Tout le monde le voit. Tout le monde le sent. Quelque chose ne tourne pas rond avec Juraj Slafkovský.
Et plus les matchs passent dans cette série contre les Sabres de Buffalo, plus le malaise devient difficile à ignorer.
Antoine Roussel l’a ramassé publiquement. À l’émission de Patrick Lagacé, le ton était le même : on parle d’un joueur méconnaissable, d’un gros ailier qui semble constamment une demi-seconde en retard sur le jeu.
Même physiquement, ça saute aux yeux. Le Juraj Slafkovský qui intimidait les défenseurs, gagnait ses batailles et fonçait vers le filet avec arrogance au début des séries semble avoir disparu.
Aujourd’hui, ce n’est plus seulement une question de performance.
C’est une question d’état... mental...
arce qu’un gars de ce format, avec son talent, qui paraît aussi hésitant, aussi lent dans ses lectures et aussi confus avec la rondelle… ça finit par soulever de vraies questions.
On l’a vu encore contre Buffalo. Revirements évitables. Décisions étranges. Séquences où il semble réfléchir une seconde trop longtemps avant d’agir.
Des jeux simples transformés en casse-tête. Des batailles physiques qu’il ne gagne plus avec la même conviction. Même ses instincts offensifs paraissent brouillés.
Et c’est là que les propos de Réjean Tremblay ont commencé à faire énormément réagir.
Parce qu’il a ramené dans le portrait une discussion avec le docteur Maxime Lamirande. Pas un partisan sur les réseaux sociaux. Pas un gars qui cherche du clic. Un médecin.
Selon Lamirande, il est impossible d’analyser ce qui arrive à Slafkovský sans revenir au combat contre Brandon Hagel et au violent contact encaissé ensuite.
« À la reprise, on réalise que Slaf voit venir la mise en échec. Mais son cerveau commotionné ne réagit pas. »
Cette phrase-là a frappé fort.
Très fort.
Parce qu’elle rejoint exactement l’impression visuelle que plusieurs ont depuis des matchs : un joueur qui voit le jeu… mais qui ne le traite plus à la même vitesse.
Un joueur qui semble constamment en retard d’une fraction de seconde.
« En temps normal, Slaf devrait sauter un ou deux matchs », ajoutait Lamirande selon Tremblay.
Évidemment, personne dans l’organisation des Canadiens de Montréal n’a confirmé une commotion. Il faut être prudent. Martin St-Louis continue d’affirmer que Slafkovský est apte à jouer.
Mais à force d’observer les images, les questions deviennent de plus en plus difficiles à éviter.
Tony Marinaro a parlé d’un possible effet de “whiplash”, un traumatisme cervical souvent sous-estimé.
« Quand tu encaisses un choc semblable, ton cou se déplace un peu. »
« Il y a un effet “whiplash” et des symptômes peuvent venir avec ça. »
Et ces symptômes-là peuvent parfois ressembler exactement à ce que les partisans voient présentement : ralentissement, hésitation, difficulté à traiter l’information rapidement, timing perturbé, fatigue neurologique.
C’est là qu’entre en jeu ce dont plusieurs médecins du sport parlent de plus en plus : la thérapie neurofonctionnelle.
On parle tests et traitements visant à vérifier si le cerveau traite encore l’information à pleine vitesse après un traumatisme. Vision périphérique. Temps de réaction. Équilibre. Coordination œil-main. Suivi visuel. Lecture rapide de l’environnement.
La réalité est qu'un joueur peut techniquement être « capable de jouer »… sans être réellement revenu à lui-même.
Et si c’était ça, le vrai problème?
En ce moment, le regard de Slafkovský raconte quelque chose. Les décisions racontent quelque chose. Le corps raconte quelque chose.
Même Dany Dubé, pourtant rarement porté sur les excuses, trouve le jeune attaquant hésitant, presque nerveux dans certains engagements physiques. Antoine Roussel ne comprend plus ce qu’il regarde. Les partisans deviennent impatients. Les réseaux sociaux sont sans pitié.
Pendant ce temps, Martin St-Louis continue de lui donner d’énormes minutes.
Et c’est peut-être ça qui inquiète le plus.
Si Slafkovský est simplement mauvais, c’est une chose.
Mais si Slafkovský joue diminué depuis un moment… alors les Canadiens de Montréal marchent sur une ligne dangereuse.
À 22 ans, avec un joueur aussi important pour l’avenir de l’organisation, personne à Montréal ne veut découvrir trop tard qu’il était en train de jouer blessé… pendant que tout le monde lui tombait dessus parce qu’il paraissait “paresseux”.
Une chose est certaine : le Juraj Slafkovský qu’on voit contre Buffalo ne ressemble pas au vrai Juraj Slafkovský.
Et ça, tout le monde le voit.
