On peut aimer Patrick Roy. On peut le critiquer. On peut croire qu’il est le bon candidat pour les Maple Leafs de Toronto ou penser le contraire.
Mais ce qui se passe présentement autour de sa candidature dépasse largement l’analyse hockey.
Depuis que son nom circule sérieusement à Toronto, certaines réactions sont devenues étonnamment dures. Et quand on regarde l’ensemble du portrait, il est difficile de ne pas éprouver un certain malaise.
Patrick Roy sort de la période la plus difficile de sa carrière d’entraîneur.
Pendant des mois, on a parlé d’un homme profondément affecté par son congédiement des Islanders de New York qui ne l’avait jamais vu venir. Un homme qui, selon plusieurs témoignages, avait perdu du poids et encaissé cette décision beaucoup plus difficilement que plusieurs l’imaginaient.
Puis voilà qu’il tente de se relever.
Voilà qu’il obtient enfin une entrevue pour l’un des emplois les plus prestigieux du hockey.
Et avant même que le processus soit terminé, certains partisans des Maple Leafs l’ont déjà condamné.
Le texte publié par le site Editor in Leaf, qui rassemble la plus grosse communauté des fans des Maple Leafs, est cinglant.
“Les Maple Leafs sont mieux de ne pas être sérieux.”
Le ton est donné.
L’auteur affirme que Roy n’avait pas de réponses aux problèmes défensifs des Islanders.
« Roy n’a pas été en mesure de fournir des réponses aux problèmes défensifs et aux problèmes d’irrégularité qui affectaient l’équipe. »
Il lui reproche de blâmer ses joueurs.
« Il n’hésitait pas à rejeter la faute sur ses joueurs et ne faisait pas beaucoup d’efforts pour les protéger de la critique publique. »
Il soutient que son parcours d’entraîneur est “mitigé”.
Il affirme même que Toronto pourrait facilement trouver mieux.
C’est un jugement sévère. Et les fans de Toronto ont été enflammés par cette sortie publique, eux qui ont ensuite traité Roy de tous le noms.
Surtout lorsqu’on prend deux minutes pour regarder ce que Roy avait réellement entre les mains à Long Island.
Les Islanders n’étaient pas une puissance, loin de là. On parle d'une équipe vieillissante qui n'allait nulle part.
Ils n’étaient pas un aspirant aux séries éliminatoires.
Une bonne partie de la saison, Roy a maintenu cette équipe dans une course aux séries que plusieurs journalistes ne croyaient même pas réaliste au mois d’octobre.
On oublie qu’il a contribué à l’intégration du jeune Matthew Schaefer dans la LNH.
On oublie qu’il a travaillé avec un groupe de viellards.
On oublie que lorsque Peter DeBoer a remplacé Roy, l'équipe s'est effondrée encore plus.
Cette partie de l’histoire disparaît souvent lorsque les critiques commencent à pleuvoir.
Le plus étrange dans tout ça demeure le contraste entre ce que certains médias torontois rapportent et ce qui circule à l’intérieur du processus d’embauche.
D’un côté, certains partisans réclament pratiquement que son nom soit retiré immédiatement.
De l’autre, Elliotte Friedman rapporte que l’entrevue de Roy aurait été très bien reçue.
“Il aurait laissé une excellente première impression dans ce processus.”
Les Maple Leafs n’accordent pas des entrevues de courtoisie pour un poste aussi important.
Si Roy est encore considéré sérieusement aujourd’hui, c’est que les décideurs voient des qualités que plusieurs critiques refusent peut-être de reconnaître.
On parle quand même d’un homme qui a gagné partout où il est passé.
Comme joueur.
Comme entraîneur junior et comme dirigeant.
Comme entraîneur dans la LNH. (il a gagné le Jack-Adams)
Comme dirigeant.
Sa personnalité ne fait pas l’unanimité.
Mais personne ne peut prétendre qu’il n’est pas un compétiteur hors norme.
Ce qui rend toute cette situation encore plus triste, c’est le moment où elle survient.
Patrick Roy ne sort pas d’une période de confiance absolue. Il sort d’une blessure professionnelle importante. Son congédiement a laissé des traces.
Des proches ont parlé d’un homme affecté. D’un homme qui tentait tranquillement de retrouver son équilibre. D’un homme qui passait beaucoup de temps loin des projecteurs.
Pendant ce temps, sa famille observait tout cela de près.
On parle d’un père, d’un grand-père qui adore ses petits-fils, d’un homme qui a consacré pratiquement toute sa vie au hockey.
Voir son nom se faire attaquer de tous les côtés avant même qu’il ait obtenu l’emploi doit être horrible à vivre pour sa famille et ses proches.
La semaine dernière encore, plusieurs experts affirmaient que Patrick Roy n’avait pratiquement plus de marché dans la LNH.
Aujourd’hui, il est officiellement dans le processus d’embauche des Maple Leafs.
De quoi lui redonner espoir... pour se faire détruire sur la place publique...
Les partisans ont parfaitement le droit d’être en désaccord. Ils ont le droit de préférer Peter Laviolette ou un autre candidat.
Mais présenter Patrick Roy comme un entraîneur incapable ou dépassé par le hockey moderne nous lève le coeur.
On parle d’un homme qui a passé plus de trente ans à gagner et qui s'est toujours relevé malgré les coups bas.
Le roi tente simplement de se relever après le premier véritable congédiement de sa carrière.
Et ça, peu importe l’opinion qu’on a de lui, mérite tellement plus de respect.
