Triste destin: Félix Séguin écarté pour de bon

Triste destin: Félix Séguin écarté pour de bon

Par David Garel le 2026-02-14

Pauvre Félix Séguin.

Il y a quelque chose de cruel, presque indécent, dans ce qui se passe en ce moment aux Jeux olympiques.

Pendant que le Québec vibre, pendant que les réseaux sociaux explosent à chaque envolée lyrique de Pierre Houde, pendant que des milliers de partisans écrivent qu’ils ont « des frissons » en entendant "le GOAT" décrire un but, quelque part, loin des projecteurs, Félix Séguin vit probablement l’un des moments les plus douloureux de sa carrière.

Parce que c’était ça, son rêve.

Pas seulement décrire le hockey.

Pas seulement être la voix du Canadien.

Les Olympiques.

Comme Houde.

Depuis des années, Félix Séguin court après cette ombre. Il a quitté RDS pour voler de ses propres ailes à TVA Sports, convaincu qu’il pourrait bâtir sa propre identité, imposer son style, créer un lien avec le public. Mais au lieu d’un envol, il a trouvé un champ de mines.

Décisions de direction confuses. Image de marque brouillée. Boycott silencieux des amateurs. Crise financière profonde. Une chaîne qui s’enfonce, près de 300 millions en pertes, et un descripteur devenu malgré lui le visage humain d’un naufrage industriel.

Et surtout, cette comparaison constante.

Injuste. Écrasante. Permanente.

Pierre Houde, c’est le plus grand du hockey québécois. Sa voix est associée aux grands moments, aux printemps magiques, aux buts mythiques.

Même aujourd’hui, aux Olympiques, quand il s’enflamme pour un jeu spectaculaire ou un but de Juraj Slafkovský, tout le Québec écoute religieusement. On partage les clips. On écrit « donnez-lui une statue ». On parle de patrimoine national.

Félix Séguin, lui, reçoit l’inverse.

À force d’encaisser sans broncher, Félix Séguin a fini par dire tout haut ce que beaucoup vivent en silence. Dans une entrevue accordée à La Presse, il s’était ouvert avec une franchise bouleversante sur l’impact réel des réseaux sociaux sur sa santé mentale.

Il racontait ouvrir X le matin avec appréhension, redouter ce qu’il allait y lire, admettre qu’il y avait des journées où il n’était tout simplement « pas capable d’aller voir ce qui se dit ». Il avait aussi reconnu vivre avec cette pression constante d’être jugé à chaque phrase :

« Je suis conscient qu’on me juge à chaque mot », avait-il confié, avant d’ajouter, lucidement : « Je sais que je suis très polarisant. »

Polarisant... pour ne pas utilisé le mot "détesté".

À un moment, pour se protéger, il a même coupé complètement les réseaux sociaux, un geste radical, mais nécessaire, parce que l’anxiété prenait trop de place. Et malgré tout, il répétait : « Je ne fais pas ce métier-là pour être populaire », comme si c’était sa seule armure contre un Québec qui, depuis longtemps déjà, a choisi son camp.

Car c’est ça, la vérité brutale : le Québec a choisi Pierre Houde. Définitivement. Aux Olympiques, ça ne fait plus débat.

Le public ne compare même plus. Il écoute Pierre. Il attend Pierre. Il célèbre Pierre. Et Félix Séguin, lui, se retrouve symboliquement écarté pour de bon de ce sommet médiatique qu’il rêvait d’atteindre un jour.

Son rêve olympique, son désir d’être la voix d’un peuple, se fracassent contre une réalité implacable : il est devenu l’homme de trop dans une époque qui n’a plus de patience.

Coincé à TVA Sports, dans une chaîne fragilisée financièrement et humainement, il porte maintenant seul le poids d’un rejet collectif. Ce n’est plus seulement une question de style ou de talent. C’est devenu existentiel. Félix Séguin ne lutte plus pour être aimé, il lutte pour rester debout.

Depuis des années, il encaisse. Les moqueries. Les montages. Les messages cruels. Les « Pierre Houde le mange au petit déjeuner ». Les « on espère qu’il perde sa voix ». Les critiques sur ses jeux de mots, son ton, son émotion jugée artificielle.

Même quand il tente d’innover pour rejoindre une génération qui n’écoute même pas TVA Sports, ça se retourne contre lui.

Il s’aide mal, parfois. Il le sait. Mais il essaie. Et c’est peut-être ça, le plus tragique.

Imaginez-le ouvrir X chaque matin avec angoisse. Redouter ce qu’il allait lire. Avouer qu’il y a des jours où il n’est même plus capable d’aller voir les réseaux sociaux. Reconnaître qu’il est « polarisant ». Dire clairement : « Je suis conscient qu’on me juge à chaque mot. »

Il n’a jamais prétendu être Pierre Houde.

Il n’a jamais dit qu’il allait le remplacer.

Mais il a toujours voulu mériter sa place.

Et aujourd’hui, pendant que Pierre Houde est célébré aux Olympiques, ce sommet absolu pour un descripteur, Félix Séguin regarde ça de loin. Lui aussi rêvait de cette scène. Lui aussi voulait vivre ces moments planétaires, micro ouvert, adrénaline au plafond, voix gravée dans l’histoire.

À la place, il se retrouve coincé dans une saison cauchemardesque, avec une chaîne moribonde et une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il sait que son poste est fragile. Il sait que RDS est verrouillé comme le favori du Québec.

Et lui le sent.

Il doit être parfait, chaque soir.

Il n’a pas droit à l’erreur.

Il n’a pas droit à l’humain.

Pendant que Pierre Houde est porté aux nues, Félix Séguin traverse l’enfer.

Et c’est ça, le drame.

Pas sportif.

Humain.

Deux voix. Deux destins. Deux réalités opposées.

L’un incarne la mémoire collective.

L’autre incarne le malaise d’une transition ratée.

Félix Séguin n’est pas un imposteur. Il n’est pas paresseux. Il travaille. Il prépare. Il encaisse. Il tente de se réinventer dans un environnement toxique, avec une chaîne en chute libre et un public qui ne lui a jamais vraiment donné sa chance.

Aujourd’hui, aux Olympiques, le Québec a deux oreilles pour Pierre Houde.

Et Félix Séguin, lui, vit probablement cette fête mondiale comme un rappel brutal de tout ce qu’il n’aura peut-être jamais.

Une tristesse silencieuse.

Une carrière sur un fil.

Un rêve olympique resté coincé dans la gorge.

Pendant que la province applaudit, lui se bat simplement pour survivre.

C’est ça, la vraie histoire.