son analyse plus solide, son travail n’a plus rien à voir avec ses débuts.
Mais ça ne change rien. Le Québec ne récompense pas l’effort visible pour plaire. Il récompense l’authenticité. Pierre Houde n’a jamais essayé de parler comme les jeunes. Il a toujours parlé comme Pierre Houde.
Séguin, lui, semble constamment vouloir prouver qu’il est à la bonne place, avec le bon ton, le bon code culturel. Et chaque tentative devient une preuve supplémentaire de déconnexion.
Il l’a pourtant dit lui-même, dans une entrevue bouleversante : il ouvrait X le matin avec angoisse. Il redoutait ce qu’il allait lire. Il avouait qu’il y avait des jours où il n’était même plus capable d’aller voir les réseaux sociaux. Il reconnaissait être « polarisant ». Il disait clairement :
« Je suis conscient qu’on me juge à chaque mot. »
Il a même quitté complètement les réseaux sociaux pour protéger sa santé mentale.
Mais le mal est fait.
Chaque erreur devient virale.
Chaque tentative d’originalité devient une moquerie.
Chaque comparaison avec Pierre Houde devient un rappel brutal qu’il restera toujours « le deuxième ».
Et maintenant, avec ce quart de finale historique, le contraste est insoutenable.
Pendant que Houde est célébré comme le GOAT du micro, Félix Séguin encaisse en silence. Lui aussi rêvait de ces matchs planétaires. Lui aussi voulait vivre ces moments où une voix traverse une génération.
À la place, il se retrouve prisonnier d’une chaîne en chute libre, avec une carrière suspendue à des décisions qui le dépassent, dans un environnement où il doit être parfait chaque soir, sans droit à l’erreur, sans droit à l’humain.
C’est ça, le vrai cauchemar de Félix Séguin.
Pas une question de talent.
Pas une question de paresse.
Une question de timing.
De perception.
De destin.
Deux voix. Deux trajectoires.
L’une incarne la mémoire collective.
L’autre porte le poids d’une transition ratée.
Pendant que le Québec a deux oreilles pour Pierre Houde, Félix Séguin se bat simplement pour survivre professionnellement.
Et ça, c’est infiniment plus triste que n’importe quelle controverse télé.
