La simple présence de Kyle Dubas dans les gradins suffit à allumer toutes les lumières rouges.
Le match Wild–Canadien, présenté un mardi soir ordinaire au Centre Bell, n’avait rien d’un rendez-vous glamour sur papier. Et pourtant, un détail est venu bousculer la lecture habituelle de ce genre de soirée : le DG des Penguins était dans l’édifice.
Pourquoi Dubas était-il présent?
Déjà là, la question se pose.
Parce que soyons honnêtes : un CH-Wild, en plein cœur de la saison régulière, ce n’est pas exactement le genre de duel qui justifie un déplacement de dernière minute pour un directeur général de la LNH, surtout quand son équipe jouait la veille à Seattle.
On ne traverse pas le continent simplement pour manger des roteux au Centre Bell, aussi mythiques soient-ils. Il y a toujours une raison. Et quand il s’agit de Kyle Dubas, les coïncidences deviennent rarement innocentes.
La présence de Dubas survient dans un contexte précis. À Montréal, Kirby Dach effectuait son retour au jeu. et Jayden Struble était inséré dans la formation pendant qu’Arber Xhekaj regardait le match en veston-cravate des gradins.
Jakub Dobes était en uniforme, mais les Penguins ne sont pas à la recherche d'un gardien, encore moins d'un Dobes tout croche.
Bref, l’alignement bouge, les pièces se déplacent, et certaines batailles internes deviennent visibles à l’œil nu.
Et surtout, un vieux dossier refuse encore et toujours de mourir : Sidney Crosby et le Canadien de Montréal.
On peut tenter de l’enterrer, de le ridiculiser, de le balayer sous le tapis en parlant de fantasme montréalais… mais le lien est là. Il l’a toujours été.
Crosby est en fin de carrière. Pittsburgh se bat pour une place en séries, mais la fenêtre est refermée. Et le Canadien, lui, cherche encore une pièce centrale capable de solidifier son top-6 à moyen terme.
Le simple fait que le DG des Penguins soit au Centre Bell suffit à relancer la machine, même si rationnellement, on sait que Crosby ne sera pas échangé demain matin.
Mais réduire la présence de Dubas à Crosby serait trop simple.
Il y a aussi ce qui se dit ailleurs. Et surtout ce qui s’est dit sur les ondes de TVA Sports.
Félix Séguin a ouvert une autre porte, beaucoup plus concrète. Selon lui, Kent Hughes devrait prioriser l’acquisition d’un joueur de location, capable d’évoluer sur l’un des deux premiers trios, sans coûter la lune. Et dans ce profil-là, un nom revient avec insistance : Anthony Mantha.
Séguin l’a rappelé sans détour : Hughes n’est pas prêt à sacrifier des actifs majeurs. Il veut un joueur temporaire, au coût contrôlé.
Mantha correspond exactement à ce cadre. Quand Vegas l’a acquis il y a deux ans, le prix payé était raisonnable. Et aujourd’hui, le contexte à Pittsburgh rend le dossier encore plus crédible.
Mantha, 31 ans, produit honnêtement : 14 buts, 18 passes, 32 points en 48 matchs. Une très bonne saison pour un attaquant qu'on disait fini à la corde.
Son contrat de 2,5 M$ arrive à échéance. Aucune obligation à long terme. Si les Penguins amorcent une liquidation partielle, ce qui commence déjà à se dessiner, Mantha devient automatiquement une monnaie d’échange logique.
Sur papier, l’idée se défend. Gros gabarit. Talent naturel. Expérience. Capable de suivre le rythme d’un top-6 sans exiger d’être le moteur offensif. Capable de jouer robuste et de créer de l'espace pour Cole Caufield et Nick Suzuki. Mais c’est ici que le contexte montréalais vient tout compliquer.
Parce que le Canadien s’en va vers une congestion offensive bien réelle.
Jake Evans est revenu.
Patrik Laine est prêt à revenir.
Alex Newhook revient en mars.
Alexandre Texier a été prolongé parce qu’à un moment précis, l’organisation manquait cruellement de joueurs en santé.
Le décor a changé.
Ajouter Anthony Mantha aujourd’hui, ce n’est plus combler un trou. C’est forcer une pièce de plus dans un casse-tête déjà trop chargé.
Et surtout, une question dérangeante demeure : si le CH cherche un ailier de puissance pour accompagner Suzuki et Caufield, pourquoi ne pas prioriser Patrik Laine?
Parce qu'il est le gars le plus soft de toute la LNH. Kirby Dach, lui, a joué un match honnête sur le premier trio pour son retour hier, mais le CH est toujours à la recherche d'un ailier selon ce qui circule.
Oui, Mantha pourrait aider.
Oui, le coût serait probablement raisonnable.
Oui, le risque est limité.
Mais est-ce nécessaire? Pas vraiment si Dach devient le joueur qu'on attend tous... et qu'il ne se blesse pas.
Et c’est là que la présence de Kyle Dubas redevient intrigante.
Parce qu’il n’était peut-être pas à Montréal pour le Canadien du tout. Son profil correspond bien à la reconstruction des Penguins.
Certains évoquent le Wild du Minnesota. Et ce scénario mérite d’être pris au sérieux. Le Wild possède des pièces intéressantes. .
Le nom de Danila Yurov circule depuis un moment à Pittsburgh. On sait que Minnesota pourrait être ouvert à discuter. On sait aussi que l’idée de jumeler Evgeny Malkin à Kirill Kaprizov fait saliver le DG Bill Guerin.
Dubas était peut-être là pour ça.
Il y a aussi la piste défensive. Jayden Struble était inséré dans la formation après avoir raté plusieurs matchs (8 pour être plus précis).
À Montréal, tout le monde sait qu’il se bat pour un rôle limité. Tout le monde sait aussi qu’Adam Engström attend à Laval et que, sur le long terme, il est perçu comme un défenseur plus complet que Struble et Xhekaj.
Est-ce que le DG des Penguins voulait voir Struble de près? Ce n’est pas impossible. Pittsburgh cherche constamment à rajeunir sa ligne bleue à faible coût.
Selon ce qui circule dans les coulisses, Kyle Dubas n’aurait pas planifié ce voyage longtemps à l’avance. On parle d’une décision prise à la dernière seconde.
Le DG des Penguins a traversé le continent presque sans dormir, pour finalement se retrouver au Centre Bell. Ce simple élément change complètement la lecture. Quand un DG décide, sur un coup de tête stratégique, de traverser l’Amérique pour voir un match précis, ce n’est généralement pas pour une tendance générale… mais pour un joueur précis qui vient d'être réinséré dans l'alignement,
Et dans ce contexte-là, la présence soudaine de Jayden Struble dans la formation fait tourner les têtes. Struble est exactement le type de défenseur que Pittsburgh pourrait cibler : jeune, peu coûteux, robuste, et coincé dans une congestion défensive à Montréal.
Bref, les hypothèses sont nombreuses. Et c’est exactement ce qui rend cette visite aussi fascinante.
Une chose est sûre : Kyle Dubas n’était pas au Centre Bell par hasard. Il n’était pas là pour Team Canada. Les dés sont déjà jetés. Il était là parce que quelque chose l’intéressait. Reste à savoir quoi… et surtout qui.
Le timing finira par répondre. Mais une chose est certaine : à Montréal, quand un DG adverse débarque sans avertissement, ce n’est jamais pour rien.
