Martin St-Louis en veut aux médias québécois: il voit rouge

Martin St-Louis en veut aux médias québécois: il voit rouge

David Garel
Le 2026-05-18

Depuis 48 heures, quelque chose a changé autour de Martin St-Louis. Ce n’est plus seulement la pression normale d’un match numéro sept.

Ce n’est plus seulement le poids d’une série qui peut basculer d’un côté comme de l’autre. Il y a autre chose. Quelque chose de plus personnel. Quelque chose qui, à voir son attitude lundi midi à Buffalo, semblait lui brûler sous la peau.

Martin St-Louis n’avait pas l’air d’un entraîneur simplement concentré. Il avait l’air d’un homme irrité. Frustré. À cran.

Après tout ce qui s’est dit sur lui depuis deux jours, on commence à comprendre pourquoi.

Depuis la dégelée de 8 à 3 au Centre Bell, le narratif médiatique a changé brutalement. Pendant une bonne partie des séries, Martin St-Louis était présenté comme l’architecte d’une équipe résiliente, inspirante, imprévisible. Puis samedi est arrivé. Et soudainement, le discours a viré de bord.

Lindy Ruff serait en train de le coacher dans la tête.

Lindy Ruff l’aurait complètement outcoaché.

Lindy Ruff aurait trouvé comment faire dérailler les Canadiens de Montréal.

Et ce narratif, il est partout.

À Sportsnet, l’ancien défenseur Kevin Bieksa n’a pas hésité à encenser Ruff après le match. Son message était clair :

“Ce que j’aime de Lindy Ruff, c’est qu’il ne surentraîne pas son équipe. Il est simple, terre-à-terre. Mais toutes les décisions qu’il a prises ont fonctionné.”

Il a ensuite énuméré les coups de maître supposés de Ruff : garder les joueurs loin de l’aréna après le match précédent, brasser les trios, relancer Tage Thompson, faire paraître Alex Tuch meilleur, remettre l’avantage numérique sur les rails, insérer un jeune défenseur qui marque rapidement, retirer un vétéran champion de la Coupe Stanley, puis remettre Ukko-Pekka Luukkonen devant le filet exactement au bon moment.

“Chaque décision qu’il a prise a marché. Ce fut le contraire pour St-Louis qui n'a fait aucun changement pendant le match”, a résumé Bieksa.

Si Ruff est le génie du moment… qu’est-ce que ça dit de Martin St-Louis?

Depuis deux jours, plusieurs analystes suggèrent carrément que le coach des Sabres est en train d’imposer sa volonté à Martin St-Louis. Que Buffalo dicte le rythme psychologique de cette série. Que Montréal réagit au lieu d’agir.

Même la décision de Ruff de faire dormir tous ses joueurs à l’hôtel à Buffalo, malgré un match local, a été traitée comme un coup de maître psychologique. Une manière de recréer une mentalité de match sur la route.

Et qu’a fait Martin St-Louis lundi matin?

Il a annulé l’entraînement matinal.

Encore là, certains y ont vu une réaction. Une réponse. Une imitation, même.

C’est peut-être injuste. Peut-être complètement faux.

Mais dans le monde des séries éliminatoires, les perceptions deviennent des réalités médiatiques.

Et si quelqu’un croit sincèrement que Martin St-Louis n’entend rien, ne voit rien, ne lit rien… il faut arrêter.

Il est impossible qu'un compétiteur aussi orgueilleux, aussi intense et aussi passionné rester complètement hermétique quand son travail est disséqué publiquement de cette façon.

Martin St-Louis a toujours été un gars fier.

C’est ce qui a fait sa grandeur comme joueur.

On parle d’un homme qui s’est bâti une carrière entière en répondant aux critiques, aux gens qui disaient qu’il était trop petit, pas assez bon, pas assez fort, pas assez dominant.

Le moteur de Martin St-Louis a toujours été le doute des autres.

Donc quand, partout, on commence à entendre qu’il s’est fait avoir stratégiquement par Lindy Ruff, que Buffalo semble mieux préparé, mieux structuré, plus discipliné, plus calme…

Vous pensez vraiment que ça ne le touche pas?

Lundi midi, il donnait l’impression d’un homme qui n’avait aucune envie d’être là.

Comment aider Jakub Dobeš?

“Jouer la game qui est en avant de toi.”

Comment va Dobeš?

“Je ne sais pas.”

As-tu parlé à ton gardien?

“Non, évidemment.”

Combien de temps avez-vous analysé le match 6?

“La quantité appropriée.”

Votre identité?

“You don’t know the brand?”

Ouch.

Cette attitude méprisante sonnait moins comme de la confiance que comme de l’impatience. Comme si Martin St-Louis n’avait plus la patience pour expliquer quoi que ce soit. Comme si le simple fait d’être questionné devenait irritant.

Et c’est là que le danger commence.

Parce qu’un match numéro sept, c’est aussi mental qu’émotionnel.

Quand ton entraîneur semble aussi tendu, aussi sec, aussi fermé, ça finit par envoyer un message. Bon ou mauvais.

Certains diront qu’il protège son groupe.

D’autres diront qu’il est simplement épuisé mentalement.

Mais plusieurs, lundi, ont vu un homme blessé dans son orgueil.

Un homme qui n’a pas aimé se faire dire qu’il s’est fait outcoacher.

Un homme qui veut répondre.

Et peut-être même prendre sa revanche.

Le problème, c’est qu’en séries éliminatoires, la meilleure revanche ne se prend jamais devant les micros.

Elle se prend sur le tableau indicateur.

Si les Canadiens de Montréal gagnent ce soir, tout le monde oubliera le point de presse glacial, les réponses sèches et les regards impatients.

Martin St-Louis redeviendra le coach qui trouve toujours un moyen.

Mais si Buffalo gagne?

La question va revenir encore plus fort.

Est-ce que Lindy Ruff est réellement entré dans la tête de Martin St-Louis?

Poser la question... c'est y répondre...

Est-ce que Martin St-Louis l’a laissé paraître?

Absolument. On pouvait le voir dans sa face... à des kilomètres...

À lui de gagner ce soir... pour envoyer promener tous ceux qui disent qu'il a été mangé tout ronde par Lindy Ruff...