Ça change vite dans le monde de l'argent...
Il y a quelques semaines à peine, plusieurs observateurs avaient l’impression que tout était pratiquement réglé pour TVA Sports.
Les négociations avec la LNH semblaient progresser, Pierre-Karl Péladeau affichait une confiance prudente, Le président de TVA Sports, Louis-Philippe Neveu, multipliait les rencontres stratégiques avec Gary Bettman et Bill Daly et plusieurs dans l’industrie croyaient qu’une entente n’était plus qu’une question de temps. Aujourd’hui, le portrait est beaucoup plus complexe.
La réalité, c’est que le parcours du Canadien de Montréal a changé plusieurs variables dans l’équation. Quand les Canadiens sont pertinents, quand ils génèrent des cotes d’écoute massives, quand ils deviennent l’équipe dont tout le monde parle au pays, la valeur des droits augmente automatiquement.
Ce qui paraissait déjà coûteux il y a quelques mois devient soudainement encore plus précieux. La LNH le sait. Rogers le sait. Amazon le sait. Bell le sait. Tout le monde veut sa part du gâteau.
C’est là que le stress commence à monter sérieusement dans les bureaux de TVA Sports.
Il ne faut pas oublier un élément fondamental : lorsque Québecor a signé la dernière entente francophone, Rogers avait payé 5,2 milliards de dollars pour les droits nationaux canadiens. Aujourd’hui, la nouvelle entente entre Rogers et la LNH vaut 11 milliards de dollars sur 12 ans. Plus du double.
Mathématiquement, il était impossible d’imaginer que le prix des droits francophones resterait le même.
Et c’est précisément ce qui inquiète plusieurs personnes dans l’industrie.
TVA Sports a déjà perdu plus de 250 millions de dollars depuis sa création. Pendant des années, les droits de la LNH ont représenté à la fois sa plus grande force et son plus grand fardeau financier.
Pierre-Karl Péladeau lui-même a admis publiquement que le dernier contrat avait coûté trop cher. Si l’ancienne facture était déjà difficile à absorber, imaginez maintenant le coût d’une entente basée sur une convention nationale qui vaut 11 milliards.
Pendant ce temps, les plateformes numériques tournent autour du dossier comme des requins.
Amazon Prime est déjà dans le hockey.
Crave, qui appartient à Bell, cherche constamment de nouveaux contenus premium.
D’autres acteurs numériques surveillent également la situation.
Et même si Gary Bettman a été catégorique en affirmant que les matchs seront disponibles en français dès le début de la saison et qu’il y aura nécessairement une composante télévisuelle, cela ne veut pas dire que TVA Sports récupérera automatiquement l’ensemble du paquet.
Au contraire.
Tout indique qu’on pourrait se diriger vers un modèle fragmenté où plusieurs diffuseurs se partageraient les droits. Une partie à TVA Sports. Une partie sur une plateforme numérique. Peut-être certaines séries ailleurs. Peut-être des matchs exclusifs en diffusion continue.
Pour les amateurs, c’est compliqué.
Pour les dirigeants de TVA Sports, c’est angoissant.
Et surtout pour les employés.
Au-delà des négociations, des milliards de dollars et des stratégies corporatives, il y a des journalistes, des réalisateurs, des techniciens, des caméramans, des recherchistes et des producteurs qui attendent de savoir à quoi ressemblera leur avenir. Plusieurs ont des hypothèques, des familles, des enfants. Ils vivent depuis des mois avec une incertitude énorme et une anxiété sans nom.
Cela doit être invivable.
Personne ne remet en question le fait qu’il y aura du hockey en français.
La vraie question est plutôt : qui diffusera ce hockey, combien de matchs seront attribués à TVA Sports, et à quel prix?
À quatre mois du début de la saison, l’absence d’entente demeure un signal inquiétant. Si le dossier était simple, il serait réglé depuis longtemps.
Les propos de Gary Bettman ont peut-être rassuré les amateurs de hockey. Ils n’ont probablement pas rassuré tous les employés de TVA Sports.
En ce moment, dans les coulisses, tout le monde comprend la même chose : le hockey en français va survivre.
La question est de savoir combien il en coûtera pour survivre. Et qui sera encore debout lorsque les négociations prendront fin.
