Renaud Lavoie vient de mettre une pièce importante du casse-tête sur la table, et si on prend le temps de regarder l’ensemble de la situation, il devient franchement difficile de prétendre que les Canadiens de Montréal ne représentent pas l’une des destinations les plus naturelles pour Chris Kreider.
Depuis que l’attaquant est devenu joueur autonome sans compensation, les équipes intéressées peuvent évidemment se manifester, mais Montréal possède quelque chose que plusieurs autres formations ne peuvent tout simplement pas offrir : un environnement où Kreider connaît déjà du monde, où il sait exactement dans quoi il met les pieds et où plusieurs personnes en place pourraient faciliter son arrivée dès le premier jour.
Lavoie rappelle d’abord quelque chose qui n’est pas banal : Jeff Gorton connaît extrêmement bien Kreider. C’est Gorton qui avait négocié son dernier contrat avec les Rangers avant de devenir l’un des patrons du Canadien.
On ne parle donc pas d’un directeur général qui aurait simplement regardé ses statistiques et décidé qu’il aimait le joueur. Gorton connaît l’homme, connaît son caractère, connaît son éthique de travail et sait ce qu’il peut apporter dans un vestiaire.
Lorsqu’un joueur de 35 ans arrive à cette étape de sa carrière et doit probablement faire un choix parmi plusieurs équipes, ce genre de relation peut peser lourd.
Mais il y a quelque chose d’encore plus intéressant.
Martin St-Louis.
Kreider a joué avec St-Louis à New York lors des saisons 2013-2014 et 2014-2015. Les deux hommes se connaissent donc depuis plus d’une décennie.
Kreider n’aurait pas besoin de débarquer à Montréal en se demandant quel genre de coach il va avoir devant lui, quelle sera sa philosophie ou ce qu’on attend de lui. Il connaît St-Louis. Il connaît sa personnalité et son approche.
Et Renaud Lavoie, lui, est très proche de Martin St-Louis. C’est précisément ce qui rend ses informations juteuses dans ce dossier.
Lorsqu’il explique pourquoi Montréal peut être aussi attirant pour Kreider, ce n’est pas simplement une question de statistiques ou de plafond salarial. Il y a tout un réseau de relations déjà établi autour de ce joueur. Et ça, les équipes concurrentes ne peuvent pas l’acheter.
Puis il y a Jim Ramsay.
Celui-là, c’est peut-être même le lien le plus puissant de tous.
Ramsay a travaillé pendant des années avec les Rangers et Kreider le connaît parfaitement. Lavoie parle d’une relation presque paternelle, d’une présence rassurante pour l’attaquant.
Maintenant, Ramsay se retrouve à Montréal dans le département de la médecine du sport du Canadien. Kreider ne débarquerait donc pas dans une organisation complètement étrangère. Il retrouverait des gens avec lesquels il a déjà construit une relation professionnelle et personnelle au fil des années.
Et pendant qu’on parle de destination, il faut également regarder ce que Kreider pourrait réellement apporter au Canadien.
Montréal est une équipe jeune. Elle possède des joueurs extrêmement talentueux, mais elle vient aussi de perdre Brendan Gallagher, une présence importante dans le vestiaire.
Le Canadien a besoin de joueurs qui savent ce que signifie traverser une longue saison, jouer sous pression, se présenter tous les jours et comprendre ce qui est nécessaire lorsqu’arrivent les séries éliminatoires.
Kreider a 35 ans, oui.
Mais justement : il n’a pas besoin de venir à Montréal pour être la vedette.
Tu lui demandes d’être un vétéran, d’apporter du leadership, de jouer avec intensité, d’aller devant le filet et de faire ce qu’il fait depuis toute sa carrière.
Et surtout, il peut encore enseigner aux jeunes du Canadien comment jouer dans les matchs importants.
Maintenant, parlons de l’argument qui revient constamment lorsqu’on mentionne Montréal : Carey Price.
Oui, Kreider est devenu le méchant numéro un dans l’imaginaire de plusieurs partisans du Canadien après sa collision avec Price lors de la première rencontre de la série de 2014.
Price s’était blessé au genou et Montréal avait vu ses espoirs de Coupe Stanley s’effondrer. Douze ans plus tard, certains partisans n’ont toujours pas digéré.
Je peux comprendre l’émotion.
Mais à un moment donné, on doit arrêter de vivre en 2014.
Le hockey fonctionne comme ça. Des joueurs se frappent. Des carrières changent sur une collision. Des joueurs deviennent ensuite coéquipiers. Des ennemis jurés finissent par partager le même vestiaire. Et si on veut utiliser l’histoire de Price comme raison absolue pour refuser Kreider, il faut être cohérent jusqu’au bout.
Regardez Brad Marchand et Sam Bennett.
Bennett a mis KO Marchand en séries il y a à peine deux ans et les deux sont maintenant coéquipiers.
Ils jouent ensemble. Ils gagnent ensemble. Ils travaillent ensemble. Est-ce que quelqu’un pense encore que Marchand refuse de lui parler dans le vestiaire parce que Bennett l’a frappé?
Non.
Pourquoi?
Parce que le hockey professionnel n’est pas une garderie.
Les joueurs comprennent parfaitement la différence entre une rivalité, un geste controversé et une carrière entière. Kreider n’a pas passé les douze dernières années à essayer de détruire Carey Price. Il a continué sa carrière. Price a brisé la sienne. Les joueurs de Montréal présents en 2014 ne sont plus là.
Et surtout, si Kreider débarque à Montréal, Carey Price ne sera pas dans le vestiaire.
Alors quoi? On va réellement refuser un joueur capable d’aider le Canadien aujourd’hui parce qu’une collision survenue il y a douze ans nous fait encore grincer des dents?
Ça ne tient pas debout.
Il faut également regarder la situation contractuelle. Kreider devient disponible sans que Montréal ait besoin de donner un choix au repêchage ou de sacrifier un espoir.
Et avec les mécanismes salariaux disponibles pour les joueurs de son âge, son contrat pourrait être structuré avec des bonis qui limitent considérablement son impact sur la masse salariale. Pour une équipe qui veut continuer à bâtir tout en ajoutant de l’expérience, c’est une occasion parfaite.
Ceux qui veulent encore le bannir du Centre Bell à cause de Carey Price peuvent continuer à le faire. C’est leur droit. Mais pendant qu’ils regardent douze ans en arrière, Kent Hughes doit regarder devant lui.
