Ouch. Mathias Brunet n’a pas sorti le marteau, il a sorti sa plume sans pitié. Et Arber Xhekaj en a pris plein la face après le premier match de la saison.
Le Canadien a gagné 3-2 à Toronto, mais le défenseur de 25 ans a livré une soirée qui soulève exactement les questions que Brunet vient de poser.
Xhekaj n’a enregistré aucune mise en échec et s’est retrouvé sur une troisième paire avec Jayden Struble, toujours embourbé dans son territoire.
On a même vu Martin St-Louis l'enguirlander au banc après une présence catastrophique.
Le problème, ce n’est même pas seulement l’absence de mises en échec. C’est ce que Toronto faisait lorsqu’il était sur la glace.
Le journaliste de La Presse a pointé directement le dernier changement à domicile des Maple Leafs : Toronto envoyait Auston Matthews et ses meilleurs éléments lorsque Xhekaj se retrouvait sur la glace, et Brunet a particulièrement ciblé une séquence où Xhekaj et Struble étaient coincés dans leur zone comme deux défenseurs pee-wee,
Son commentaire est assassin : la robustesse est importante, oui, mais il faut d’abord être fiable comme défenseur.
Et c’est exactement le débat qui revient avec Xhekaj. On adore son histoire. On adore son côté intimidant. On adore savoir qu’il peut jeter les gants et faire réfléchir l’adversaire avant de venir chercher une rondelle dans son coin.
Mais combien de temps peut-on encore faire passer le côté bagarreur avant le côté défenseur? C’est la question que Brunet pose. Il ne dit pas que la robustesse est inutile. Il dit que ça ne suffit plus.
La Presse va même plus loin en demandant pourquoi le Canadien ne passerait pas à autre chose avec Jayden Struble aussi, un autre indésirable..
Et il évoque une option comme Tucker Poolman, placé au ballottage cette semaine, qui aurait selon lui pu apporter davantage de stabilité à la troisième paire.
Ça touche directement au rôle de Xhekaj : si tu ne frappes personne, si tu ne stabilises pas ta zone et si l’adversaire cherche constamment ton trio de défenseurs, qu’est-ce qui reste?
La réalité est d’autant plus violente que Xhekaj était justement le défenseur le plus robuste du Canadien la saison dernière.
Montréal rappelle qu’il avait mené l’équipe avec 148 mises en échec en 65 matchs, en plus de purger 116 minutes de pénalité. C’est son identité. C’est ce qui lui a permis de gagner sa place dans la LNH.
Quand cette partie de son jeu disparaît complètement pendant un match, il doit compenser ailleurs. Et contre Toronto, il était au fond du trou, tant sur le banc que sur la glace.
La relation entre Xhekaj et Martin St-Louis était déjà tendue. Mais hier, on voyait le coach crier sur le pauvre shérif qui voulait disparaître. Même Derek Lalonde l'engueulait devant tout le monde.
Xhekaj a été constamment rappelé à l’ordre pour ses décisions avec la rondelle, son positionnement et sa façon de gérer certaines présences.
Le défenseur peut avoir toute la bonne volonté du monde, mais son entraîneur ne le respecte pas. Il le méprise. Il veut un défenseur capable de comprendre ce qui se passe sur la glace et il trouve que le shérif est un joueur ignorant avec et sans la rondelle.
Martin St-Louis n'est plus capable de le supporter. Kaiden Guhle est encore absent pour quelques matchs, ce qui donne normalement une occasion en or à Xhekaj d'éviter les gradins.
Pourtant, le retour de Guhle changera rapidement la hiérarchie et Brunet vient déjà de mettre une idée sur la table : Struble mérite davantage d'être dans l'alignement partant que Xhekaj.
Voilà pourquoi cette sortie fait mal. Brunet s'est attaqué à Xhekaj comme personnage du shérif. Mais il s’est surtout attaqué à Xhekaj comme défenseur. Et pour un gars dont toute la valeur repose justement sur son identité physique, c’est probablement la critique la plus difficile à encaisser.
Une mise en échec? Zéro. Une présence défensive rassurante? Il était en panique toute la soirée, où Toronto ciblait sa paire comme s'il était un moins que rien.
Le Canadien a gagné, mais Arber Xhekaj, lui, vient de recevoir un avertissement qui fait beaucoup plus mal qu’une mise en échec : à Montréal, son statut de « Shérif » ne lui garantit plus rien. Il doit maintenant prouver qu’il peut être un défenseur de la LNH.
Ce qu'il n'était, n'est et ne sera jamais.
Ouch.
