Toute la journée, une question a circulé chez les partisans du Canadien de Montréal : pourquoi le Complexe sportif CN de Brossard a-t-il soudainement fermé ses portes?
Les partisans ont été tenus à l’écart. Les médias et les créateurs de contenu qui suivent habituellement les entraînements informels n’ont pas eu accès à la glace.
Évidemment, tout le monde a immédiatement pensé à Kaiden Guhle.
Depuis plusieurs jours, le défenseur ne s’entraîne pas normalement avec ses coéquipiers. Il a été aperçu seul sur la glace, en survêtement. Il a ensuite observé ses coéquipiers depuis le banc. Son absence a rapidement alimenté les inquiétudes, particulièrement en raison de son historique de blessures.
Alors, lorsque les portes se sont fermées jeudi matin, plusieurs ont fait le lien.
Le Canadien voulait-il éviter que les gens voient quelque chose?
Mais voilà qu’une théorie complètement différente vient maintenant ajouter une dimension presque absurde à cette histoire.
Selon l’ancien recruteur du Canadien Grant McCagg, le huis clos aurait pu servir à tester Arber Xhekaj à l’attaque.
Aïe aïe aïe.
Si cette information se confirme, il faudra sérieusement se demander ce qui se passe à Brossard.
Le Canadien aurait fermé ses portes aux partisans, aux médias et aux créateurs de contenu pour expérimenter avec le Shérif comme attaquant?
Depuis plusieurs mois, la situation d’Arber Xhekaj avec le Canadien soulève énormément de questions. Le défenseur de 25 ans n’a toujours pas signé de nouveau contrat avec Montréal, alors que le camp d’entraînement approche rapidement. Son rôle n’est pas garanti et la profondeur du Canadien à la ligne bleue complique considérablement son avenir.
Xhekaj demeure l’un des joueurs les plus populaires de l’organisation.
Mais être populaire ne garantit pas une place dans l’alignement.
Martin St-Louis le traite comme un moins que rien.
Et avec la profondeur défensive du Canadien, le problème risque de devenir encore plus important.
Alors, l’idée de déplacer Xhekaj à l’attaque commence à circuler.
Et elle circule suffisamment pour que son ancien entraîneur junior, Jay McKee, ait été directement interrogé sur cette possibilité.
Sa réponse est particulièrement intéressante.
McKee connaît Xhekaj mieux que pratiquement n’importe qui.
Il l’a dirigé pendant ses deux premières saisons avec les Rangers de Kitchener. Il l’a également retrouvé plus tard avec les Bulldogs de Hamilton, lorsque l’équipe a remporté le championnat de la OHL en 2022.
McKee connaît donc le joueur.
Et surtout, il connaît cette idée de le faire jouer à l’attaque.
Car oui, Xhekaj a déjà joué à l’avant dans le junior.
Mais McKee explique très clairement que cette décision n’avait rien à voir avec une véritable transition vers une carrière d’attaquant.
Selon l’ancien entraîneur, Xhekaj était initialement arrivé à Kitchener comme joueur invité. Il n’avait même pas été repêché. Il devait parfois se contenter du rôle de septième défenseur.
McKee a donc utilisé Xhekaj à l’attaque pour une raison bien précise : le garder actif et lui permettre de continuer à jouer.
« Nous l’avons signé comme joueur invité, alors il était parfois notre septième défenseur et je l’utilisais comme attaquant simplement pour le garder actif, a expliqué McKee. Mais je pense qu’il est un défenseur. Je voulais le garder dans les matchs, le faire jouer et maintenir son synchronisme, alors je l’ai utilisé un peu à l’attaque. »
Voilà.
Le message est pourtant clair.
Jay McKee voit Arber Xhekaj comme un défenseur.
Pas comme un ailier-plombier qui bouche des trous.
Pas comme un homme fort qu’on peut déplacer partout simplement parce qu’il mesure 6 pieds 4 pouces et pèse 240 livres.
McKee a lui-même joué 14 saisons dans la LNH et il sait parfaitement à quel point un changement de position est difficile au plus haut niveau.
Et il n’a pas tenté de faire croire que la transition serait facile.
Au contraire.
L’ancien défenseur des Sabres de Buffalo, des Blues de Saint-Louis et des Penguins de Pittsburgh a expliqué qu’un défenseur qui se retrouve soudainement à l’attaque doit complètement modifier sa façon de lire le jeu.
« Comme défenseurs, nous ne savons pas vraiment ce que nous faisons comme attaquants, nous allons simplement sur la glace et nous faisons de notre mieux.
Ce n’est pas facile. Nous nous concentrons tellement sur notre travail comme défenseurs. Une grande partie du hockey consiste à lire et à réagir. Nous savons tellement de choses sur ce que nous devons faire comme défenseurs et nous avons répété ces situations tellement souvent que, lorsque tu passes à l’attaque, les responsabilités sont différentes.
Et si tu n’es pas parfaitement concentré sur ces responsabilités, cela peut certainement devenir un défi. »
Si Grant McCagg a raison et que le Canadien a effectivement voulu profiter du huis clos pour essayer Xhekaj à l’attaque, il ne s’agissait pas simplement d’un petit exercice sans importance.
On parle d’un changement majeur.
Oui, Xhekaj a déjà joué à l’attaque avec le Canadien.
Il l’a fait lors d’un match contre les Hurricanes de la Caroline, le 29 mars dernier, lorsque Josh Anderson était absent en raison d’une maladie.
Xhekaj avait alors évolué à l’aile gauche.
Il avait disputé six présences sur la glace pour un total de 5 minutes et 11 secondes.
Il avait également distribué cinq mises en échec dans une victoire de 3-1 du Canadien.
Ses coéquipiers lui avaient même remis le fameux casque représentant une tête de loup après la rencontre.
Xhekaj avait expliqué son approche avec beaucoup de simplicité.
« J’avais beaucoup d’énergie et mes coéquipiers m’encourageaient. Ils me faisaient sentir bien. Je me suis simplement dit que j’allais jouer simplement, sortir les rondelles, être physique et aller devant le filet lorsque l’occasion se présentait. »
Le résultat avait été sympathique.
Le problème?
Un match de 5 minutes et 11 secondes ne transforme pas un défenseur en attaquant de la LNH.
Et Jay McKee est très clair sur cette question.
Xhekaj possède trop d’atouts à la ligne bleue pour qu’on abandonne simplement cette position.
McKee se souvient parfaitement du jeune homme qu’il avait vu arriver à Kitchener.
Mais McKee avait également remarqué quelque chose que plusieurs personnes oublient lorsqu’elles regardent Xhekaj.
Ses mains.
« C’est un travailleur incroyablement acharné. Lorsque nous l’avons eu comme joueur invité, nous faisions des exercices dans de petits espaces. Pour un gros et fort joueur, ses mains ressortaient vraiment. Je trouvais qu’il avait d’excellentes mains, qu’il patinait bien et, évidemment, qu’il possédait un gros gabarit. Nous voulions lui donner une chance. Il a tranquillement gagné notre confiance. »
Le Canadien possède donc un joueur qui, selon son ancien entraîneur, patine bien, possède de bonnes mains et travaille extrêmement fort tout en jouant au shérif.
Mais McKee ne s’arrête pas là.
Lorsqu’il a retrouvé Xhekaj à Hamilton, il ne voulait même plus qu’il passe son temps à se battre.
Pourquoi?
Parce qu’il était devenu trop important comme défenseur.
« Lorsqu’on a fait son acquisition, il passait beaucoup de temps au banc des pénalités à Kitchener. Je lui ai dit : “Je veux que tu joues pour nous, pas que tu passes ton temps au banc des pénalités.” Je ne voulais même pas qu’il se batte parce qu’il était un joueur tellement important pour nous et un si bon défenseur. »
Un si bon défenseur.
Voilà encore les mots utilisés par son ancien entraîneur.
« Il permet à des joueurs comme Juraj Slafkovsky et Cole Caufield de jouer leur match sans peur, en sachant qu’il les protège, a ajouté McKee. Il y a énormément de valeur dans ce qu’il apporte à une équipe. »
C’est exactement pour cette raison que le dossier devient si difficile à comprendre.
Le Canadien possède un joueur unique.
Un véritable « unicorn », comme McKee l’a lui-même décrit.
« Arber est définitivement une licorne. Il apporte énormément sur la glace et à l’extérieur de la glace, ainsi que dans le vestiaire. »
Alors, pourquoi le Canadien ne semble-t-il toujours pas savoir quoi faire avec lui?
Martin St-Louis répond :
Il doit encore apprendre à contrôler ses émotions. Il doit éviter certaines pénalités inutiles. Il doit devenir suffisamment fiable pour gagner ma confiance.
McKee le reconnaît lui-même.
Son conseil à Xhekaj est simple.
« Joue librement. Sois toi-même. Il gagne en maturité et il doit apprendre les limites de ce qu’il peut et ne peut pas faire pour conserver un poste régulier. »
Hum.
Toute la journée, les gens ont cru que le Canadien avait fermé les portes en raison de Kaiden Guhle.
Le plus inquiétant dans tout ça est de constater qu’à moins de deux semaines du camp d’entraînement, le Canadien cherche encore la meilleure façon d’utiliser Arber Xhekaj.
Défenseur?
Attaquant plombier?
Septième défenseur?
Transaction?
Le Shérif mérite au moins de savoir ce que l’organisation envisage pour lui.
Et le Canadien devra rapidement prendre une décision.
Une chose demeure toutefois certaine : Jay McKee, l’homme qui connaît Xhekaj depuis ses débuts dans le hockey junior, ne voit pas un attaquant lorsqu’il regarde Arber Xhekaj.
Si seulement Martin St-Louis pouvait simplement bien le traiter.
