Tristesse à RDS: le Québec pense à Tony Marinaro

Tristesse à RDS: le Québec pense à Tony Marinaro

Par David Garel le 2025-08-29

Tout le monde tombe sur la tête de BPM Sports. Et pour cause : Tony Marinaro, l’un des piliers les plus électrisants du sport radiophonique québécois, se joint officiellement à Cogeco Média et au prestigieux 98,5 FM.

Un transfert qui a l’effet d’une bombe dans le paysage médiatique, tant la perte est lourde pour BPM Sports… et révélatrice du malaise plus profond qui ronge le réseau RNC Média.

Si Marinaro quitte, ce n’est pas parce qu’il en avait marre de faire de la radio, au contraire. C’est son premier amour. C’est parce qu’on n’a pas su lui faire une vraie place.

Dans la tête de Marinaro, il passe au niveau supérieur

Dans son entrevue avec La Presse, Marinaro ne cache pas son enthousiasme :

« Mon premier amour, c’est la radio. Je suis né pour faire de la radio. »

Et il ajoute :

« Travailler dans ce milieu est un privilège. Travailler pour Cogeco est un honneur. Je rentre dans la ligue nationale de la radio.»

En quelques phrases, tout est dit. Marinaro se sent enfin reconnu à sa juste valeur. En rejoignant Mario Langlois dans Les amateurs de sports, il monte d'un étage supérieur.

Et il le sait. Quand il parle de Cogeco, il parle d’un tremplin. Marinaro a trop de classe pour parler de BPM Sports comme d’une ligue mineure.

Mais il est vraiment temps que le "big boss" d'Arsenal Média, Sylvain Chambelrand, prenne officiellement les commande à l'hiver 2026, car en ce moment, RNC Média a fait de BPM Sports un véritable fiasco.

À BPM Sports, Marinaro avait tout explosé. Son émission Le Forum avait quadruplé les cotes d’écoute par rapport à l’émission précédente animée par Max Van Houtte, dans une case horaire impossible (10h à midi).

Son segment avec Jean-Charles Lajoie était le plus écouté de toute la programmation quotidienne, et parfois même le seul qui faisait vraiment lever le show.

Et malgré tout ça ? On l’a laissé partir.

« Il y avait un processus de vente. Nous étions plus de 10 employés en fin de contrat. La compagnie n’a négocié avec personne durant l’année. Moi, personnellement, je n’étais pas prêt à attendre. »

C’est tragique. Une station comme BPM Sports, en perte de crédibilité et de talents, avait entre les mains un joyau. Un gars capable de soulever une antenne à lui seul. Et ils n’ont même pas essayé de le retenir.

Mais BPM Sports n’est pas la seule entité à pleurer le départ de Marinaro. RDS a, elle aussi, commis l’impensable : ne jamais lui donner la place qu’il méritait. Pendant des années, Bell, propriétaire de TSN et RDS, avait Tony dans son giron.

Et pourtant, il n’a jamais eu son propre show. On l’a vu à peine, par fragments. Pendant ce temps, on a préféré confier l’antenne à Gaston Therrien, Norman Flynn, Guy Carbonneau, Benoît Brunet et autres visages familiers mais épuisés.

Quelle tristesse.

Des personnalités incapables de rivaliser avec l’intensité, la fraîcheur et la proximité du style Marinaro.

Aujourd’hui, alors que RDS est en chute libre, avec des pertes de 20,3 millions $ avant impôts en 2024 et une hémorragie d’abonnés, la direction regarde partir Marinaro… et ne peut que se mordre les doigts.

Tony Marinaro, né à LaSalle, est bien plus qu’un animateur. Il est devenu un phénomène.

Dans un Québec encore frileux à l’égard de la différence linguistique et culturelle, il a réussi l’impensable : faire de la radio en français, avec un accent italien-anglophone, et conquérir un public francophone de masse.

« Pour un italo-anglophone qui a grandi avec le français comme troisième langue, je suis extrêmement fier de me retrouver à Cogeco. »

Il n’a jamais eu besoin d’un français parfait. Son langage, c’est la passion. Ce que les gens aiment chez lui, ce n’est pas la syntaxe, c’est l’authenticité. Il parle comme il pense. Il pense comme il vit. Et il vit pour le sport.

À la radio, Tony est une bête. Il le dit lui-même :

« À la radio, j’étais un showman. Au balado, je suis plus conservateur. À la télé, c’était un genre d’hybride. »

Mais ce qui frappe, c’est que peu importe le format, Tony s’adapte. Et il brille. Il est capable de générer de l’écoute en solo, de faire lever une table de débat, d’animer en mode feu roulant, ou de ralentir le ton pour une discussion plus profonde.

Sa force ? Une capacité rare à créer un lien avec l’auditeur. Il n’est jamais dans la posture ou dans le ton institutionnel. Il est proche du monde, brut, sincère, émotif.

Voilà pourquoi le Québec pense à Tony Marinaro quand il est question de sport. En anglais ou en français.

C’est ce qui fait de lui un extraterrestre dans un univers médiatique beige, inodore et incolore.

Avec son arrivée au 98,5 FM, Marinaro rejoint une équipe de collaborateurs d’élite : Jérémy Filosa, Stéphane Waite, Danièle Sauvageau, José Théodore, Pierre Gervais, Antoine Roussel, etc.

Mais contrairement à d’autres, il n’y arrive pas par contact ou parce qu'il est un ancien joueur de la LNH. Il y arrive parce qu’il l’a mérité.

Quand Mario Langlois lui a tendu la main, Tony n’a pas hésité. Il avait d’autres offres, d’autres propositions, mais le 98,5 FM représentait une validation.

Pas pour l’argent. Il l’a dit :

« L’argent, dans la vie, on en veut toujours plus, mais pour moi, ce n’est pas une question d’argent. Pas besoin de négocier. »

C’est une question de respect. D’opportunité. De reconnaissance.

Pendant que Marinaro grimpe dans la hiérarchie des médias québécois, BPM Sports s’effondre. Heureusement que Georges Laraque a un coeur assez gros pour rester car il sauve littéralement la sation. 

Arnaud Gascon-Nadon est en poursuite judiciaire contre RNC Média.

Le litige de Martin Lemay s'est réglé.

Mathias Brunet et Simon Boisvert ont fui pour KOTV et Louis Morissette.

Des contractuels attendent encore d’être payés.

Et maintenant, Tony Marinaro s’en va.

C’est la fin d’un cycle. Une station qui avait tous les outils pour réussir. Mais qui, par manque de vision et de courage, a tout laissé filer.

Tony Marinaro, c’est l’histoire d’un gars qu’on n’a jamais pris au sérieux… jusqu’à ce qu’il devienne indispensable.

TSN l’a sous-estimé.

RDS l’a ignoré.

BPM Sports l’a laissé partir.

Et pourtant, il est toujours debout. Plus fort. Plus influent. Plus écouté.

Sa nomination au 98,5 FM, ce n’est pas juste une belle histoire. C’est une leçon. Une claque. Un avertissement à tous ceux qui pensent qu’ils peuvent négliger le talent.

Tony Marinaro est aujourd’hui une institution. Et ce sont ceux qui l’ont laissé filer qui devront vivre avec ce constat : ils ont raté le train...