Alex Carrier traverse le moment le plus délicat depuis son arrivée à Montréal.
Le défenseur québécois était pratiquement intouchable dans le cœur des partisans du Canadien. Son acquisition contre Justin Barron était présentée comme un véritable coup de génie de Kent Hughes, on voyait en lui le défenseur droitier fiable que Montréal cherchait depuis des années et chaque présence solide renforçait cette impression.
Aujourd’hui, le vent a complètement tourné. Les erreurs sont davantage scrutées, ses limites physiques sont beaucoup plus exposées et, surtout, son avenir avec le Canadien paraît de plus en plus difficile à imaginer.
Le problème pour Carrier, ce n’est même pas nécessairement qu’il soit devenu un mauvais défenseur. Il demeure un professionnel apprécié, capable de rendre de précieux services et suffisamment fiable pour jouer régulièrement dans la LNH.
Le problème, c’est que le Canadien n’a peut-être tout simplement plus besoin de lui à long terme. Et c’est une différence énorme. Lorsque David Reinbacher commence à cogner sérieusement à la porte, que Noah Dobson est déjà installé, que Lane Hutson occupe une place majeure, que Mike Matheson soit sous contrat pour 5 ans et que Kaiden Guhle fait partie des fondations de la brigade défensive, chaque contrat devient une décision stratégique.
Carrier arrive à la dernière année de son entente, il aura bientôt 29 ans et il sait très bien qu’il n’a pas intérêt à attendre éternellement avant de sécuriser son prochain gros contrat.
Pauvre gars.
Carrier vient tout juste de devenir papa d’une petite fille, Olivia, et pendant que sa vie familiale vient de prendre un magnifique tournant, sa vie professionnelle pourrait être sur le point de changer complètement.
Il serait évidemment beaucoup trop tôt pour annoncer un départ, mais lorsqu’on regarde froidement la situation, le scénario d’un déménagement devient de plus en plus facile à imaginer. Montréal pourrait décider de le conserver, mais pour combien de temps et surtout à quel prix? C’est là que le dossier devient compliqué.
Carrier aura bientôt la possibilité de tester le marché l’été prochain. Et avec l’explosion du plafond salarial, les défenseurs capables de jouer des minutes importantes vont avoir davantage de pouvoir de négociation.
Il ne sera pas obligé de regarder Montréal comme sa seule option. Si le Canadien lui propose une prolongation qui ne correspond pas à ce qu’il croit pouvoir obtenir ailleurs, il devra penser à son avenir, à sa famille et à la possibilité de signer le contrat le plus avantageux de sa carrière.
À 29 ans, on ne parle plus d’un jeune joueur qui peut se permettre d’attendre trois ou quatre ans pour voir ce qui arrivera. C’est probablement le moment où Carrier doit assurer son futur.
Et le Canadien, de son côté, aura une décision extrêmement difficile à prendre. Est-ce qu’on donne plusieurs années et plusieurs millions à un défenseur droitier qui est un joueur de troisième paire et qui pourrait même finir réserviste, même s’il est droitier?
Ou est-ce qu’on accepte que son passage à Montréal ait été relativement court et qu’on laisse la place à la prochaine génération?
David Reinbacher est maintenant au centre de cette équation.
Le jeune défenseur n’est plus simplement un choix de cinquième rang qu’on attend patiemment. Il arrive à un moment de son développement où le Canadien devra éventuellement lui donner une véritable place.
S’il démontre qu’il est prêt à jouer dans la LNH, Montréal ne pourra pas éternellement lui demander d’attendre derrière des vétérans. Et si Reinbacher devient réellement le défenseur droitier que l’organisation espère avoir repêché, chaque année supplémentaire de Carrier devient une année de trop.
Il y a cette fameuse séquence contre Washington, lorsque Tom Wilson l’avait violemment envoyé au sol pendant les séries de 2025.
Cette mise en échec avait marqué les esprits à Montréal et plusieurs partisans ont depuis développé l’impression que Carrier n’est plus le même joueur.
Cette image colle encore à son passage chez le Canadien et rappelle surtout une réalité : son gabarit est une cible facile pour le tasser devant le filet… ou lui faire mal en lui « passant sur le corps », comme Wilson l’a fait.
C’est exactement le genre de situation qui peut mener à une séparation, même lorsqu’il n’existe aucun problème personnel entre le joueur et l’organisation.
Échangé à la date limite des transactions? Ou on le laisse partir pour rien l’été prochain?
Le Canadien pourrait très bien décider de conserver Carrier jusqu’à la fin de la saison et voir où il en est rendu. Il pourrait aussi tenter de le prolonger pour des peanuts.
Mais pour que cette deuxième option fonctionne, il faudrait que les deux parties trouvent un terrain d’entente qui fait du sens.
Et Carrier aura de bonnes raisons de regarder ailleurs si Montréal lui offre seulement un salaire de misère alors que le marché des défenseurs continue de prendre de la valeur.
Pourquoi accepterait-il de laisser de l’argent sur la table afin d’être un porteur d’eau?
Carrier sera forcé de faire un choix très personnel au cours des prochains mois : accepter de rester à Montréal à un prix raisonnable, ou profiter de l’explosion du plafond salarial pour aller chercher ailleurs le contrat qui pourrait sécuriser sa famille pour plusieurs années.
Et avec un nouveau-né à la maison, ce genre de décision prend forcément une autre dimension.
Alex Carrier vient d’entrer dans sa dernière saison à Montréal. Ce n’est pas que le CH n’en veut pas.
C’est juste parce que leurs chemins ne mènent plus au même endroit.
