Une statistique vient de refroidir bien des amateurs de hockey au Québec… et elle explique peut-être mieux que n'importe quel discours pourquoi le retour des Nordiques continue de s'éloigner année après année.
Depuis des années, les partisans répètent la même chose.
Le Centre Vidéotron est prêt. La passion est intacte.
Le marché répondrait présent dès le premier match.
Pourtant, lorsqu'on regarde où souffle réellement le vent dans la LNH, le rêve québécois se heurte à une réalité beaucoup moins romantique.
Dans son plus récent sondage réalisé auprès de près de 20 000 amateurs de hockey, The Athletic s'est intéressé à plusieurs questions entourant l'avenir de la LNH.
L'une d'elles concernait une éventuelle expansion à 34 équipes. Les résultats sont éloquents.
Chez les partisans, Québec domine largement comme destination rêvée pour accueillir une nouvelle concession.
L'attachement envers la vieille rivalité avec le Canadien demeure bien vivant et plusieurs souhaitent voir la LNH réparer ce qu'ils considèrent encore comme une injustice datant de 1995.
Mais la suite de l'analyse fait beaucoup plus mal.
Le journaliste Harman Dayal rappelle que les joueurs interrogés de façon anonyme dans un précédent exercice de The Athletic n'ont pas du tout la même vision. Leur préférence se tourne plutôt vers Houston.
Pourquoi?
La réponse tient en quelques mots.
Les impôts.
Le climat.
La pression médiatique.
Comme l'écrit Dayal, les joueurs voient Houston comme une destination beaucoup plus avantageuse, notamment en raison des taxes moins élevées, d'un environnement plus discret et d'un cadre de vie souvent jugé plus attrayant.
Pendant que les amateurs choisissent avec leur cœur, plusieurs joueurs regardent aussi leur portefeuille.
Cette réalité économique est devenue impossible à ignorer dans la LNH moderne.
Prenons l'exemple de Mikko Rantanen.
La vedette finlandaise a signé un contrat de huit saisons d'une valeur totale de 96 millions de dollars américains avec les Stars de Dallas, soit un salaire annuel moyen de 12 millions.

Sur papier, un contrat de 12 millions demeure un contrat de 12 millions, peu importe l'équipe. Dans les faits, la situation fiscale change complètement le portrait.
Le Texas ne prélève aucun impôt sur le revenu de l'État, contrairement au Québec, où la facture fiscale figure parmi les plus élevées en Amérique du Nord.
Évidemment, les joueurs de la LNH paient leurs impôts dans différentes juridictions selon les endroits où ils disputent leurs rencontres au cours de la saison.
Le calcul est beaucoup plus complexe qu'une simple comparaison entre deux provinces ou deux États.
Il n'en demeure pas moins que la fiscalité est devenue un facteur que plusieurs agents et joueurs analysent sérieusement avant de prendre une décision.
Ce constat explique aussi pourquoi plusieurs dirigeants continuent de pousser vers les marchés américains.
Dans son analyse, Dayal souligne également que la LNH hésite devant Québec pour d'autres raisons économiques.
La ligue cherche avant tout à créer de nouveaux marchés et à attirer une nouvelle clientèle. Québec représente déjà une région entièrement acquise au hockey.
Houston, à l'inverse, offre un immense bassin de population, des partenaires commerciaux potentiels et des perspectives de croissance beaucoup plus importantes.
Même les partisans semblent envoyer un autre message à Gary Bettman.
Le même sondage révèle qu'une forte majorité ne souhaite pas voir la LNH passer à 34 équipes. Beaucoup craignent une dilution du talent et préfèrent voir une relocalisation plutôt qu'une nouvelle expansion.
Pourtant, si un club devait réellement changer d'adresse, rien ne garantit que Québec arriverait au sommet de la liste des propriétaires.
Voilà toute l'ironie de la situation.
Les amateurs réclament Québec.
Les joueurs regardent Houston.
Les propriétaires calculent les revenus.
Pendant ce temps, le rêve des Nordiques continue d'attendre son tour.
Chaque nouveau sondage rappelle que la passion du Québec n'a jamais disparu.
Le problème, c'est que la passion ne remplit pas à elle seule un modèle d'affaires.
Dans une LNH où chaque décision se mesure désormais en revenus, en fiscalité et en valeur de marché, le cœur ne gagne pas toujours contre la calculatrice.
Et c'est probablement la conclusion la plus difficile à accepter pour tous ceux qui espèrent encore revoir un jour les Nordiques reprendre la glace.
Misère…
