L’entrevue de Brendan Gallagher a laissé quelque chose derrière elle.
Depuis cet événement, qui a tiré des larmes à une province entière, le Québec en veut à Martin St-Louis pour son manque de classe.
Comme si on avait perdu du respect envers Martin St-Louis pour ne pas avoir donné un dernier match au vétéran qui a saigné pour le logo.
Bien au-delà des larmes, bien au-delà de l’émotion provoquée par le souvenir de sa mère, elle a laissé un malaise immense chez une partie des partisans des Canadiens de Montréal.
Car en écoutant Gallagher parler lundi matin, plusieurs ont eu l’impression d’entendre un joueur qui en voulait à son coach.
Ou plutôt... son ex-coach...
Il n'a jamais nommé le nom de Martin St-Louis. Il a tout simplement passé le message qu'il avait beaucoup de ressentiment dans le sang.
« Je pensais que j’allais jouer contre les Hurricanes, j’avais hâte d’avoir cette chance. Je suis sûr que j’aurais pu aider, mais je n’ai pas eu cette chance j’ai dû accepter cette réalité depuis un petit bout de temps… C’est la décision de l’entraîneur, et pour moi, en tant que joueur, si on m’appelle, je dois être prêt, mais si ce n’est pas le cas, c’est probablement le temps de passer à autre chose. »
Comme s'il voulait dire à toute la province à quel point il avait perdu son respect pour Martin St-Louis.
Et comme Gallagher est tellement orgueilleux, il a pris soin de demander une transaction publiquement, au lieu de se faire approcher par Kent Hughes pour lui demander de lever sa clause de non-échange.
Même Jake Evans était sous le choc quand les journalistes lui ont annoncé que Brendan Gallagher avait demandé de quitter l'équipe.
Quand un journaliste lui demande comment il se sent à l'idée que Gallagher s'en va, Evans perd patience.
"Je ne sais pas Gally est parti".
Le journlaliste lui apprend alors que c'est Gallagher lui-même qui a clamé publiquement qu'il partait, en évoquant même Vancouver,
Evans rit nerveusement. Mais il est clairement choqué par la nouvelle:
Il ne savait pas du tout. Une autre preuve de la colère de Gallagher envers l'organisation et surtout Martin St-Louis.
Pendant des années, Gallagher a incarné le sacrifice absolu. Son corps a payé le prix. Ses mains ont été abîmées. Son visage a encaissé des coups. Son style de jeu lui a coûté une quantité impressionnante de souffrance physique.
Et pourtant, lorsque les séries sont arrivées, lorsque chaque match est devenu une question de survie, il s’est retrouvé dans les gradins.
Gallagher n’a jamais attaqué Martin St-Louis publiquement. Il n’a jamais lancé son entraîneur sous l’autobus. Fidèle à lui-même, il a accepté la décision.
Mais entre les lignes, son message était clair. Son coach l'a abandonné.
Lorsqu’il explique qu’il s’attendait à obtenir une occasion contre la Caroline, lorsqu’il affirme qu’il était convaincu de pouvoir apporter quelque chose à l’équipe, on comprend rapidement que cette décision a laissé des traces.
Il veut clairement qu'on soit fâché envers St-Louis:
"Ça a été difficile, bien sûr… Je pensais que je pouvais aider l’équipe, mais je n’ai pas eu cette occasion. Les gars ont bataillé, ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient, et je croyais que si on m’en avait donné la chance, j’aurais pu les aider."
Pour plusieurs partisans, c’est précisément là que la relation entre Gallagher et Martin St-Louis a été brisée.
Une partie du Québec n’a jamais accepté de voir le numéro 11 regarder les matchs les plus importants de l’année depuis les gradins alors que son équipe manquait parfois d’énergie, d’expérience et de caractère.
Mais surtout, la province n'acceptera jamais la manière dont il a été traité humainement par le coach.
Et lorsque Gallagher s’est effondré devant les médias en évoquant sa mère, Martin St-Louis a perdu beaucoup d'amour de la part des Québécois.
Car on était témoin d'une fin annoncée par un homme qui réalisait lui-même que son histoire avec les Canadiens arrivait au bout du chemin et qu'il n'avait même pas eu droit à un "match au revoir" de la part d'un coach qui est supposé fonctionner par humanité.
Remarquez bien que Gallagher ne parle même pas de St-Louis quand il parle du support qu'il a reçu suite au décès de sa mère:
"J’étais en train de penser à quel point les coéquipiers m’avaient appuyé à travers tout ça l’an dernier. C’est quelque chose qui va toujours rester avec moi, elle était si fière que je sois un membre du Canadien de Montréal."
Ouch. Pas un mot sur son coach.
Gallagher ne veut pas quitter Montréal.
Mais son coach a craché sur son héritage. De quoi entacher la réputaion de Martin St-Louis pour l'éternité.
Llorsque le vétéran a ensuite ouvert la porte à un retour dans l’Ouest canadien, du côté de Vancouver, plusieurs y ont vu beaucoup plus qu’une simple réponse polie.
Ils y ont vu un joueur qui fait payer Martin St-Louis publiquememt.
Brendan Gallagher savait ce qu'il faisait. Il savait que cette entrevue allait faire mal à la réputation de St-Louis.
Après quatorze années passées à tout donner pour le même chandail, après avoir vécu les pires années de reconstruction et les plus grands moments de cette génération, Brendan Gallagher voulait passer son message avant de quitter pour de bon.
Les larmes de lundi n’étaient pas seulement celles d’un fils qui pensait à sa mère.
Elles ressemblaient aussi à celles d’un joueur qui prenait sa revanche contre l'homme qui a craché sur ses derniers moment en tant que membre des Canadiens de Montréal.
